‹ La route du TchadChapitre 31 sur 68 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

xVrrivôe à Lyranga. — Le poste. — Dans l'Oubangui. — Avaries successives. — En détresse. — Les Fîalloïs. — Modzaka. — Le poste abandonné. — Populations bonjos. — Mœurs, pèche.

Lorsque, dans la matinée du l'"' septembre, nous nous trouvâmes en vue du poste de Lyranga, au lieu d'aller aborder la rive où celui-ci est étabK, nous allâmes prendre notre mouillage contre une petite île, située à quelques centaines de mètres de la terre ferme. C'est que de grandes roches qui émergent, noires et sombres, tout autour du sol, risquent d'endommager notre bateau, et la pointe avancée de terre sur laquelle est établi ce poste est exposée aux vents de l'Ouest et du Nord, lesquels amènent les fortes tornades. Dans le mouillage clioisi, nous sommes à l'abri des tempêtes. A peine avons-nous jeté la corde d'amarre que nous voyons se diriger vers nous un petit canot en toile, dans lequel est M. Manas, chef de poste, qui vient nous souiiaiter la ])ienvenuc. Il a amené avec lui une grande pirogue, pour nous permettre de transporter à terre les colis les plus indispensables.

« Notre machine a besoin de réparations. Nous resterons donc, me dit le capitaine, tout au moins un jour ou deux avant d'aborder rOubangui. »

Les réparations qu'il fallait faire à noire bateau étaient plus importantes que l'on no pensait, et je restai une semaine entière à Lyranga, me mettant en contact avec la population et la nature entière, interrogeant les uns et les autres, récoltant le plus grand nombre possiJjle de documents de tout genre, qui me permettront de montrer plus tard quelles sont les plantes utiles et les produits que l'on en pourrait retirer.

A peine parfis, nous devons renoncer à la marche. La machine est mal réparée; les pompes ne fonctionnent pas et l'alimentation des chaudières ne s'opère plus. Le capitaine vient nous dire de rester à l'arrière, car la chaudière, n'ayant plus d'eau, peut sauter. Vite on met bas les feux, et nous revenons à la dérive jusqu'au mouillage que nous avions abandonné. On va procéder à de nouvelles réparations. Le 8, dès le matin, après avoir pris encore congé de M. Manas, cette fois pour tout à fait, je l'espère du moins, nous partons. La marche s'effectue sans incidents, et, deux heures après avoir quitté le poste, nous rentrons en plein Oubangui. Un moment après, nous voilà dans l'hémisphère nord. Nous avons de nouveau franchi la ligne équatoriale.

Les grands villages afourous, où nous nous arrêtons à la fin de la journée, et qui occupent ici la rive gauche, se poursuivent identiques à ceux que j'ai vus plus bas. Ces villages étaient, il y a peu de temps encore, paraît-il, extrêmement populeux et, par suite, très prospères. Les Afourous, remontant maintenant l' Oubangui, se sont mis en relations plus constantes avec les indigènes de la région plus haute, les Bonjos. C'est qu'en effet, comme j'ai eu l'occasion de le dire, les Afourous sont avant tout commerçants, et ils ont compris tout l'intérêt qu'il pourrait y avoir pour eux d'aller visiter des populations sédentaires, étroitement cantonnées chez elles, comme sont celles des Bonjos. Il y avait avec celles-ci commerce d'ivoire à faire, afin de revendre cette matière précieuse aux Batékés de M'Pila, qui viendraient à leur tour l'offrir à nos factoreries. Mais les Bonjos sont anthropophages et la marchandise qu'ils réclament principalement, ce sont des esclaves, lesquels au moment venu seront exécutés et consommés. Les Afourous ont donc dû transporter chez eux la seule marchandise qui ait une grande valeur, et qui rentre comme base de transaction obligée dans les achats d'ivoire , et attirés par l'appât du gain, ils ont peu à peu dépeuplé leurs propres villages. De tous côtés, s'étendent de grands champs de culture, maintenant abandonnés, où les herbes ont envahi les derniers carrés de manioc. Les Bonjos trafiquent une pointe d'ivoire moyenne, pesant de 25 à 40 kilos, contre un esclave et différentes autres marchandises. L'esclave est coté 300 barrettes.

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