MOEURS ET COUTUMES DES LOANGOS
loin le talent d'imitation et on les voit reproduire en sculpture des objets ou des dessins qu'ils n'ont vus qu'une fois.
Il me suffit de leur donner l'empreinte du cachet de la mission pour qu'ils me reproduisent un sceau en ivoire en tout point semblable au premier, avec cette très légère différence cependant que, ne sachant pas lii-e, ils avaient scrupuleusement reproduit toutes les lettres, mais à l'envers.
Les jeunes Loangos se convertissent facilement; ils n'ont pas de parti pris, de croyance bien nette, et il est assez rare de les voir
Fig. (>. — Idoles en bois des Loangos, d'après nature.
commettre des actes de fanatisme. J'eus cependant l'occasion d'en constater un assez sing-ulier. Dans un village situé non loin de notre frontière de la possession portugaise, deux hommes furent accusés d'avoir tué leur mère : on les arrêta et on les amena au poste. Ils ne niaient pas leur crime, disant qu'ils devaient bien agir ainsi, parce que depuis quelque temps les hommes mouraient dans le village et que le féticheur leur avait déclaré que la cause en était dans la présence d'un fétiche, que leur mère avait dans le ventre et qui continuerait à exercer son action destructive tant qu'on ne l'aurait pas extrait. Craignant pour leur propre existence, ils n'avaient pas hésité à ouvrir le ventre de leur mère, et ils nous déclarèrent qu'ils y avaient trouvé le fétiche dont on leur avait prédit la présence. C'était une corne de bélier que le féticheur avait eu soin de mettre au moment où on pratiquait l'opération. La
femme était morte à la suite de l'opération que l'on n'avait pas cependant pratiquée pour la tuer; mais, au contraire, pour la délivrer du fétiche.
La pratique du poison d'épreuve existe chez les Loangos. Lorsqu'un homme est accusé d'un méfait quelconque, on lui offre de se justifier par l'absorption d'un bol de poison. S'il est coupable, il en mourra ; s'il est innocent, les dieux sauront discerner la vérité, et il n'aura rien à craindre de cette absorption.
Et, effectivement, on voit dans certains cas le patient mourir dans d'atroces convulsions, et dans d'autres demeurer tout à fait indenme. La raison en est que c'est le féticheur qui joue ici le rôle du dieu invoqué, et que suivant qu'il a ou non à se venger du patient, ou bien que celui-ci l'a suffisamment payé, il lui fait absorber une décoction d'herbes parfaitement anodine, ou bien au contraire celle de certaines légumineuses, qui sont spécialement cultivées pour le poison d'épreuve {Imperata cylindrica).