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AU BORD DE LA KEMO

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de rauti'c côté, le marais commence. Cette boue est grouillante de petites sangsues noires qui s'attachent à nos jambes. Les indigènes donnent le nom de Outi à la petite rivière que nous venons de traverser et qui est un des affluents de la Kémo.

Enfin, nous arrivons à une grande plaine, où paissait tranquillement une liarde d'antilopes, qui s'enfuit à notre approche, non sans cependant avoir laissé une victime entre nos mains.

Pas de traces de sentier, il faut marcher un peu au hasard.

Mon intention est de piquer vers le Nord, mais mon guide insiste pour que nous obliquions vers l'Est, nous affirmant que nous ne tarderons pas à apercevoir les premiers villages tokbos.

Après quelques heures de marche, nous entrons sous bois, mais bientôt le sol s'est effondré, creusant une profonde vallée et lorsque nous en avons franchi la pente toute couverte de grands arbres, nous nous trouvons soudam au bord d'une importante rivière. C'était la

Kémo. A en juger par l'importance de son cours en ce point, nous ne devons pas être fort éloignés de son embouchure. De villages point. Cependant nous ne pouvons nous passer de faire des provisions, car nous n'avons pu emporter que peu de vivres avec nous. Je fais donc immédiatement gréer le canot démontable que j'ai emporté et pousser une reconnaissance dans le haut; M. Brunache, que j'ai chargé de cette mission, revient après deux heures, me disant qu'il n'a rien rencontré, ni villages, ni pirogues, ni hommes.

J'envoyai de suite le sergent noir Samuel, avec deux hommes, suivre le courant de la rivière et la descendre jusqu'à ce qu'il puisse

:;3. — Antilope des bords de la Kcmo.

{Antilope lèche). D'après nature.

rencontrer des villages où il lui serait possible d'acheter des vivres. Il revint le lendemain accompagné de deux pirogues. Il avait rencontré un campement de pêcheurs banziris dont le chef, Manguisou, nous était dévoué. Apprenant notre détresse, il était venu lui-môme et nous apportait ce qu'il avait de vivres. Il me dit bien connaître la Kémo et m'affirme que nous ne trouverons pas de vivres d'ici plusieurs jours. Je prends donc la résolution d'envoyer de suite M. Briquez jusqu'à l'embouchure de la Kémo recruter quelques pirogues et acheter des provisions. Mon intention est, en effet, de reprendre le projet que j'avais primitivement conçu et de mener en même temps un convoi de pirogues qui remonterait la rivière sous les ordres de M. Brunache, tandis que je conduirais mes hommes par terre. J'avais été empêché de le mettre à exécution lors de mon départ de mon poste des Ouaddas, car les Banziris n'avaient pas voulu nous conduire dans la Kémo, sous le prétexte qu'ils redoutaient d'être mal reçus par les Tokbos, tandis qu'en réalité ils espéraient ainsi nous empêcher de partir, ou tout au moins nous retenir plus longtemps. Mais maintenant qu'ils voyaient que ma résolution était irrémédiablement prise, ils venaient nous apporter un peu de vivres et s'offraient de repartir vers l'Oubangui pour aller faire des provisions plus importantes et recruter les pirogues dont nous avions besoin. J'acceptai leur offre, car du moins de la sorte il me serait plus aisé, en allégeant mes porteurs d'une partie des charges qui seraient déposées dans les pirogues, de marcher plus rapidement.

Les bords de la rivière Kémo sont uniformément boisés. De grands arbres penchent leurs branches puissantes au-dessus de l'eau claire coulant sur un fond de sable fin micacé, reposant sur de l'argile verte.

Le surlendemain, M. Briquez revint, ramenant avec lui six pirogues chargées de vivres. Fort heureusement, depuis notre arrivée en cet endroit, nous avions pu tuer deux antilopes, lesquelles sont très abondantes dans cette région et dont la chair avait formé la ration de mes hommes.

Le fils du chef M'Paka, qui avait fait naitre des difficultés de toute sorte pour me bien montrer combien il devait être plus avantageux

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