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MARCHE EN PIROGUE

fond de la rivière, forcent les passages même les plus difficiles. A l'arrière, assis sur deux rangs, sont les pagayeurs, au nombre de huit à douze, armés de toutes petites pagaies, élégamment sculptées et ornées de bagues en métal. Quant à Tentre-deux, il est entièrement réservé aux charges et aux passagers.

Partis de cette sorte de lac, aux eaux calmes, qui règne au-dessus du premier rapide, après quelques minutes de marche, nous abordons la seconde série de brisants, qui mugissent si fort que

Fig. 40. —Objets banziris : 1, arc et llcclies. — -2. pilon en ivoire. — 3, plat en bois. — 4, grand tambour des pagayeurs. — 5, grandes cloches en fer forgé des pagayeurs. D'après nature.

Ton entend à peine la voix des pagayeurs, qui s'appellent d'une pirogue à l'autre, se consultant sur la passe à prendre. Le choix est fait et les mains se sont tendues, indiquant le point où le courant semble le plus aisé à vaincre. Cependant, nous prenons une direction qui ne paraît pas être la bonne, mais soudain, un contre-courant, sur Tactiou duquel les pagayeurs avaient compté, nous a saisi. La pirogue tournoie, nous semblons perdre toute notre avance, car nous reculons avec une vitesse vertigineuse, mais nous sommes dans la l>oano passe. Les perches, abattues toutes ensemble, solidement arc-boutées contre les roches, vibrent, frappant les flancs de la pirogue de coups secs et cadencés. Les

hommes d'arrière, penchés sur leurs pagaies, les enfoncent jusqu'au manche et frappent les flots de coups redoublés. L'eau a envahi tout l'avant de la pirogue, vite on écope. C'est un spectacle véritablement admirable que celui de toute cette manœuvre, conduite avec tant d'énergie et de force, tant d'habileté et de précision aussi.

Bientôt, les efforts combinés des pagayeurs et des hommes de l'avant qui manient le tombo (perche) ont fait franchir le pas difficile. Ce sont alors des cris d'allégresse, par chaque pirogue répétés, à mesure qu'elles franchissent l'obstacle. Et dans leur joie, les hommes de l'avant laissent tomber leurs perches à plat sur l'eau, qui rejaillit en gerbe. Nous voilà de nouveau dans des eauxcalmes.

Alors, pour se distraire et d'un commun accord, les pirogues commencent une course, luttant de vitesse. C'est à qui prendra la tête du convoi. Des cris de défi sont poussés. Les hommes du tombo laissent glisser rapidement, les unes après les autres, leurs perches, longues de 10 et 12 mètres et qui souvent trop courtes cependant, tant les eaux sont hautes, les obligent à se pencher et à enfoncer le bras dans l'eau, pour aller chercher le fond.

Rapidement, méthodiquement, le mouvement se continue et les perches s'abattent, puis vibrent, battant les flancs de la pirogue, et l'embarcation file, puissamment poussée par les pagayeurs, qui s'exaltent par des cris : Kama kaV. Kama kai l (Ami, pagaie !) ou par des chants harmonieux :

Enfin, la pirogue que je monte, barrant par un mouvement habile le chemin aux autres, les a dépassées et a pris la tète. Ce sont alors des cris de joie. Tous les pagayeurs de l'arrière se lèvent et debout, se penchant tous ensemble, par un mouvement régulier, ils jettent en l'air, à l'aide de leurs petites rames, des gerbes d'eau, qui empanachent tout l'arrière de la pirogue.

Pendant longtemps encore, la pirogue qui a remporté la vie-

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