LA PLAINTE DES ARBRES
Du raisin noir jaillit le vin frais, en la tonne, Et vers le ciel volent les chants des vignerons ; Et des chants qui lui semblent presque des affronts La pensive forêt se lamente et s'étonne.
Les arbres jaunissants ont murmuré: « L'automne Vient déjà dépouiller nos branches et nos troncs, Et les hommes, tandis que nous désespérons, Nous blessent de leur chant brutal et monotone.
Vous riez, pauvres fous, et vous ne songez pas Que c'est le dur hiver qui s'approche à grands pas, L'hiver qui pourchasse les feuilles fatiguées.
Pauvres fous, qui riez et chantez vers la mort. » Les vignerons, là-bas, chantent les chansons gaies, Et la morne forêt s'engourdit et s'endort.