RÉPONSE A MA DEPECHE
tition ayant appartenu à la mission. Je ne me le dissimulai pas; c'était là tenter une aventure dont ne nous pouvions sortir victorieux que si le sort nous favorisait. Cependant d'hésitation je n'en pouvais avoir. J'étais parti de France avec le programme d'aller secourir Crampel. Son personnel était massacré, disait-on. 11 me fallait en acquérir la certitude et, s'il était possible, chercher à en rapporter des preuves matérielles; cà ce compte seulement, j'étais en droit de considérer ma tâche comme terminée. iMais si tout me poussait à marcher de Favant, je ne devais pas oublier qu'à tout prix il me fallait le succès et si, par mon imprudence, je subissais un échec, je devais en supporter la lourde responsabilité. Une nouvelle défaite atteindrait gravement en France l'idée qui présidait à ces explorations. Peut-être alors se lasserait-on; peut-être, comme on a eu le tort de le faire après le massacre de la mission Flatters, si j'échouais, Fopinion publique réclamerait-elle impérieusement la fin de toutes ces explorations.
Préoccupé des "conséquences graves que pouvait amener l'insuccès, je souhaitais ardemment d'avoir une réponse à la dépêche que j'avais envoyée de Brazzaville à M. le sous-secrétaire d'État aux colonies. J'eus la joie de voir arriver un vapeur belge avant moa départ de Bangui; il m'apportait un courrier, contenant une lettre de M. de Brazza, dont voici le texte :
• Loango, Il août 1>^91.
Le Commissaire général du Gouvernement à Monsieur Jean Dybowski, chef de mission.
a Monsieur,
« J'ai l'honneur de vous informer que, conformément à votre demande, j'ai expédié, à la date du '* août, votre télégramme, ainsi conçu, au Ministère : (( Désastre Crampel certain, vais continuer sauf instructions contraires » .
(c A ce télégranmie j'ai ajouté que je demandais la réponse pour le 6 août au plus tard.
(( Or, lorsque, le 7, j'ai quitté Libreville, aucune réponse n'était
arrivée, et, dansFintervalle, jai reçu une réponse à des télégrammes ordinaires de service, du déj)artement.
« Vous allez donc continuer la marche de M. Crampel. Je vous envoie mes souhaits de succès. .
« Je regrette que l'annonce des pertes subies par M. Fourneau et
la nouvelle du désastre de M. Crampel soient venues augmenter
encore les difficultés que je vous avais signalées, à votre passage
à Libreville, au sujet des moyens de transport au delà de Bangui.
« Recevez, etc.
« P. S. DE Brazza. »
Je pouvais donc désormais marcher en avant, comme jeu avais le vif désir, et cela sans qu'on puisse plus tard me blâmer de mètre ainsi lancé dans une aventure, dont les conséquences étaient hasardeuses et le succès problématique, puisque j'obtenais, parle silence que l'on gardait, une sorte d'approbation tacite, bien faite pour m'enlever toute hésitation.
Le vapeur lAliina, qui avait conduit la mission Crampel jusqu'au village de Bembé au coude nord de l'Oubangui et que j'aurais désiré garder, n'avait pu être mis à ma disposition par radministration, lors de son voyage à Bangui. Le capitaine avait reçu l'ordre formel de ne pas dépasser le poste et d'avoir à revenir immédiatement à Brazzaville.
Je dus donc envoyer un des membres de ma mission recruter des pirogues au-dessus des rapides, chez les Banziris. Tout une petite flottille fut bientôt à ma disposition et le 25 octobre, de grand matin, après avoir fait procéder au chargement, nous partîmes enfin. Chaque pirogue ne portait, en plus des pagayeurs banziris, que dix de mes hommes et quelques charges,