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LA FORÊT DU MAYOMBE

rivière, grossie par des pluies d'orage, roule des eaux rougics par le sol détrempé qui s y est mêlé. Tous nos porteurs, laissant un moment les charges, et quittant leurs pagnes, prennent un bam, au mépris des dangers que peut présenter cette immersion après la course que nous venons de fournir et qui les a couverts de sueur. Mais, quoi que Ton fasse, on ne les dissuadera jamais de se baigner ainsi toutes les fois que nous rencontrerons une rivière.

Nous campons non loin de cette rivière, et de gros manguiers au feuiUage toulfu attestent la présence d'un ancien village aban-

donné.

Après une nouvelle journée de marche, plus iorte celle-là que la précédente, nous venons camper sur les bords de la forêt du Mayombé. Nos campements sont maintenant organisés réguHerement, suivant un ordre qui sera conservé jusqu'au bout. A peme sommes-nous arrivés à l'endroit de la halte, que nos tirailleurs vont chacun à ses fonctions. L'emplacement où devront être établies les tentes leur étant désigné, ceux qui portent les sabres dabatis, procèdent immédiatement au débroussement. Ceux qui sont armes de haches, s'en vont couper le bois nécessaire à la cuisme et aux feux que l'on entretient toute la nuit. Enfin, les hommes mums de seaux sont chargés de rapporter une bonne provision d'eau.

les porteurs, comme les tirailleurs, ont des places désignées pour leur campement, ce qui est le seul moyen d'éviter, d une part, qu'ils se dispersent et, de l'autre, qu'il ne s'élève de discussion entre eux sur le choix de l'emplacement.

Jusque-là notre marche avait un peu manqué de régulante : quelques porteurs s'étaient attardés dans leurs villages et mes tirailleurs ne se font que peu à peu à l'habitude de porterie sac au dos Nous prendrons donc une journée de repos pour nous permettre de nous organiser mieux avant d'entrer dans la forêt du Mayombé. Nous sommes campés en lisière de cette forêt, sous 1 ombre de ses premiers grands arbres. Je mets cette journée à profit pour faire une excursion sous bois et voir ce qu il peut y avoir d'intéressant dans les arbres et les plantes qui la composent.

Le sol, recouvert d'un peuplement exceptionnellement intense, est accidenté; il se creuse à tous moments en des ravins aux flancs

rocheux, où s'accrochent les racmes des arbres. Celles-ci courent sur le sol, contournées, tourmentées, prenant l'aspect d'immenses serpents ; l'humidité qui règne là à l'état constant, leur permet de vivre ainsi d'une façon aérienne ; des arbres nombreux, d'espèces diverses, laissent pendre de leurs branches des racines formant de véritables colonnes, qui atteignent bientôt la terre et s'y fixent solidement. Certains de ces arbres ont un tronc immense, s'élancant tout droit vers le ciel et portant là-haut, au-dessus de la feuillée intense du sous-bois, une ramure puissante qui s'étale librement au grand air.

On est surpris de voir combien cette grande forêt est muette. C'est à peine si l'on entend le chant de quelques petits oiseaux pendant le jour. Ce n'est que lorsque la nuit se fait qu'alors des bruits retentissent de toutes parts. Ce sont des bandes énormes de perroquets gris qui viennent s'abattre tous sur le même arbre où ils ont élu domicile, qui va leur servir de perchoir pour la nuit et qu'ils quitteront dès le matin pour aller chercher leur pâture dans les champs.

C'est encore parfois quelques calaos, qui s'enfuient en poussant des cris stridents. Et de loin, dans le fond du bois, on entend la voix gutturale de quelques gros singes.

Nous commençons, le lendemain, notre marche en forêt et mes porteurs, habitués à la route qu'ils ont déjà faite maintes fois, m'aimoncent que nous ne verrons plus le soleil tant que nous n'en serons pas sortis. Cet immense territoire, couvert d'arbres représentant une valeur considérable comme bois d'exploitation, malgré l'ombre intense qu'ils projettent et qui ne permet jamais au soleil d'arriver jusqu'à terre, n'est pas cependant complètement inhabité. Dès le premier jour, nous arrivons au petit village de Doumanga. Ce ne sont que quelques cases, placées au milieu d'une sorte de clairière, qui a été obtenue par l'incendie des arbres, dont les troncs brûlés restent encore çà et là debout et émergent noirs et tristes au-dessus de petits champs de manioc et de bananiers au feuillage vert clair. Dès que le chef a deviné notre venue, vite il s'est retiré dans sa case pour se parer de ses plus brillants atours. Il vient maintenant à moi, majestueux et digne. Il semble très

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