‹ La route du TchadChapitre 32 sur 68 · AVARIES SUCCESSIVES · texte numérisé non relu

AVARIES SUCCESSIVES

Les étoffes, les barrettes en laiton complètent la somme de 400 à 500 barrettes que peut valoir la pointe. En général, on ne vend que les hommes, car les femmes, étant, paraît-il, d'une valeur supérieure, ne sont pas sacrifiées à la consommation.

Cette première journée de bonne marche avait laissé espérer que les réparations avaient été bien faites par le mécanicien et que nous pourrions continuer notre route régulièrement : vain espoir! Le lendemain, une heure après être repartis, il faut stopper, mettre bas les feux et visiter l'hélice de bâbord, qui, paraît-il, a été mal posée, et ce n'est pas chose simple, mais nous finissons par trouver un gros arbre qui penche son tronc au-dessus de l'eau. On attache un cordage dans ses branches, après l'avoir fait passer au-dessous du bateau; à l'aide d'une moufle, on finit parle soulever suffisamment pour mettre les hélices hors de l'eau. Et la journée est ainsi perdue. Le lendemain matin, nous repartons, mais cette fois encore la machine marche mal. Une des pompes d'alimentation ne fonctionne pas, et nous risquons de sauter, dit le capitaine. On met bas les feux d'une chaudière. L'autre machine se conduit à peu près bien, mais elle est insuffisante pour vaincre le courant. Il faut renoncer à marcher avec une seule hélice. A la dérive, nous revenons donc en arrière chercher la terre ferme, et les réparations recommencent; elles vont se prolonger presque toute la journée du lendemain.

J'utilise mon temps à courir la forêt, où je fais une chasse fructueuse. Les singes sont abondants dans cette région, et les pintades, qui jusque-là ne se rencontraient qu'à l'état presque d'exception, deviennent communes dans les plantations qui avoisinent les villages.

Le 12, nous repartons, mais nous avançons lentement, car la crue s'accentue chaque jour; les eaux montent dune façon sensible. Le courant a arraché aux rives de grands lambeaux de terre, qui flottent, tout couverts d'herbes, parfois de buissons, se tenant tout debout sur l'eau et sur lesquels, bien souvent, quelcpies oiseaux restent perchés ; ce sont de véritables lies flottantes. Cette crue est pour nous la cause de difficultés nouvelles, car non seulement le courant est plus violent, mais encore avons-nous toutes les peines

du monde à trouver un mouillage où il soit possible de mettre le pied sur la terre sèche et de faire commodément notre bois. Tout banc de sable a disparu et la chasse elle-même, sur laquelle il faut compter, car nos provisions baissent, devient plus difficile et plus aléatoire. De petites pirogues d'Afourous passent près du bord, s'en allant visiter les nasses ou récolter les calebasses de vin de palme. Nous les appelons : Iaka! iaka! (Viens, viens!], mais peu confiants

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Fig. 33. — Il se redresse furieux et vient à moi...

ils passent, répondant qu'ils n'ont ni massanga ni biçi (poissons) , Ces noirs ne comprennent pas le signe que nous faisons ordinairement du doigt pour faire venir quelqu'un. Pour les appeler, il faut diriger la paume de la main du côté du sol et ouvrir, puis fermer les doigts. De même, leur façon de compter sur les doigts est différente de la nôtre : le pouce ne compte pas; I, s'indique avec l'index; 2, l'index et le médius, etc., 5 le poing fermé, 6 le poingfermé d'une main et l'index de l'autre; ils comptent ainsi jusqu'à 10; puis une fois, deux fois, trois fois 10, etc.

LA CRUE DE L'Ol'BAXGUI. 105

Dans la soirée, dès que nous eûmes trouve un mouillage, je partis en chasse accompagné d'Amat. Bientôt nous entendîmes non loin de nous une bande de singes : avançant doucement, j'arrivai jusqu'au pied des arbres où ils se trouvaient. C'étaient de très gros singes gris; il y en av'ait une bande énorme. J'en vise un et le blesse, il tombe; aussitôt il se redresse furieux, vient à moi, me déchire mon pantalon et saisit mon fusil; je dus l'achever d'un second coup. Pendant ce temps, toute la bande réunie sur les grosses branches poussait des aboiements furieux sans songer à fuir, ce qui lui valut de laisser trois nouvelles victimes entre nos mains. Nous revînmes au bateau, ayant toute notre charge de ces quatre grosses bêtes, dont la viande constitue la ration de mes hommes. Au début, mes Sénégalais avaient quelque répugnance à manger du singe, mais il fallut bien s'y accoutumer et plus tard, ils étaient heureux quand nous parvenions à nous en procurer. Nous en mangions nousmêmes, mais c'est un rôti peu succulent et répandant souvent un fumet assez désagréable.

Le lendemain, nous repartons, mais la machine fonctionne mal, et tout ce que nous pouvons faire, c'est d'atteindre les grands villages de Yumba, qui se trouvent en face de la rivière Bomali. Nous trouvons à y faire d'abondantes provisions. On nous apporte des quantités de bananes, et cela à un prix étonnant de bon marché. De gros régimes pesant de 10 à 15 Idlos sont payés de deux à cinq barrettes. Il y a aussi des patates, mais le manioc est rare. Pas de chèvres, et quelques poules seulement.

Le mécanicien a encore travaillé à la machine, et il espère que cela va marcher maintenant. Nous repartons donc de bonne heure, mais nous avançons avec peine. Les pistons sont mal joints, un des cylindres est forcé, les chaudières perdent; nous n'avançons pasi Et le mécanicien vient déclarer au capitaine qu'il lui est impossible de remettre les deux machines en état; que tout ce qu'il peut faire, c'est d'utiliser les pièces pour essayer de faire fonctionner convenaldcment l'une dos deux. Mais le capitaine dit qu'il ne peut gouverner avec une aussi faible vitesse et qu'il risquerait, insuflisanmient maître de ses mouvements, d'aller nous faire échouer sur quelque écueil.

IlOlTE DU TCHAD.

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Alors que devenir?

Lorsque nous étions à Bonga, le bateau la France se trouvait au mouillage. M. Chaussé, frère du gérant de la factorerie, qui commandait ce bateau, m'avait dit qu'après avoir visité une station du Congo, il remonterait l'Oubangui; et comme son bateau marchait bien, il espérait, malgré le détour qu'il avait à faire, être en même temps que nous à Bangui. Peut-être ce bateau pourrait-il nous rejoindre. Mais, réflexion faite, il n'y avait pas d'espoir à conserver de ce côté, car il avait dû partir, le premier du mois, de Lyranga et nous étions au 14, il devait donc être passé. La rivière est tellement large, les iles si nombreuses et si grandes, qu'il est plus facile de s'éviter que de se rencontrer.

Le capitaine Pouplier me propose de former un convoi de pirogues, que nous arriverions peut-être à réquisitionner auprès des indigènes, mais il me prévient qu'il faudra plus d'un mois pour remonter jusqu'à Bangui, que les pirogues que nous trouverons en cet endroit sont petites et que nous devrons abandonner une partie de nos marchandises, et il ne peut garantir que celles que nous emporterons avec nous ne seront point avariées. Dans ces conditions, il m'est bien difficile d'accepter sa proposition. J'insiste pour qu'on essaye de réparer une machine au moins afin de pouvoir gagner à petites journées Modzaka, où il y avait un poste français il y a peu de temps encore; de là, j^araît-il,. on voit l'Oubangui dans toute sa largeur. Nous nous installerons en ce point et peut-être aurons-nous la bonne chance d'être rejoints par un bateau ou, si nous y déposons les marchandises, je partirai seul en pirogue pour Bangui, d'où je les renverrai prendre.

J'étais véritablement désolé. J'avais dit à mes agents de se trouver tous le 15 septembre à Bangui; j'espérais y être et repartir dès le 1" octobre vers El Kouti. Ce sera bien beau maintenant si je puis partir le 1" novembre. Que de temps perdu!

■^ On répare encore ; nous essayons de repartir, mais après nous être échoués sur un banc de sable, car nous ne pouvons pas gouverner, nous nous en allons gagner la rive gauche, où se trouve le grand village de Moubendilou, où nous procéderons à de sérieuses réparations. Pas un indigène ne vient au-devant de nous,

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