‹ La route du TchadChapitre 23 sur 68 · LE DEPART EST DECIDE · texte numérisé non relu

LE DEPART EST DECIDE

Le lendemain matin, cependant, ma résolution était prise : je partirai en toute hâte vers El Kouti.

Dès lors, je retrouvai plus de calme. J'étais en pak avec moimême, car je me disais que là était le devoir et que, si j'échouais, le préjudice n'en pourrait revenir qu'à moi seul, tandis que je pourrais peut-être avoir la chance de réussir, et alors mon action servirait la cause coloniale tout entière en montrant aux étrangers que nous ne nous désintéressons pas de ceux qui sacrifient leur existence pour l'œuvre de civilisation que nous poursuivons en allant sans armes, sans escorte même, comme l'avait fait Crampel, et qu'aussi nous ne permettons à personne de porter une main profane sur un des nôtres.

Je rédigeai une dépêche que j'adressai à M. le sous-secrétaire d'Etat aux Colonies et que je priai l'administrateur principal de faire partir pour la côte par courrier spécial, ce qui fut fait.

Cette dépêche était ainsi conçue : Massacre de la mission Crampel certain. Vais continuer^ sauf instructions contraires.

M. Dolisie voulut bien me promettre de faire tout au monde pour m'envoyer la réponse si celle-ci arrivait dans un délai suffisamment court pour qu'elle pût me rejoindre en route, à Bangui, où nécessairement je serai retenu par le recrutement de pirogues qui me transporteraient dans le Haut Oubangui.

J'informai M. Nebout de ma résolution et je lui montrai combien il était désirable qu'il se joignît à nous puisqu'il connaissait déjà le pays et ses habitants. Il me demanda quelques heures de réflexion. Les dernières nouvelles qu'il avait reçues de sa famille, il y avait déjà bien longtemps, étaient peu favorables et il n'était pas sans inquiétude. Cependant, la journée ne se passa pas sans qu'il vînt me dire qu'il consentait à me suivre. Je le remerciai et lui demandai de faire tous ses efforts pour décider le plus grand nombre possible des hommes revenus avec lui à se joindre à nous.

Cependant, on me montrait de toutes parts la folie de l'aventure que nous allions courir : les musulmans, qui avaient été les plus forts, étaient maintenant tiers de leur succès et renforcés encore par les armes et les munitions provenant de la mission Crampel. Ma résolution était prise, je n'y reviendrai pas. Mais je ne me sen-

tais pas le droit d'emmener avec moi ces compagnons qui m'avaient suivi pour m'aider dans l'accomplissement d'un programme pacifique, et qui d'un seul coup se trouvait complètement bouleversé. Je réunis donc MM. Brunache, Bricpiez et Chalot et leur dis que les conditions étaient changées et que je les déliais complètement de l'engagement pris, que je les laissais libres de revenir en France, s'ils le désiraient. Mais simplement, ils me répondirent qu'ils ne m'abandonneraient pas et qu'ils iraient où j irai. J'étais heureux d'avoir de tels compagnons, qui rivalisaient de zèle et de dévouement.

Je priai l'administrateur principal de mettre sans retard les bateaux disponibles à mon service. Il me dit que deux d'entre eux pourraient probablement partir dans quelques jours et qu'il ferait tout son possible pour que diligence fût faite avec les réparations indispensables pour remettre en étatle troisième hatenu T Oubangiii , mais que, malgré tout, il ne pourrait être prêt avant trois semaines environ.

Il me manifesta tout le regret qui lui venait de ce qu'il ne pouvait me fournir un personnel d'escorte, dont l'aide me serait si utile peut-être, mais il en était complètement dépourvu. Il me pria du moins d'emmener avec moi un agent de la colonie, M. Bobichon, afin de montrer que l'administration ne se désintéressait pas de l'œuvre que nous allions entreprendre. J'acceptai cette offre de grand cœur bien que je ne connusse pas encore M. Bobichon. Il fut convenu, de plus, que dix-huit Pahouins, qui avaient pris part à la mission Fourneau et qui se trouvaient à Lyranga, poste situé à l'embouchure de l'Oubangui, seraient mis à ma disposition et transportés à Bangui par un des bateaux.

Ces bateaux étaient de petite dimension et ne pouvaient porter qu'un nombre fort limité de charges et d'hommes, aussi tous les trois étaient indispensables pour transporter mon personnel et une partie seulement de mes bagages.

Afin de ne pas perdre de temps, je résolus d'employer les bateaux à mesure qu'ils seraient prêts, de faire partir le personnel et les charges à Bangui, poste le plus avancé de la colonie ef, pour utiliser leur activité et ne pas les laisser dans l'inaction, j'enverrai

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