ARRIVÉE DE M. FOURNEAU
du 11, il couche dans un village et poste des sentinelles pour prévenir toute attaque. Cependant, vers trois heures du matin, il est réveillé soudain par des bruits insolites : c'est une bande d'indigènes armés de sagaies, qui vient attaquer son camp. Les porteurs loangos affolés se précipitent vers la tente qui lui donne abri et essaient d'y pénétrer en soulevant la toile de tous côtés. Ils sont sagayés, mais leurs corps lui font un rempart. M. Thirier,
fig. ■22. — On arrivai
t à luer des liippopotames (d'après une photographie instantanée).
qui avait allumé une bougie pour se rendre compte de ce qui.se passait, reçoit d'abord une sagaie dans le ventre, puis une seconde, et une troisième qui l'atteint à la tempe droite et l'étend raidc mort. M. Blum est blessé, les tirailleurs sénégalais ont une contenance admirable, et c'est à eux que la mission doit ne pas être complètement massacrée. Vers six heures, l'attaque a pris fin. M. Fourneau rassemble alors tous ses colis et les brûle avec le corps de M. Thirier. Avec les débris de la tente, on construit un hamac dans lequel est transporté M. Blum, et tous les hommes valides gagnent rapidement les bords de la rivière où ils arrivent à cinq heures du soir. Là ils s'emparent des pirogues et désormais
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tout le monde étant embai^qiié, ils peuvent redescendre le cours, franchissent les rapides et échappent aux flèches que les indigènes leur décochent sans cesse, mais qui n'arrivent pas jusqu'à eux. Enfin on parvient chez un chef allié, qui leur donne la nourriture dont ils n'ont pas usé depuis la veille. Désormais, la mission est sauvée.
Malgré tout le soin que Ton mit, au poste de Brazzaville, pour
cacher tous les détails de ces mauvaises nouvelles, elles s'ébruitèrent cependant, colportées par les quelques noirs qui étaient revenus en même temps que M. Fourneau, et le désastreux effet qu'elles devaient produire ne fut pas long- à se manifester.
Dans la nuit du lendemain, je fus réveillé par mon sergent tirailleur, qui vint m'apprendre que quarante des porteurs loangos, que j'avais rengagés-et qui avaient reçu des avances, avaient pris la fuite. Avec l'aide de l'administration, nous fîmes visiter les alentours et on envoya deux tirailleurs jusqu'à Comba, mais cette fois encore toutes nos recherches furent vaines. Si l'on avait pu me fournir plus tôt des bateaux, j'aurais ainsi évité cette désertion, dont l'effet était pour moi désastreux.
Il fallut donc s'occuper par tous les moyens possibles de tâcher de recruter dans le pays des hommes qui, moins timorés que les Loangos, consentissent à partir avec moi. Il fut décidé que trentetrois hommes, saisis comme faisant partie de la troupe d'un marchand d'esclaves qui, opérant sur les territoires belges, avait
Fig. 23. — Type balali, d'après une i>liotosrapliie.