CHAPITRE V
La fête du 14 Juillet. — Les tam-tams. — On m'annonce le désastre de la mission Crampel. — Arrivée de M. Nobout. — La mission Crampel.
C'est le li Juillet, la fête est organisée. Tout ce que nous possédons a été mis en branle. A l'aide de grandes bâches que j'emportais avec moi pour me servir à abriter mes marchandises en cours de route, nous avons construit une grande salle, qui est maintenant toute pavoisée de trophées de drapeaux mêlant leurs vives couleurs aux longues feuilles des palmiers qui la décorent. Des pièces d'andrinople , de calicot et de guinée bleue cousues bord à bord , drapent tout le pourtour de cette tente , flanquée de grands mâts, portant au sommet de longues oriflammes et décorés de cartouches que mes compagnons ont élégamment brossés. C'est sous cette tente qu'aura lieu le banquet, où se réuniront tous les Européens du poste, des factoreries, et aussi nos invités de l'autre côté du Pool, les Belges. Tous ensemble, nous serons une quarantaine.
Toutes les ressources dont chacun de nous disposait ont été mises à contriljution pour arriver à dresser d'aussi nombreux couverts, et rien n'est drôle comme la composition hétérogène de ce service : assiettes creuses ou plates, en porcelaines, en faïence ou en fonte émaillée sont accompagnées de verres, de coupes et de gobelets, de services les uns en fer, les autres en argent. Chacun a donné aussi le meilleur de ses approvisionnements ; il y aura des poissons du Congo, des quartiers d'antilope et puis un jambon venu d'Europe; un gros dindon solitaire, élevé depuis longtcnq)s à la factorerie, fut sacrifié pour ce jour-là.
Devant la tente, sur une place immense que limitent les cases
du poste toutes pavoisées, s'élève un mât de cocagne haut de 15 mètres, au sommet duquel, à l'aide d'une petite poulie, on montera successivement des pièces d'étofTe, récompenses qui ne manc|ueront pas d'éveiller la convoitise de tous les noirs. Le programme comporte, en outre, des courses à pied, en sac, un grand concours de tam-tams ou danses guerrières, dont la plus haute récompense sera un rouleau de fd de laiton (1.200 nntakos).
Les Batékés, Balalis, les Loangos, les Pahouins, tous les Sénégalais devaient prendre part à ce concours.
Je sus qu'il y avait à Brazzaville un vieux canon, pièce de 7 sans usage. Nous lui finies un affût, le remimes en état, et ma poudre servirait à tirer des salves le matin, à midi et le soir. , Dès l'aube, vingt et un coups de canon annonçaient à toutes les populations des environs la solennité du jour; et bientôt nous vîmes les vapeurs sillonnant le Pool amener nos invités les Belges. Puis, tous les grands chefs des environs, installés sur des civières, recouvertes de peaux de lions et de panthères et portées sur les épaules robustes de leurs esclaves, firent leur entrée, précédés des sorciers aux costumes étranges, et d'une foule de serviteurs jouant d'instruments divers et poussant des cris discordants. De toutes parts, des bandes noires encombrent les chemins. Le grand chef batéké , N'Tchoulou , revêtu d'un somptueux manteau de velours vert, portant au cou le collier d'investiture du roi Makoko et la tête ornée d'un panache de légères plumes blanches de marabout, s'est fait apporter pour assister à la fête.
Tous les tirailleurs du poste, ainsi que les miens, en grande tenue, sont passés en revue devant tous les indigènes, qui regardent avec admiration leurs évolutions régulières et irréprochal)les.
Bientôt, un grand cercle de plus de 100 mètres de diamètre, se forme et tout autour se massent en rangs serrés des milhers de noirs venus de tous côtés. C'est au milieu de ce cercle que les tam-tams vont se succéder, et de la tente du banquet, placée sur un de ses bords, les blancs vont assister aux danses, les juger et décerner les récompenses.
Après les exorcismes des féticheurs à la figure peinte de rouge, à l'œil gauche cerclé d'une large ligne blanche qui s'en va re-