‹ La route du TchadChapitre 56 sur 68 · MOYENS D'ALLUMER LE BOIS · texte numérisé non relu

MOYENS D'ALLUMER LE BOIS

rapides, dans Li fumée noire, pour réapparaître aussitôt tenant entre leurs serres quelques reptiles ou quelques petits rongeurs.

Nous avançons, mais le feu, poussé par un vent violent, forme un grand cercle qui nous enserre de toutes parts. Il nous faut fuir pour tâcher de trouver un coin de terre dénudée où le feu ne pourra nous atteindre, mais des milliers de bambous ont couvert ce sol de leurs longues perches et nous empêchent d'avancer. La fumée nous suffoque et le souffle brûlant de l'incendie nous lèche le visage.

Enfin nous voilà en dehors du foyer et nous cherchons à retrouver la piste que nous avons perdue.

Toutes les populations qui étaient émues de nous voir partir vers la région des Tourgous sont maintenant en joie de nous voir revenir avec le succès. Tous accourent et se pressent sur notre passage. Leshommes, les femmes, les enfants nous escortent, nous pressenties mains et donnent des vivres aux tirailleurs. Ces armes qu'ils nous montraient à l'aller, disposés peut-être à s'en servir contre nous, ils offrent de les échanger contre les marchandises qui me restent encore.

Je repassai dans le village du vieux chef qui, bienveillant, avait voulu me dissuader d'aller plus loin. Il n'en croyait pas ses yeux,

Fig. 51. — N'Gapous : 1, lyre. —2, fléhces à pointes de fer. — 3, carquois. — 4, arc. — 'ô, bouclier en vannerie. D'après nature.

nOL'TE DU TCHAD.

levait les bras au ciel, mettait la main ouverte devant la bouche, manifestant ainsi sa joie et son étonnement de nous voir revenus sains et saufs.

Le 16 décembre, j^étais chez Zouli. Lui, plus encore que tout autre, manifesta sa joie. Il me ramena Samuel, mon sergent noir, complètement guéri maintenant, mais les varioleux que je lui avais confiés étaient morts. Il me dit que des indigènes venant du Nord avaient répandu le bruit que nous avions été tous massacrés. J'aurais désiré donner à tout mon monde un certain temps de repos, dont chacun avait si grand besoin, mais je craignais que la fausse nouvelle de notre massacre ne s'accréditât et ne se répandit, gagnant de proche en proche. Je demandai donc à mes compagnons de faire un nouvel effort, leur montrant tout l'intérêt qu'il pouvait y avoir d'arriver rapidement jusqu'à Bangui.

Nous repartirons donc dès le lendemain. Zouli me dit qu'il me servira lui-même de guide pour m'éviter le passage des marais. D'ailleurs les eaux avaient considérablement baissé et le parcours serait dès lors facile. Chez Zouli est un vieux chef à la barbe toute blanche, il vient des villages de l'Ouest situés au voisinage des Tokbos, populations qui occupent les bords de la Kémo et avec lesquelles il est en guerre. C'est la première fois qu'il voit des blancs, aussi reste-t-il stupéfait en nous voyant. Il nous regarde, nous examine, tout est pour lui sujet à surprise. On lui a dit notre succès, aussi vient-il nous demander de l'aider à repousser les Tokbos, lesquels constituent une peuplade puissante qui le menace sans cesse. J'ai de bonnes rtiisons pour ne pas épouser ses querelles; je lui dis que je suis empêché de lui accorder mon aide, car je dois regagner l'Oubangui au plus tôt.

Après nous avoir mis sur la bonne voie, alors que nous prenons un moment de repos, Zouli est parti pour regagner son village. Il est de règle de ne pas faire d'adieux. Toutes les manifestations de joie se font à l'arrivée, puis on se sépare sans rien dire, sans seulement se donner la main. C'est la façon de prouver le chagrin que l'on éprouve de se quitter.

A marche rapide, je regagnais l'Oubangui. Les Banziris qui venaient nombreux près de nous étaient dans une joie sincère. Les

RETOUR CHEZ BEMBK. 187

bruits de notre mort s'étaient accrédités chez eux aussi, et ils en avaient pris un tel émoi qu'ils s'apprêtaient déjà à abandonner leurs villages et à traverser l'Oubangui pour aller s'établir sur l'autre rive, mettant ainsi la large rivière entre eux et les musulmans.

Bembé me dit qu'il allait mettre de suite des pirogues à ma disposition, et croyant que je revenais vers le pays des Blancs, il me demanda d'emmener avec moi un de ses fils. Je lui dis que je reviendrai dans la région et que je ne le prendrai que lorsque je devrai retourner en Europe.

Dès le lendemain, six pirogues étaient prêtes. Je m'embarquai avec MM. Brunache, Nebout et quelques tirailleurs, laissant à MM. Briquez et Bobichon le soin de ramener le restant des hommes à mon poste des Ouaddas.

Les eaux ont considérablement baissé et partout de longs bancs de sable apparaissent, couverts de légions d'oiseaux de toute sorte. J'ai une bonne équipe de pagayeurs, nous avançons rapidement, aidés par le courant, et dans la soirée du 27 décembre nous arrivons à Bangui.

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