MŒURS ET COUTUMES DES LOANGOS
Il faut enfin intervenir, retirer aux gros gaillards les petites charges dont ils ont réussi à s'emparer, les donner aux plus faibles, et imposer aux premiers les caisses qui restaient pour compte.
Il me souvient qu'une fois, dans une caravane que je formais, il y avait une très petite caisse sur laquelle tout le monde s'était jeté. Enfin, le plus solide avait fini par remporter la victoire; lorsqu'il voulut prendre la caisse, il put à peine la soulever, — on s'était trompé, on y avait mis deux charges (60 kilos) de plomb de chasse.
Cependant, les exemples de perte absolue de marchandises sont tout à. fait rares et exceptionnels. Les contremaîtres sont même
Fig. 4. — Types de porteurs loangos, d'après une pholograpliie.
rendus, dans une certaine limite, responsables des avaries. Cela n'empêche pas que, lorsque les caravanes sont chargées des transports pour l'intérieur des liquides, alcool ou vin, ils essaient par tous les moyens possil^les d'en dérober une partie. C'est ainsi que lorsque ce sont de ces caisses de tafia dont j'ai parlé, il leur arrive de les laisser tomber volontairement, de façon qu'une ou deux bouteilles se brisent, et mettant alors la caisse au-dessus d'un récipient, ils recueillent avec soin tout le liquide qui s'en écoule. Ils font ainsi un double gain pmsqu'ils ont un peu de cet alcool qui leur est cher et que la charge se trouve allégée d'autant. On ne saurait d'ailleurs les accuser, puisque la caisse -est, en apparence, intacte et inviolée. J'eus quelque peine à me procurer le nombre de porteurs nécessaire pour transporter toutes les charges dans l'intérieur. Nous ne formions que de petites caravanes successives, que j'envoyais en avant à mesure qu'elles étaient constituées.
Toutes ces difficultés prolong-eaiont mon séjour à Loang'o, où je restai un mois entier. J'utilisai ce tcmjDs, d'une part à exercer mes soldats qui faisaient des manœuvres quotidiennes; de l'autre à préparer les moindres détails de ce qui pouvait nous être utile dans l'intérieur et à étudier le pays et les environs, afm de recueillir le plus de documents précis qu'il me serait possible.
Les Loangos présentent un type assez constant : ils sont peu développés, presque chétifs, généralement laids. Le front, largement bombé au milieu, s'élargit au contraire le long des arcades sourci-
lières. Les yeux sont petits, le nez déprimé et large, la bouche très grande et le menton fuyant.
Ils ne manquent pas d'une certaine intelligence. Ce sont, de tous les noirs, les meilleurs domestiques, et avec un peu de dressage, ils deviennent bons blanchisseurs, tailleurs ou cuisiniers ; mais il ne faut avoir en leur probité que la confiance la plus limitée : ils sont extrêmement voleurs. A la côte, ils exercent des professions diverses : ils deviennent menuisiers et charpentiers. Dans leurs villages, ils excellent dans les travaux de vannerie de toute sorte ; ils tressent avec une rare élégance des paniers ornés des dessins les plus divers. Souvent on les voit faire des séries de paniers qui s'emboitent les uns dans les autres, à la façon des boîtes japonaises. Us tressent des nattes d'un ton discret et de dessins sobres mais élégants. Les parois des cases sont le plus souvent tressées de la même façon que ces nattes, et prennent alors un aspect de véritable coquetterie.
Beaucoup se livrent à des travaux de sculpture. Ce sont souvent des bonshommes en bois, que l'on a trop fréquemment élevés au rang de fétiches, alors que ce ne sont pour la plupart que des œuvres d'art. Quelques-uns de ces Loangos exercent la profession de sculpteurs sur ivoire. Un d'eux fut amené à l'Exposition universelle de 1889, où il émerveilla tout le monde par son talent naïf, il est vrai, mais riche en ressources de toute sorte. Ils poussent très
Fis.
Domestiques loangos, d'après une photographie.