‹ La route du TchadChapitre 17 sur 68 · CHASSE A L'ÉLÉPHANT · texte numérisé non relu

CHASSE A L'ÉLÉPHANT

échapper à ses ennemis, il s'était jeté à l'eau. Mais les indigènes avaient armé des pirogues, et l'animal était poursuivi et assailli de toutes parts. Le courant était violent, et donnait à cette scène une animation extraordinaire; animal et chasseurs descendaient avec une vitesse incroyable. On le cernait et on le poussait vers la rive. Il succomba enfin et vint s'échouer sur le bord. Immédiatement tous les hommes qui étaient au poste se précipitèrent pour aller couper des morceaux de cette chair. Les Batékés qui avaient attaqué l'animal se réservèrent les pointes d'ivoire, mais ils nous apportèrent la trompe qui est le morceau de choix. L'éléphant étant adulte, cette trompe représentait un poids énorme, ofTrant à la base un diamètre d'au moins 40 centimètres. Pour la cuire, on ouvre une fosse dans le sol, on y entretient un grand feu de broussailles et lorsque la terre est rougie, on rejette tout le bois enflammé, on couche la trompe sur un lit de feuilles de bananiers, au fond de la fosse, et on la recouvre de terre, sur laquelle on va entretenir, pendant toute la nuit, un grand feu de bois sec. Cela constitue un aliment assez agréable, parfois un peu coriace, il est vrai, mais qui est, dans tous les cas, la meilleure partie de l'éléphant. Si ces pachydermes sont rares dans cette région, par contre les hippopotames et les caïmans sont ])eaucoup plus communs. Bien souvent on envoyait des tirailleurs les chasser sur le Pool et lorsqu'ils arrivaient à en tuer, cela apportait une amélioration à la nourriture quotidienne du personnel noir.

La chair de l'hippopotame est de médiocre qualité, presque toujours dure et filandreuse; celle du caïman est blanche, mais a une détestable odeur musquée à laquelle on a peine à se faire. Différentes espèces d'antilopes habitent les environs de Brazzaville. C'est là le meilleur gibier que l'on puisse se procurer.

Dès mon arrivée, je demandai à l'administrateur de vouloir bien

faire droit à la requête que venait de m'adresser M. Briquez de

. faire partie de mon expédition en donnant sa démission comme

Fig. 20. — Couteau de parade des Batékés, d'après na ture.

agent du Congo. Je l'obtins, et M. Briquez fut immédiatement chargé de remplacer M. Bigrel, que je n'avais plus Tespoir de voir revenir parmi nous, car les nouvelles que je recevais de lui étaient sans cesse plus alarmantes. Avec un zèle et une activité dignes de tous les éloges, M. Briquez reprit l'instruction militaire de mes hommes d'escorte, lesquels en peu de temps devinrent d'excellents soldats.

Fig. -21.

Les hommes se précipitèrent i)our dépecer l'animal (d'après une photographie instantanée).

Le 1" juillet, comme nous étions à table, le soir, à la nuit venue, un Européen se présenta soudain devant nous : c'était M. Fourneau. Il était en bonne santé; la Jjlcssurc, légère d'ailleurs, qu'il avait reçue au front était complètement guérie. Il nous donna des renseignements précis, que je transcris ici de mon journal. Il avait remonté la Sanga et déjà, depuis le 3 mai, il était sans cesse poursuivi par une population hostile, dont le nombre grossissait à chaque passage dans les villages très rapprochés et situés au milieu de plaines herbeuses. Dans la soirée

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