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LE CHEF ZOULI

Nous arrivons bientôt, guidés par lui, sur le bord de la Zanvouza. C'est un superbe torrent, qui roule des eaux impétueuses entre de

lig. Mi. - La case ilu chef Zouli. D'après une photographie.

gros blocs sombres de gneiss, que l'écume des flots qu'ils brisent \'ient empanacher de blanc.

Le courant est tellement violent qu'il est impossible aux porteurs de le franchir avec leurs charges. Je fais déshabiller mes tirailleurs.

et, se tenant par la main, ils forment une longue chaîne contre laquelle les porteurs peuvent se retenir, sans risquer de se laisser entraîner par le courant.

Nous voici enfin de l'autre côté et, sur les bords du torrent, existe un emplacement, sous les grands arbres qui ombragent les rives, où fut installé le camp doù M. Biscarrat, inquiet de ne pas recevoir de nouvelles de Crampel, partit résolument en avant. Là, pendant près de trois mois, les bagages de la mission furent déposés à la garde de M. Nebout et des tirailleurs formant l'arrière-garde. L'herbe y avait poussé, et au milieu d'elle quelques grains de mil, de maïs et de piment s'étaient semés; les plantes montraient déjà leurs fruits.

Je donnai à mes hommes une journée de repos, car ils étaient tous fatigués par les marches pénibles des jours précédents; et puis ils profiteraient de cette halte pour laver leurs bourgerons et leurs pantalons, tout souillés par la vase des marais.

La maladie continuait à exercer ces ravages parmi mes porteurs. Les cas de dysenterie étaient nombreux : je les soignai et arrivai généralement à enrayer la maladie. Cependant deux hommes en étaient si cruellement atteints, qu'il me fallut renoncer à les mener plus loin. Un nouveau cas de variole s'était produit également et puis mon excellent sergent noir Samuel, celui que j'avais soigné à Loudima, se trouvait maintenant dans l'impossibilité de marcher : un flegmon s'était déclaré à la cuisse et il n'avait pu se traîner jusque-là qu'au prix des plus cruelles souffrances. Zouli voulut bien consentir à garder tous ces malades. Je lui donnai pour eux des perles et des étoffes, représentant deux mois de vivres, et je lui confiai deux charges que je ne pouvais plus faire j)orter, faute d'hommes. Je le récompensai largement de sa bienveillance à notre égard en lui faisant d'importants cadeaux.

Au moment de se séparer de nous, Samuel pleurait; il me disait : « Vous allez vous battre, vous aurez besoin de moi et je ne serai pas là. Je suis bien malheureux, voilà deux fois c|ue je vous manque au moment où j'aurais pu être utile. » Je lui remis un pli que je le chargeai de garder jusqu'à mon retour, ajoutant que si, d'ici à deux mois, il était sans nouvelles de nous , qu'il s'en aille regagner Bangui et fasse parvenir ma lettre en France.

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