DEPART POUR LES OUADDAS
dont les brins craquent, on est suspendu à 10 ou 12 mètres audessus de l'eau. Il est bon de ne pas avoir le vertige, car, en plus d'un point, la liane servant de main courante fait défaut.
Lors de ma montée vers la haute Kémo, j'avais évité de traverser la Tomy, ayant pris la rive gauche de la Kémo, laquelle, à cette hauteur, est occupée par les villages langouassis. Ceux-ci s'étendent en une longue bande parallèle à TOubangui, dépassant à l'Est la rivière Kouango et limitée du côté de l'Ouest par la rivière Kémo. Tout le territoire compris entre cette dernière rivière et l'Ombella n'est donc occupé que par les Ouaddas et les Tokbos. Ces derniers semblent prendre une importance chaque jour plus grande.
Les musulmans, venant du Dar-Rouna, étendent leurs incursions jusque sur le territoire des Tokbos; mais ils sont obligés de compter avec eux, et ce n'est que lorsqu'ils se trouvent dans des villages séparés, qu'ils peuvent se livrer au pillage qui est la véritable raison d'être de leurs incursions, dans lesquelles le commerce n'est que le prétexte, dont ils usent quand ils ne se sentent pas les plus forts.
Ce qui fait la force de ces hordes qui s'aventurent souvent à des distances considérables de leur pays, c'est qu'elles possèdent des montures qui leur permettent de franchir rapidement de grands espaces, et que leur armement consiste en fusils soit à piston, soit même d'une construction plus moderne, comme Grampel l'a constaté et comme plusieurs de ses. hommes l'ont rapporté. D'où leur \'iennent ces fusils? La question est difficile à résoudre d'une façon précise; mais tout fait croire, ou bien qu'ils sont importés de l'Est, de la région du Nil Blanc, ou bien qu'ils proviennent de la Tripoli taiue, transportés par des caravanes qui traversent le Sahara.
AU, le jeune enfant que j'avais trouvé dans le camp musulman de Yabanda et qui, très intelligent, apprit vite suffisamment la langue française pour qu'il fût possible de s'expliquer avec lui, dit avoir vu au Dar-Rouna des caravanes venant avec des chameaux et apportant avec elles beaucoup de marchandises.
Tous les fétichistes qui sont en rapport avec les musulmans, savent si bien l'infériorité que leur donne leur armement insuf-
ROCTE DU TCUAD. -JS
fîsant, que la première de toutes leurs préoccupations est de se procurer des fusils. S'ils en possédaient, en plus d'un point, ils résisteraient à l'envahissement musulman et conserveraient ou accroitraient même leur prospérité cpii leur vient de leur aptitude au travail et à la culture du sol.
Lorsque les relations qui devront s'établir dans l'avenir d'une façon suivie entre la colonie du Congo et la région située au delà des rapides, auront pris une marche régulière, toute cette partie centrale devra devenir le grenier d'approvisionnement de toute la contrée. Déjà, dans l'état actuel des choses, on peut bénéficier larg-ement des cultures ordinaires que pratiquent les indigènes de cette région. Mais l'avenir leur réserve un rôle plus important. Il n'y aura, en effet, que bien peu de chose à faire, soit pour rendre plus fructueuses encore les cultures déjà existantes, soit pour introduire et cultiver d'autres plantes à la production desquelles les indigènes s'attacheront volontiers, quand ils verront cjue les produits qu'ils en retirent sont pour eux plus avantageux.
Ces populations, en effet, ne sont nullement réfractaires au progrès. Elles admettent volontiers ce qui est nouveau et qu'elles ne connaissent pas encore. C'est ainsi que nous avons pu leur donner des plants de papayers, de tomates et de quelques autres plantes, qu'ils cultivent avec grand soin et qui, j'en ai la conviction, sont désormais fixées chez eux d'une façon définitive. Il n'est donc pas douteux que l'on, puisse introduire de même une foule de plantes potagères dont l'usage apportera encore une amélioration plus sensible à leur alimentation ordinaire.
Pendant tout le temps de mon séjour à mon poste, les indigènes venaient me voir. Le chef banziri Bembé fit le trajet, des trois jours de marche en pirogue, qui séparait son village du poste des Ouaddas, pour venir me présenter sa sixième épouse. C'était la fille d'un chef de sa région. Son corps était entièrement enduit d'huile de ricin et le torse saupoudré de bois rouge. Elle portait au cou et autour des reins une quantité prodigieuse de perles réunies en tresses.
Bembé s'était fait accompagner de dix pirogues chargées d'hommes de sa tribu. En cadeau, il m'avait apporté une belle pointe