BON G A
obligé de vivre en conmiun sur un espace si restreint, et que l'on a déjà à supporter tant de misère de toutes sortes.
La factorerie de Bonga était tenue par M. E. Chaussé. Cet agent de la maison Daumas et C'^ avait été désigné primitivement pour taire partie de ma mission. Il était retenu par le fait que le personnel manquait, mais il espérait qu'on viendrait bientôt le remplacer, car il avait l'ardent désir, me disait-il, de nous suivre.
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Tout ce que je savais de M. E. Chaussé et les qualités qui se devinaient en lui de prime abord, me donnaient le même désir de le voir se joindre à nous. Le soir, nous prîmes toutes nos dispositions de départ et nous couchâmes à bord, devant partir le lendemain matin de bonne heure. Les rideaux de l'arrière étaient baissés. Soudain, je suis réveillé par des cris et, lorsque je me dégage de dessous le moustiquaire, je suis suffoqué par une fumée acre qui m'aveugle, me saisit à la gorge et me fait bientôt perdre tout scntijnent. Le feu est à bord. On s'est porté à notre secours et, nous donnant la main, on nous dirige vers les rideaux relevés. Nous pouvons respirer enfin. Le bois sec, entassé dans
r.OUTE DU TCHAD.
les soutes, s'était échaufTé par contact avec les chaudières et avait
pris feu. Vite nous nous mettons tous à jeter de Feau; le danger
;, est grand, car leâ soutes à bois confinent à celles des
bagages placées à l'avant, dans lesquelles sont mes colis
et quelques tonnelets de poudre. Heureusement,
on se rend rapidement maître du feu et tout danger
est bientôt conjuré, mais tous nos bagages sont
inondés. La cale du bateau a été si vivement
échauffée qu'extérieurement toute la peinture est
])rûlée. Il s'en est fallu de bien peu que la poudre
ne s'enflammât et ne fit sauter tout l'avant.
Le lendemain, de bonne heure, nous pouvons repartir néanmoins. Nous remontons la Sanga sur la distance de sept kilomètres, puis nous nous engageons dans le canal de Likouandji, qui relie la Sanga au Congo.
fVprès cinq heures de navigation, nous voilà
sur les bords du Congo, près des grands
villages afourous, installés sur notre rive,
auxquels on donne le nom de Likoulela.
Ce sont les mêmes cases
et les mêmes populations
que celles dont j'ai eu
l'occasion de parler et qui
occupent les
villages de
Likouba.
Le ^ lendemain nous reprenons notre route pour Lyranga, où
Fig. 32. — Sagaies et couteaux de la Sanga. d'aiircs nature.
nous ne pouvons espérer, cependant, arriver] le soir même.
Le fleuve s'est élargi encore, et l'espace s'ouvre devant nous' à l'infini. Soudain le ciel qui était calme se rembrunit et là-bas, au Nord-Ouest, tout est noir. Les iles apparaissent au loin cnve-
CANAL DE LIKOUAXDJI. 99
loppées clun grand voile indigo, et de gros nuages roulent rapides, amoncelés les uns sur les autres. Il faisait, dès le matin, une température anormalement chaude, mais tout à coup un vent violent, frais, presque froid, s'élève, et la surface de F eau, calme jusque-là, se couvre de véritables flots, qui nous feraient, pour un peu, croire que nous sommes en mer. Les nuages noirs se déchirent et le ciel s'illumine de longs éclairs, qui brisent leur masse. Le tonnerre gronde de toutes parts et la pluie s abat, tombant à torrents. Des gouttes énormes trouent les flots jaunes du Congo; le vent souffle tellement fort, qu'il faut relever les rideaux qui nous abritent, et notre petite plate-forme d'arrière, à peine surélevée de 0'", 60 au-dessus de l'eau, est maintenant balayée par les flots. Mais le capitaine a bien manœuvré ; vite il s'est dirigé vers les îles, et celles-ci nous offrent leur abri; le vent s'est calmé et nous assistons en spectateurs à cette superbe tornade, qui fait s'effondrer les arbres autour de nous et qui, en un instant, a fait de ce lac si tranquille une mer démontée. Un peu plus tard, tout étant rentré dans l'ordre, nous reprenons notre route vers Lyranga, où nous arriverons le lendemain matin.