‹ La route du TchadChapitre 16 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Brazzaville. — Le Congo et le Stanley-Pool. — Lropoldville. — Les factoreries. — La mission Fourneau. — Populations batékcs et balalis.

Par sa position au bord du Congo, au point où il commence à être navigable, Brazzaville est un des lieux les plus importants de la colonie. De là, par la grande rivière, on peut remonter aisément jusque dans la région haute et se mettre en contact avec des populations industrieuses et des contrées riches en matières premières de toute sorte. Le point saillant des explorations de M. de Brazza est d'avoir donné à la France ce poste d'occupation, qui est la clef de toute la région, et c'est là un titre dont il a droit de se montrer fier.

Le commerce de Brazzaville même n'a plus, à l'heure actuelle, qu'une importance tout à fait secondaire. Les transactions sont faites par l'intermédiaire des Batékés. Ceux-ci sont en rapport avec les populations de l'intérieur, et, remontant le Congo en pirogues, s'en vont leur porter des marchandises et rapporter de l'ivoire et du caoutchouc, dont ils connaissent le prix exact et qu'ils ne cèdent aux factoreries qu'à la condition de réaliser des bénéfices.

Si nos maisons ne consentent pas à donner un prix suffisamment élevé, les Batékés n'hésitent pas ou à les vendre aux factoreries belges, ou bien à les céder à des Bacongos, qui les transportent jusqu'à la côte et y trouvent là des prix plus élevés. On paie ainsi l'ivoire jusqu'à 16 et 18 francs le kilo, mais le paiement est fait en marchandises dont le prix réel subit une majoration très élevée. Le bénéfice ne s'établit donc que sur le troc des marchandises cédées à un prix avantag^eux.

La monnaie courante qui sert de base est la barette de laiton, longue autrefois de 0'",33, réduite, maintenant, à 0°',28.

Les factoreries attribuent à ces mitakos une valeur de 0,15. On compte en mitakos, mais on paye en marchandises : pièces d'étoffe, guinée, andrinople, cotonnade blanche, couteaux, ustensiles divers.

Le commerce que font les Batékés a une réelle importance, à cause des relations directes qu'ils ont avec les populations des

Fig. 17. — I.e Congo au-dessous de Brazzaville : les rapides de Livingstone. D'après une photographie.

bords du Congo. Ils possèdent un village situé sur le bord du Pool, où vit le chef N'Tchoulou, qui jouit d'une très grande autorité dans la région. C'est à M'Pila que viennent se concentrer toutes les marchandises du haut.

Les Batékés constituent une population aux mœurs douces ; ils ont reconnu d'une façon absolue notre autorité, au point que tous leurs différends viennent se vider au poste. Ils ont un type particulier et, pourrait-on dire, particulièrement laid. Le front est large et bombé, le nez aplati s'efface en une ligne qui dépasse à peine la proéminence des pommettes. La bouche est grande. Les cheveux

LES BATEKES.

sont généralement coupés courts sur le devant de la tête et conservés plus longs sur le sommet. Tous les Batékés des environs de Brazzaville, lesquels se distinguent très nettement des Batékés des

environs de FA lima de leur caractère, que joue une série ques et parallèles, des incisions sucpartent de l'oreille menton et couvrent sont peu visibles Ce tatouage constiun signe particulier

par rensemblc portent sur cliade lignes obliproduites par cessives ; elles pour aboutir au les joues; elles chez les adultes, tue à tel point de ces popula-

Fig. i8. — Le chef du village M'Pila, d'après une photograpliie.

lions, que tous les petits fétiches représentant des dieux le portent toujours.

Chez les femmes, les cheveux rasés près du front de façon à le dégager, sont, au contraire, réservés très longs à la partie supérieure et ramenés en arrière ; ils sont tendus de façon à former une sorte de calotte soigneusement graissée. La partie rasée est

couverte d'une épaisse couche cVocre rouge, formant quatre ou cinq grandes dents régulières occupant tout le front. Quand une femme est en deuil d\in chef, elle se peint la figure avec de la suie, revêt un pagne noir et dispose ses cheveux en une série de petites boulettes faites de graisse et d'argile noircies. L'aspect que lui donne cet accoutrement est véritablement hideux. La polygamie est établie. Le chef de M'Pila a dix femmes, et leurs

cases sont isolées du reste du village par une barrière qui les entoure.

Dès mon arrivée àBrazzaville, j'aurais voulu, sans perdre de temps, remonter le cours du Congo et de l'Oubangui, et je demandai à l'administrateur principal s'il pouvait mettre à ma disposition des bateaux qui, aux termes des engagements pris par M. de Brazza, devaient me transporter. Mais, sur les trois bateaux que possède la colonie , deux étaient partis dans la Sanga, et le troisième était en réparation. Par la force des choses, je devais donc attendre. Je le regrettai vivement, non seulement parce que c'était du temps perdu, mais parce que chaque minute est précieuse et qu'il faut se hâter de mettre à profit toute cette provision de bonne santé et d'énergie que l'on a rapportées de France el qui pourrait bien, malgré tout, s'épuiser un jour, .l'utilisai du moins mon temps à étudier les environs et à constituer d'importantes collections, se rapportant à la flore et à la faune du pays.

La présence des Européens, les déboisements ont éloigné peu à peu les grands animaux, qui autrefois, paraît-il, étaient abondants dans cette localité. L'éléphant ne se trouve plus là qu'à l'état d'exception. J'ai assisté cependant une fois à une chasse faite par les indigènes; un éléphant avait été blessé et, pour

— Type (le Batéké, d'après une photographie.

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