‹ La route du TchadChapitre 57 sur 68 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Nouvelles de France. — M. Nebout revient en France. — Arrivée de M. Chaussé. — Départ pour la Kémo. — Entrevue avec le chef des Tokbos. — Établissement du poste.

Dès que l'arrivée de mes pirogues est annoncée au poste par le chant des pagayeurs banziris, les Européens qui s'y trouvent sont venus au-devant de nous, sur le rocher qui forme le seuil, barrant la rivière, que nous avions laissé presque complètement submergé par l'eau écumante, et qui, maintenant, se dégage, rattaché à la rive par tout un banc de gros blocs rougis par le dépôt des eaux.

D'un mot je les rassure. Nous sommes tous vivants; mais ils sont stupéfaits de voir notre état de maigreur.

M. de Poumeyrac est là; il a dû revenir à Bangui, le chavirage qu'il avait subi l'ayant dénué de toute ressource. Il m'assure que la nouvelle de notre succès qui se répandra rapidement dans toute la région du Haut Oubangui, y aura un retentissement considérable et y produira un effet bien salutaire, car toutes les populations paisibles du bord de la rivière vivent dans la crainte continuelle de l'envahissement des hordes pillardes des musulmans. Il ne doit pas se tromper, en effet, car déjà, les jours précédents, partout oiï nous rencontrions des pirogues ou un campement de pêcheurs, mes pagayeurs se hâtaient de raconter les événements. Souvent, se faisant un porte- voix de leurs mains, ils criaient à pleins poumons la nouvelle à quelques pirogues passant au loin, d'où on leur répondait par des cris d'allégresse.

Un bateau de l'État indépendant du Congo avait apporté à Bangui un courrier de France venu à Brazzaville. J'y trouvai de nombreux

journaux qui me montraient combien avait été vive Témotion produite par la nouvelle du désastre de la mission Crampel. On s'inquiétait de la situation difficile qui m'était créée, et de nombreux articles demandaient que l'on ne me permit pas d'affronter les mêmes dangers et de courir les mêmes risques. Une lettre émanant du Comité de l'Afrique Française me disait : (c Vous êtes libre, et, ayant en main vos moyens d'action, en droit d'agir comme bon vous semblera » ; mais, me conseillait d'aller m'installer au coude nord de l'Oubangui, de m'y fortifier et d'y attendre des renforts que l'on espérait pouvoir m'envoyer bientôt. On m'annonçait, en effet, qu'une nouvelle

mission était en formation, et la direction, jusqu'au jour où elle

viendrait se placer sous mes ordres, en était confiée à M . C. Maistre. J "avais connu M . Maistre en France , quelque temps avant mon départ, lors de son retour de Madagascar, où il avait accompli un beau voyage en compagnie du D' Catat. Je me félicitai grandement du choix heureux qui avait été fait, convaincu que j'étais de trouver en M. Maistre un auxihaire utile et un aimable compagnon.

L'inquiétude qui régnait en France à notre sujet, me faisait un devoir de ne pas perdre un seul instant pour rassurer chacun et dire les résultats de mon expédition. Le chef de poste de Bangui, M. Ponel, voulut bien faire armer une pirogue dans laquelle partirent, dès le lendemain matin, à destination de Lyranga, quatre pagayeurs et quatre tirailleurs. Ils emportaient une dépêche dans laquelle je disais comment les événements s'étaient passés et quels avaient été les résultats que j'avais pu obtenir (1).

o-î. — Type de Bassa. D'après une photographie.

(1) Eq descendant i'Oabangui, la pirogue fut attaquée par les Bonjos. Elle arriva à Lyranga ayant deux hommes blessés. Là se trouvait précisément un bateau de la

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