CHAPITRE XI
Le chef Bembé. — Villages banziris. — L'emplacement du cami) de Crampel. — l'n''paratifs de départ. — Organisation de la caravane. — Départ pour l'intérieur. — Les Langouassis. — Accueil peu favorable. — Jlaladie. — Tout s'arrange. — 3Iarche rapide.
Le chef Bembé avait demandé à M. Briquez, lorsque celui-ci était venu chercher les pirogues destinées à nous transporter, de lui signaler notre venue en faisant tirer deux coups de fusil. Je m'étais conformé à son désii\ Aussi, comme je remontais l'escarpement boisé qui protège la vue du village du côté de l'eau, je le vis se présenter à moi, vêtu d'un pantalon de coutil et d'une chemise blanche, présents que lui avait faits Crampel lors de son passage. Bembé est un homme g-rand et fort, d'un type un peu moins élég-ant peut-être que la g-énéralité des Banziris, mais son regard vif et clair indique l'intelligence.
Il me fit l'accueil le plus empressé et me dit que, sachant ma venue, il avait fait préparer un emplacement, pour que nous puissions y dresser notre campement.
J'avais eu le soin de faire envoyer préalablement, chez le chef Bembé, deux de mes tirailleurs, afin qu'ils pussent apprendre la langue et nous servir d'interprètes. Il y avait un mois à peine qu'ils habitaient le village banziri, et déjà ils s'expliquaient aisément dans cette langue simple et facile.
Conduit par le chef, je me' rendis à l'emplacement qu'il destinait à notre camp. C'était celui qui avait déjà servi à Crampel, lors de son départ pour l'intérieur, au V janvier de cette même année. Crampel, ayant résidé là quelque temps, avait fait construire des cases provisoires. Moins d'une année s'était écoulée et déjà l'abon-
dante végétation de cette région avait repris ses droits : une herbe haute, abattue par les soins du chef, couvre le sol d'une couche épaisse, et au milieu d'elle se dégagent les restes des cases maintenant effondrées et dont elle cache les débris.
Ce n'est pas sans un serrement de cœur que je constatai toute cette ruine de ce qui avait été, il y a si peu de temps encore, le camp si animé où Crampel avait écrit ses dernières lettres pour la France, et d'où, si plein de confiance, il était parti pour l'intérieur. Et de tout cela, il ne restait plus rien que le triste et poignant souvenir !
Bembé m'avait reçu de son mieux, et sa sollicitude à mon égard allait jusqu'à me donner le conseil de ne pas pénétrer dans l'intérieur. Il craignait pour nous, me disait-il, car les informations qui lui étaient venues des régions voisines lui faisaient croire que les musulmans, enhardis par le succès, s'étaient beaucoup rapprochés des bords de l'Oubangui, Il ne me cacha même pas l'inquiétude très réelle qu'il avait au sujet de la sécurité de son peuple. Il craignait que les musulmans ne vinssent jusque chez lui exercer leurs déprédations et désoler ses villages. Son intérêt était donc plutôt de nous voir marcher, mais il redoutait pour nous la rencontre avec ces Tourgous, et son amitié lui faisait nous conseiller vivement de ne pas aller plus loin. Je le rassurai, lui disant de ne pas avoir à notre égard de semblables inquiétudes, car neus étions en nombre suffisant pour pouvoir résister.
Je lui demandai de m'aider plutôt dans l'accomplissement de ma tâche, en me donnant un guide qui pourrait me conduire dans l'intérieur. J'avais bien, en effet, comme je l'ai indiqué en son temps, pu réengager six hommes, qui avaient déjà fait partie de l'expédition de Crampel. Mais, bien que tout noir ait au suprême degré l'instinct de l'orientation, il pourrait se faire qu'ils ne retrouvassent pas aisément les traces de leur marche précédente. C'est qu'à vrai dire l'aspect du pays change d'une façon surprenante, suivant qu'on se présente à un moment ou à un autre de l'année. Ici encore, les indigènes ont pour coutume de brûler, tout au moins une fois l'an, les hautes herbes qui couvrent les plaines et suivant qu'on passe, alors que celles-ci venant d'être détruites, laissent découvrir