‹ La rue QuincampoixChapitre 3 sur 7 · VJ · texte numérisé non relu

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on s'cM VOIlé, comme \e l'ai ni! , air. Lérêts du peuple, quand on sc&J sacrifié

au réiablissemen! ducrédil cl de la feu ! publics, on doit s'attendre à en être lot ou tard rétribué par l'exil et la spoliation. Je savais d'avance à quoi je m'exposais.

A cette sortie , faite avec un admirable accent de noblesse et de résignation, madame Law, que l'éducation anglaise avait d'ailleurs familiarisée avec ce geste fraternel, tendit spontanément sa main au capitaine , et lui dit :

— C'est bien, monsieur, ce que vous faites là !

D'Àigenson porta son mouchoir à ses yeux, pour y essuyer une larme qu'il chercha vainement , et à l'absence de laquelle il s'empressa de suppléer par un soupir.

Le capitaine poursuivit ;

— On prétend que , lassés de venir se heurter toujours à l'ingratitude, les cœurs généreux finissent par tourner à l'égoïsme : eh bien ! je vous avoue que je ne me sentirais pas capable d'une pareille vengeance, et que, au premier appel, je serais prêta me dévouer encore à la chose publique, comme par le passé.

D'Argenson exhuma de sa poitrine un second soupir, plus profond que le premier.

— Chevalier — reprit la baronne, qui en revenait sans cesse aux préoccupations de sa sollicitude maternelle — si Olivier ne pouvait jouer à la paume, il pouvait au moins vous accompagner, et je pense bien que vous ne vous serez pas aventuré

à voyager sans lui?

— Hélas ! madame , je suis seul.

— Seul!... Olivier vous a laissé partir

seul!... le plus ancien , le plus attache de nos serviteurs ! Un homme qui vous a vu naître, et à la surveillance de qui je vous avais spécialement confié !... Cela est impossible!...

— Je n'aurais jamais cru cela d'Olivier — ajouta le capitaine — et je me réserve. , .

— Olivier ne m'a pas accompagné, parce que je le lui ai défendu ; il n'y a donc que moi de coupable.

— D'ailleurs — continua Richard — je ne croyais aller que jusqu'à Péronne; malheureusement cette ville est si maussade, que je m'y suis bientôt ennuyé autant qu'au château. Alors je me suis ressouvenu , à l'aide des Commentaires de César, que Cambrai, qui s'appelait autrefois Camerarum, avait été la capitale des Ner viens, ce qui la rendait trop intéres-

santé à mes yeux pour que je négligeasse de la visiter.

— Voilà une réminiscence des Commentaires de Césur qui venait là bien mai à propos ! — interrompit Dominique.

— Je ne sais comment cela se faisait — reprit Richard — mais au bout de deux jours, je bâillais de l'une à l'autre oreille à Cambrai, ni plus ni moins qu'au Ham et à Péronne ; de telle sorte que , comme je me promenais un jour hors de la ville , je résolus de m'abandonner à la guise de mon cheval , et d'aller là où il lui plairait de me conduire. C'est ainsi que je suis venu aboutir à cette ville, où je trouvais piquant de séjourner sans m'enquérir de son nom, lorsque monsieur l'Intendant, en se faisant annoncer ce matin chez moi, m'a appris que j'étais à Valenciennes.

— Quoi vraiment I monsieur le chevalier

— demanda Bianca, avec cri air do candeur évaagclique , sons lequel les femmes savent si bien envelopper leurs pei fidies

— c'est ainsi que vous êtes venu à Yalenciennés, et vous ne saviez pas que vous y fussiez?... Voilà une manière de voyager que je trouve aussi bizarre que charmante ! Monsieur d'Àrgcnson, il faudra que nous allions ainsi quelque part , n'importe où.

— De sorte que, si la Pro\idence, que je bénis, n'avait pas fait que nous nous rencontrassions ici — dit la baronne — il aurait fort bien pu arriver que vous fassiez le tour du monde, sans que nous en fussions prévenus.

— Et sans doute que vous avez retrouvé ici cet ennui qui semble vous accompagner partout ? — demanda le capitaine.

— Pouvez-vous le penser, monsieur! —

reprit Richard en serrant les mains de sa mcre dans les siennes, et en la regardant avec une telle expression de tendresse, qu'il en devait assurément revenir une bonne part à Bianca.

— Hum ! — fit l'Intendant.

— Plaît-il? — demanda Dominique.

— Rien , monseigneur.'

— Il me semblait que vous aviez dit quelque chose.

— Moi!... Vous croyez?

— Je gage que vous avez quelque malice au bout de la langue.

— C'est que...

— Eh bien ?

— C'est que je pensais à part moi — reprit d'Argenson d'un petit air narquois — que monsieur le chevalier est trop galamment tourné pour n'admirer exclusivement dans une ville que ses antiquités,

et que peut-être notre cité pourrait bien avoir eu l'avantage de le captiver par d'autres attraits qu'une étymologie gauloise et des monuments en ruines... n'est-ce pas Bianca?

Bianca répondit par un mouvement d'épaules , dont il n'est pas donné à notre sagacité de définir l'éloquence.

— Je ne vous comprends pas — reprit Richard.

— Qu'est-ce à dire? — demanda le capitaine.

— C'est-à-dire, messieurs — reprit Bianca — que monsieur d'Argenson , tout Intendant-général qu'il est, tout grave magistrat qu'il devrait être , est...

— Voyons ce qu'il e>t? — interrompit Dominique.

— Est un indiscret, — continua Bianca — - et qu'il mériterait bien que je vous

racontasse en vertu de quel texte il voulait, ce matin , condamner le geôlier du beffroi.

— Monseigneur, je vous supplie de ne point ajouter foi à ce que vous dit madame d'Argenson car j'ai non-seulement absous ce geôlier, mais je lui ai promis de l'avancement.

— Je crois que c'est ce que vous aviez de mieux à faire — reprit gravement Dominique — Ce café* est délicieux!... A propos, mon cher Intendant, madame la baronne est souffrante, moi je n'ai que très-imparfaitement dormi la nuit der-

* L'importation du café en France date de 1669. Quelques années plus tard un nommé Pascal établit, à la foire Saint- Germain, une taverne qu'il nomma café, parce qu'on y prenait de celte liqueur. Le succès ne fut pas durable à cette première époque ; et la mode du café passa, ainsi que l'avait prédit madame de Sévigné. Mais en 1689, vingt ans après, François Procope le remit en usage dans un établissement qui porte encore son nom. On voit que, depuis lors, il n'a fuit que prospérer.

nièrc , grâce à l'hospitalité que vous m'aviez offerte au beffroi...

— Monseigneur !...

— De sorte que nous allons vous demander la permission de nous retirer.

— Je vous ai fait préparer un appartement, monseigneur, ainsi que pour madame la baronne.

— Eh bien , j'accepte pour la baronne.

— Et vous? monseigneur.

— Quant à moi, je crois prudent de retourner à l'auberge des Trois-Emporeurs; j'y ai des papiers fort importants que je ne veux pas laisser exposés à un coup de main... D'ailleurs — ajouta le capitaine en souriant — madame Law vous reste en otage chevalier, vou.s m'accompagnez, n'est-ce pas ?

Richard s'inclina en signe d'assentiment,

et fut baiser la main de sa mère, ainsi que celle de Bianca.

Le capitaine en fit autant, plus un petit geste amical qu'il crut devoir adresser à la baronne, en sa qualité de mari, et ils prirent congé.

Le même jour, vers dix heures du soir, l'Intendant-générald'Argenson était retiré dans son cabinet, où, selon sa docte habitude, il faisait semblant d'être absorbé par quelque travail important, lorsqu'on vint lui annoncer qu'un homme, qui venait d'arriver â franc étrier, un courrier sans doute, réclamait audience.

— Monsieur l'Intendant, — dit cet homme, lorsqu'il fut introduit — je suis le baron Law, ex-contrôleur-général des finances.

— Vous! s'écria d'Argenson.

— Moi-même, monsieur. Après m'êlre

sauvé, la nuit dernière, grâce à l'audacieuse habileté d'une personne que vos agents avaient arrêtée en même temps que moi, j'allais atteindre la frontière des Pays- Bas, lorsqu'un remords s'est éveillé en moi: j'ai pensé que mon libérateur serait peutêtre inquiété à mon sujet, qu'il deviendrait la victime de son dévouement, et, quelque soit le sort qui m'attende , j'ai rebroussé chemin.

— Ah ! vous êtes l'ex-Contrô leur-général des finances Jean Law ! — reprit d'Argenson , en remettant à l'huissier de service quelques mots qu'il venait de tracer rapidement au crayon. — Ah! vous êtes l'ex- Contrôleur-général ! je vous en fais mon sincère compliment.

— Il n'y a pas de quoi, je vous assure.

— C'est une bien belle charge que vous aviez là, monsieur!

ii. 5

— Vous voyez où elle m'a conduit.

— Hélas ! monsieur , je vous plains.

— Il me reste la consolation d'avoir accompli mon devoir jusqu'au bout.

— C'est toujours quelque chose ; seulement, à votre place , je vous avoue que je ne serais pas revenu.

— Et l'honneur, monsieur !

— Et l'estrapade, monsieur!

En ce moment, d'Ârgenson entendit retentir dans son antichambre le cliquetis des mousquets, en vertu de quoi la vaillance lui revint :

— Monsieur, reprit-il, vous ne savez pas une chose?

— Quelle chose, monsieur?

— C'est que j'ai eu l'honneur Je dîner aujourd'hui même avec Son Excellence le Contrôleur-général en personne. Que dites-vous de cela, je vous prie?

— Votre Seigneurie veut railler.

— J'ai eu de vos nouvelles, monsieur.

Je sais que les barreaux de fer ne vous font pas obstacle, et que vous préférez les voies aériennes à l'escalier le plus commode ; mais nous allons mettre ordre à cela!... Gardes, emmenez cet homme, et qu'on le renferme dans l'un des souterrains du beffroi !

Perdu dans un dédale de suppositions toutes plus impossibles les unes que les autres, anéanti par tant de catastrophes successives , craignant surtout de compromettre par une parole imprudente celui que, dans la naïveté do sa reconnaissance, il appelait encore son sauveur, le malheureux Law , car c'était bien lui , courba la tête, et se laissa conduire sans rien objecter.

— Etrange destinée que la mienne! —

se dit-il, lorsque les lourdes portes du beÛroi se furent refermées sur lui pour la seconde fois. — On m'arrêtait hier parceque j'étais le Contrôleur - général ; on m'arrête aujourd'hui pareeque je ne le suis pas.

xiv;

Mande Maréchal.

Ceci se passait à Douai.

C'était le lendemain des événements que nous venons de raconter.

Un homme qui pouvait avoir une trentaine d'années , portant le costume des

bourgeois aisés de l'époque, venait de soulever le marteau de l'une des maisons les plus vieilles de la rue de Paris.

Cette maison , dont la construction remontait à plus de deux siècles , ainsi que le constataient de grands chiffres informes, incrustés dans le haut de la façade, était d'ailleurs parfaitement entretenue, badigeonnée, vernie ; le pignon dentelé à l'espagnole, la porte de chêne à voûte surbaissée et sur laquelle serpentaient des ornements de cuivre qui étincelaient comme de l'or; l'humble banc de pierre qui flanquait le seuil; uneperruche dont la cage était invariablement posée sur l'appui intérieur de l'une des fenêtres du rezde-chaussée; la parfaite harmonie avec laquelle les rideaux étaient drapés ; je ne sais quelle austérité claustrale et méthodique, quelle muette et douce mélancolie

qui suintait do ses pores, tout indiquait que celte maison patriarchale était veuve d'une félicité évanouie; que le bruit, que la vie, que les mille bonnes et réjouissantes étourclerics de la jeunesse l'avaient fuie cîopuis longtemps, pour n'y laisser que les regrets de l'absence, la sainte résignation des âmes pieuses, et les infirmités de la vieillesse.

Il pouvait être onze heures du matin.

L'étranger fut introduit dans un parloir dont la symétrie était parfaite et la propreté miraculeuse; il posa les deux mains sur sa poitrine, comme si l'émotion l'eût empêché de parler tout d'abord, et s'inclina , non seulement avec respect , mais avec attendrissement, devant une femme d'une soixantaine d'années qui , en acquit de cette politesse , se souleva avec

eflbrl de son fauteuil , en indiquant un siège de la main.

Cette femme était assise sur une sorte d'estrade, qui 1 élevait au niveau de la fenêtre., et travaillait machinalement à un ouvrage d'aiguille.

La douleur était en quelque sorte stéréotypée sur ses traits amaigris; il était visible à tous qu'une pensée incessante vivait dans les plis de son front, et qu'un désir, chaque jour plus intense au fur et à mesure qu'il était déçu davantage , rongeait son cœur : car les désirs croissent sur le soir de la vie, comme les ombres s'allongent au déclin du soleil.

— Madame — dit enfin l'inconnu , en paraissant faire un violent effort sur luimême pour se posséder — n'est-ce pas à madame Maréchal que j'ai l'honneur de parler?

— Oui, monsieur.

— Née Bourguignon?

— Née Bourguignon.

— Veuve de Claude - Ambroise Maréchal?

— C'est cela même, monsieur.

— Vous avez un fils, madame...

— Hélas! monsieur, j'en avais un — soupira la pauvre femme, en étanchant sa paupière.

— Un fils unique — continua l'étranger — lequel est parti pour les colonies de l'Amérique, il y a près de dix-huit ans.

— 11 y a dix-huit ans aujourd'hui même, monsieur, et c'est en commémoration de ce triste anniversaire, que vous me voyez vêtue de deuil.

— Cela se trouve parfaitement — pensa l'inconnu.

— Quant au deuil que je porte là —

poursuivit madame Bourguignon , on appuyant la main sur son cœur — il est de tous les instants.

— Et, depuis ce temps, vous n'en avez pas eu de nouvelles, madame ?

— Aucune, monsieur. Ces dix-huit années se sont écoulées pour moi , seconde à seconde, douleur à douleur, larme à larme; j'ai supposé les événements les plus inouïs , les catastrophes les plus impossibles, les histoires les plus fabuleuses, afin qu'il y ait un fil, si fragile qu'il fut, auquel se puisse suspendre mon anxiété. J'ai fait et accompli les vœux les plus rigides. J'ai tressailli à chaque bruit inattendu, à chaque voix nouvelle , à chaque pas inusité ; mes bras s'ouvraient alors instinctivement pour le recevoir; des baisers venaient à mes lèvres ; je ne sais quelles folles joies s'épanouissaient en moi... puis le

bruit s'éteignait, la voix se perdait dans l'espace, les pas s'éloignaient... et je retombais dans la plus impitoyable de toutes les désolations , celle que l'espoir ne soutient plus.

— Pauvre mère!... je comprends cela.

— Non , monsieur, vous ne comprenez pas, vous ne pouvez pas comprendre cela. Vous autres hommes vous n'aimez que de toutes vos forces , tandisque nous aimons de tout notre cœur.

— C'est que moi aussi, madame, j'ai perdu ma mère... il y a de cela bien longtemps!... et alors vous concevez...

— Oh! oui., monsieur — reprit la vieille dame — je conçois maintenant que nos deux douleurs puissent sympathiser.

— Et puis , madame , s'il faut vous le dire, j'ai bien souvent été le confident, le consolateur de votre fils, de votre Claude.

*— Do mon Ciaude! — s'écria madame Maréchal , en se précipitant, malgré son grand âge , sur les mains de l'étranger qu'elle prît dans les siennes, et en l'enveloppant d'un de ces ineffables regards, dont Dieu n'a donné le secret qu'aux mères — vous avez connu , vous avez aimé mon Claude, et vous ne le disiez pas tout de suite I Vit-il encore, monsieur? Est-il beau? Est-il grand? lievient-il? Mais répondez donc, monsieur ! Je vous en supplie, répondez!

— Non seulement il vit, madame, mais il est en route pour revenir.

A ces mots , la digne femme , moins forte pour la joie qu'elle ne l'avait été pour l'affliction , se laissa tomber sur ses genoux sexagénaires, et joignit ses mains défaillantes.

Lorsqu'elle se sentit un peu remise, et

que d'abondantes larmes se furent dégagées de sa poitrine oppressée, elle fit signe à l'étranger de venir s'asseoir près d'elle, bien près ; puis , le dévorant du regard , respirant pour ainsi dire de son souffle, vivant de sa \ie, l'âme suspendue aux lèvres de l'homme, de l'ange, du Dieu qui lui annonçait le retour de son Claude, elle lui dit avec cette aménité charmante des vieillards heureux et attendris :

— Parlez-moi de mon fils!

En ce moment les yeux de l'étranger se fixèrent sur un portrait suspendu à l'un des panneaux du parloir. 4

Il se leva vivement, fut au tableau, et le considéra avec émotion.

— N'était-ce pas le père de Claude , madame? — demanda-t-il.

— Hélas! oui, monsieur...

— Il me semblait bien...

— L'auriez-vous connu?... Vous deviez rire bien jeune encore lorsque j'ai eu le malheur de le perdre... à peine mon fils lui-même pourrait-il se le rappeler.

— Oh! il se le rappelle, madame, croyezle bien. Le souvenir de chacun des naïfs épisodes de son enfance est resté gravé dans son cœur.

— Pauvre cher !

— Mais c'est surtout en vous, madame, que se concentrait sa plus vive tendresse : d'abord parce que, comme vous le disiez fort bien tout-à-1'heure, la mort est venue vous ravir cet excellent M. Maréchal, alors que Claude n'avait encore que... que...

— Que trois ans, monsieur.

— Que trois ans, c'est jusle; M. Maréchal est décédé en... en. .

— En 1692.

— En 1^92, c'est ce que je disais. Savcz-vous bien , madame, que Claude a maintenant trenle-et-un ans?

— Si je le sais, monsieur! il me semble encore le voir, tout petit, tout frais, tout rose, folâtrer dans cette maison maintenant si triste et si abandonnée... il a toujours sa belle chevelure blonde et soyeuse?

— Non, madame, pas précisément; ses cheveux sont devenus bruns,, d'un trèsbeau brun : les voyages, les fatigues, les inquiétudes... vous concevez que les cheveux ne peuvent pas toujours rester blonds... il y en a même qui blanchissent, et je trouve que Claude doit se considérer comme très-heureux de les avoir bruns.

— Et ses grands yeux bleus et limpides, son regard d'ange qui semblait refléter le

ciel, son front si lisse et si pur, ces adorables fossettes qui trouaient ses petites joues... tout cela au moins n'a pu disparaître?

— Que Ton voit bien, madame — reprit l'inconnu — que, depuis dix-huit ans, vous vous êtes complue dans de douces et maternelles chimères, qui vous représentaient votre fils toujours aussi jeune, aussi gracieux et aussi pétulant que lorsqu'il vous a quittée! Hélas! madame, les yeux bleus de Claude ont tourné au gris; c'est ce qui arrive presque toujours après quelques années de séjour dans les Indes : la constante réverbération d'un soleil ardent, les tons mats et ternes du sol en général, le clignotement perpétuel auquel on est assujetti font perdre à l'iris l'éclat de sa couleur primitive... Je trouve d'ailleurs que le gris donne à l'œil de la vivacité, du

spirituel et du mordant , n'est-ce pas , madame?

— Peut-être bien, monsieur — reprit machinalement la vieille dame, dont le cœur souffrait d'avoir à subir une empreinte nouvelle de la physionomie de son fils — C'est que vous ne savez pas comme mon Claude était beau!... il me semble encore le voir, au jour de sa première communion... Il avait un petit habit de taffetas..,

— Grenat.

— Non, de taffetas chatoyant...

— C'est ce que nous appelons grenat dans les Antilles.

— Je l'ignorais... puis il avait l'air si chérubin , si raisonnable , si pénétré de l'acte important qu'il accomplissait!

— C'était vers Pâques, n'est-ce pas ? il pouvait avoir une douzaine d'années.

— Il vous a donc aussi parlé de cette circonstance?

— Je suis, aussi bien que lui-même, au courant de tout ce qui le touche.

— J'ai encore là-haut, dans sa chambrette, les jouets de son enfance, et jusqu'au petit livre dans lequel il apprenait à épeler. .. ce sont mes reliques... Cette chambre est à la fois pour moi comme un temple de douleur et de consolation : c'est-à-dire que j'éprouve une sorte de volupté lugubre à y vivre avec mes souvenirs et mes regrets.

— Vous êtes une digne femme — reprit l'étranger en essuyant une larme qui perlait au coin de sa paupière.

— Mais les choses du cœur ne m'ont pas fait négliger le soin de sa fortune; j'ai voulu que si la Providence me le ramenait un jour, il puisse oublier au moins,

dans les douces calineries du foyer maternel, les souffrances et les privations de l'exil. Ainsi j'ai réalisé environ soixante mille livres d'économies, que j'ai déposées chez notre notaire à Vaîenciennes.

— Quant à cela — reprit l'inconnu en essuyant une seconde larme — je puis vous garantir, madame, que c'est le moindre des soucis de votre fils.

— Il revient donc riche?

— Colossalement riche; oh! c'est un excellent pays que l'Amérique ! on n'a qu'à y semer des écus de trois livres, pour récolter des pistoles. C'est malheureux que l'on y change, en moins de quelques années, au point de devenir méconnaissable. Il est vrai que, pour ceux qui sont laids, il n'y a pas grand mal, au contraire.

— Oui, mais pour ceux qui ne le sont pas, pour mon Claude, par exemple.

— Ainsi il arrive souvent que des jeunes gens svelles, à la peau blanche et veloutée, pleins de fraîcheur et de sève, deviennent tout-à-coup jaunes comme €les momies, raccornis et décharnés comme des cadavres... il ne faut pour cela que le Typhus.

— J'espère bien que mon fils n'en a pas été atteint?

— Non, madame, non; à part les légères métamorphoses dont je vous ai parlé, il revient en assez bon état.

— Mais, monsieur, comment ce malheureux enfant a-t-il pu rester dix-huit ans sans me donner de ses nouvelles?

— Ah ! madame, ceci est tout une histoire: une bien longue histoire, s'il fallait vous en raconter toutes les désolantes et miraculeuses péripéties!

— Racontez, je vous en prie, racontez.

Bien de ce qui touche mou fils ne saurait m 'être indifférent. A propos, monsieur, et l'oncle George revient-il aussi?

— L'oncle George?

— Le parent avec lequel Claude est parti.

— Fort bien : je me rappelle maintenant... hélas ! non, madame, l'oncle George ne revient pas, lui; il ne reviendra même plus.

— Serait-il mort ?

— A peine était- il arrivé à la Basse- Terre que la fièvre jaune la emporté.

— A peine arrivé, dites-vous?

— Ce fut pendant l'été de... 1700.

— Mais mon fils n'avait alors que treize ans! Usera doncrestéseul, abandonné, sans guide, à plus de quinze cents lieues de son pays!... que me dites-vous là, monsieur!

— Son premier malheur date de cette époque.

— Son premier malheur, notre premier malheur à tous a été la folle et imprévoyante condescendance avec laquelle je l'ai laissé partir... Et que devint alors ce pauvre enfant, monsieur?

— Mon Dieu, madame, il est rare, à cet âge, que la raison soit bien développée... Il y a même des personnes chez lesquelles elle ne se développe jamais... Votre fils pensa que, puisqu'il avait tant fait que de venir à la Guadeloupe, rien ne s'opposait à ce qu'il allât plus loin. Il rendit pieusement les derniers devoirs à son oncle, lui fit ériger une tombe convenable, réalisa les marchandises que ce dernier lui avait laissées, et plus rien ne le retenant à à la Basse-Terre, il s'embarqua pour faire le tour du monde.

— Claude a fait le tour du monde, monsieur!

— 11 en a fait bien d'autres, madame !

— Le vaisseau anglais les Cinq-Ports , capitaine Stradling, était d'ailleurs un magnifique navire , parfaitement construit, brita uniquement approvisionné, réunissant toutes les conditions possibles de sécurité et de bien-être. Les eboses allèrent d'abord fort bien ; on reconnut les îles Falkland; on doubla le cap tîorn ; on relaeba cbez les Patagons; on découvrit deux ou trois mécbantes petites pointes de rocher, auxquelles le capitaine donna le nom de sa femme , celui de sa fille et le sien, ainsi que tout circumnavigateur en a le droit. Déjà même, en raison du degré de latitude auquel on était parvenu , rien n'empêchait l'expédition de se donner les airs d'avoir pénétré plus avant que nulle autre dans les mers du Sud , lorsque

le malheur voulut qu'il y eut à bord un jeu d'échecs.

— Je ne vois pas quel rapport...

— Le capitaine Stradling étant de première force à ce jeu, Claude pour lui complaire, se mit à apprendre la marche des pions; puis, l'amour-propre aidant , il se mêla de raisonner, de combiner les coups et de vouloir se défendre; jusquelà il n'y avait pas de mal , car les progrès de Claude ne faisaient que constater la supériorité de la méthode du capitaine et l'efficacité de ses leçons; cependant un grain s'élevait parfois entre les deux adversaires ; l'élève devenait maître, et s'il ne gagnait pas encore de parties, il les disputait habilement. Plût au ciel, madame, que l'intelligence de votre fils se fût alors obscurcie !

— Mon fils, monsieur, était admira-

blement organisé pour toutes les ch' de calcul , et je ne serais pas étonnée qu'il ait fini par battre le capitaine.

— Ce fut là le second, je veux dire le troisième de ses malheurs , madame. Un jour il arriva que le capitaine fui mat , et ce jour-là le grain devint une tempête : Le maître-cal fat fut envoyé à la grande vergue parce qu'il s'était permis de sourire; le coq eut la mâchoire brisée d'un épouvantable coup de poing, parce qu'il n'y avait pas assez de rhum dans le pudding ; et le quart des matelots fut jeté dans la fosse aux lions, sous les plus futiles prétextes.

— Et tout cela parce qu'il avait été mat?

— Tout cela parce qu'il avait été mat une seule fois, sur les deux ou trois cents parties qu'il avait jouées. Jugez de sa rage lorsqu'il le fut tous les jours, et qu'il lui

devint impossible d'en gagner désormais une seule !

— Vous me faites frémir, monsieur — reprit la pauvre mère.

— Un soir... nous étions par le 47e degré de latitude sud... Je me le rappellerai toute la vie... Le capitaine...

— Vous étiez donc aussi à bord des Trois-Ports , monsieur? — demanda madame Maréchal.

— Oui, madame; j'avais pris l'habitude d"accompagner votre fils partout.

— Et sa mère vous en remercie , monsieur. — Interrompit la vieille dame, en tendant à l'étranger une main tremblante et décharnée.

Celui-ci la porta respectueusement à ses lèvres , et reprit :

— Je vous assure, madame, qu'il n'y a pas de quoi, car il m'eût été difficile de

faire autrement... Nous disions donc que, le soir en question , le capitaine vint ù Claude, le sourire sur les lèvres, gracieux comme au temps où il gagnait toujours, et lui proposa une partie; Claude accepta avec ce petit air persifïïeur qui lui a déjà occasionné bien des désagréments, et qui probablement lui en occasionnera encore.

— Ah çà, dit gâtaient le capitaine Stradling , je remarque que , depuis quelque temps , vous avez pris l'habitude de me battre : je vous déclare, mon jeune ami , que cette habitude est des plus mauvaises; il serait bien que vous vous en défassiez.

— Moi, je la trouve excellente, reprit Claude; d'ailleurs vous avez vous-même contracté (elle de vous laisser vaincre: cela est devenu nécessaire à la sérénité de votre humeur, à la facilité de votre digestion ;cela vous entretient les muscles dans

la science du pugilat, ainsi que vous avez daigné en administrer une aimable preuve à notre coq, et je serais véritablement désolé d'apporter la moindre perturbation dans la régularité de votre économie — Quoiqu'il en soil, reprit le capitaine dont la colère , pour être en dedans, ne m'en parut que plus redoutable, vous ne feriez pas mal de vous figurer que nous allons jouer à gui perd gagne,

— Ce capitaine me fait peur — interrompit madame Maréchal.

— Us jouèrent — continua l'étranger — et après quelques péripéties d'autant plus intéressantes que chacun prévoyait instinctivement à cette lutte une issue dramatique, la fortune continua de se déclarer pour Claude.

— Et qu'arriva-t-il, monsieur?

— Mon Dieu, madame, peu de chose:

au lieu d'éclater on rage, ie capitaine se prit à sourire d'une certaine façon qui n'était qn'à lui; j'ignore s'il arrive quelquefois aux reptiles, dans les relations de leur vie privée , de vouloir se donner des airs gracieux; mais je suis persuadé que, le cas échéant, il doit y avoir une analogie parfaite entre leur physionomie et celle qu'avait alors M. Slradling : — Jeune homme, dit-il à Claude, vous m'avez encore battu ce soir, mais je vous donne ma parole d'honneur que demain ce sera votre tour d'èlre mat. — Puis il salua courtoisement, et se retira dans sa cabine.

— Et Claude eut encore l'imprudence de jouer le lendemain ?

— Non, madame, il ne joua plus.

— A la bonne heure!

— Le lendemain — c'était le ior février 1704 — le lendemain il faisait un temps

magnifique; on mit la chaloupe à la mer pour aller reconnaître une île qui pointait à environ quatre lieues au nord-ouest.

Claude, qui ne manquait jamais de profiter de ces occasions pour se distraire de l'uniformité du navire, fit partie de l'expédition. Arrivé à terre on prit rendezvous pour repartir à deux heures, et chacun tira de son côté , selon ses goûts et son inspiration. Vous savez, madame, ou plutôt vous ne savez pas que Claude aimait la chasse avec passion.

— Comment le saurai s- je, monsieur?

il n'avait que douze ans lorsqu'il m'a quitté !

— C'est juste. Eh bien! madame, comme il était de toute impossibilité que ce pauvre Claude pût se livrer à son délassement favori à bord des T rois-Ports — lequel était absolument dénué de haute

et même de basse futaie — et que. d'ailleurs , le gibier n'y apparaissait que sous la forme de poules et de lapins , il pensa que le hasard lui ferait peut-être rencontrer quelque oiseau pittoresque et sauvage, dont il doterait à son retour le Jardin-du-Roi, et se mit en chasse.

— Seul ?

— Parfaitement seul.

— Quelie imprudence!... cette île pouvait être habitée par des sauvages...

— Ce n'était pas de l'île que venait le danger, madame, et plût au ciel que les compagnons de votre fils n'eussent été que des sauvages, au lieu d'être des hommes

civilisés !

— Ils l'ont tuél...

— Non, madame, ils ne l'ont pas tué, puisqu'il vit.

— Pour Dieu, monsieur, ne me laissez pas ainsi dans l'incertitude!

— Lorsque Claude revint vers la plage, bien avant l'heure fixée pour l'embarquement, la chaloupe n'y était plus.

— Elle était sans doute amarrée à quelque autre endroit de la côle?

— Non, madame ; elle était à plus de deux lieues en mer, le cap tourné vers le vaisseau; et, à part les gestes d'adieu que lui envoyaient les matelots et que Claude apercevait encore à l'aide de sa lunette, rien n'indiquait que l'on s'y préoccupât le moins du monde de son sort.

— Les monstres! — s'écria madame Maréchal en levant au ciel ses yeux mouillés de larmes.

— Une pareille trahison était si loin de la pensée de votre fils, maJamc, qu'il lui aurait sans doute fallu longtemps pour se

convaincre de la réalité, si un jeu d'échecs, abandonné sur le sable , n'était venu lui donner le mot de celle affreuse énigme. L'échiquier était en effet dressé comme si les joueurs venaient de l'abandonner à l'instant; lespions, conquis de part et d'autre, étaient symétriquement rangés sur les côtés; quelques pièces, encore debout dans la lice, témoignaient que les noirs avaient perdu. — Les noirs étaient ceux que Claude avait adoptés dans ses parties journalières avec le capitaine. — Sur un carré de papier , posé sous le roi de cette dernière couleur , étaient tracés ces seuls mots : Echec et mat.

— Est-il possible !

— Claude crut d'abord que c'était une plaisanterie assez médiocre que se permettait le capitaine, et qu'on ne tarderait

pas à le venir chercher; mais comme la

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plaisanterie n'a pas duré moins de quatorze ans , force lui a été de finir par se désabuser.

— Ah ! les maudits !... Et mon fils est resté pendant quatorze années dans cette île!...

— Pendant quatorze années , madame.

— Mais il avait donc sur lui des ressources, de l'argent?

— De l'argent! — reprit l'étranger en souriant amèrement — à quoi bon de l'argent? l'île était déserte , et tous les millions possibles ne l'auraient pas empêché d'y mourir de faim, si...

— Si?... — demanda la vieille mère avec anxiété.

— Si ce damné Siradling, qui avait du bon, n'avait eu la délicate attention de faire déposer à terre un baril de poudre ,

dos balles, un hamac, du tabac, une hache, des habits, une Bible et quelques ouvrages de marine.

— Mon Dieu! — s'écria madame Maréchal en arrêtant son regard sur un crucifix qui surmontait la cheminée du parloir — Mon Dieu ! que vous avais-je donc fait, pour que vous me punissiez ainsi dans mon enfant?

— A l'aide de ce léger bagage, Claude s'installa tant bien que mal; il fit une cabane de branches d'arbres, la couvrit de roseaux et la tapissa de peaux de chèvres, dont l'ile abondait et qu'il tuait à mesure qu'il en avait besoin. Je vous assure que cela ne manquait pas d'une certaine élégance... Au bout de deux mois, il trouva le secret de faire du feu, en frottant deux pièces de bois de piment l'une contre l'autre, et put faire rôtir de la viande ; ce fut

— îoa —

un des beaux jours et un des meilleurs festins de sa vie 1

— Pauvre chéri, comme je vais lui faire manger de bonnes petites choses !... je me rappelle qu'il aimait tant les friandises.., il aura dû en être bien privé!

— Très-privé; aussi a-t-il souvent essayé, de faire de la pâtisserie, mais sans réussir.

— Et que devint-il lorsque sa poudre et ses balles furent épuisées ?

— Alors il s'exerça à courir à travers les bois, sur les rochers et les collines, de telle sorte qu'il acquit bientôt une agilité miraculeuse, etprit les chèvres à la course.

— Ce que c'est que la nécessité, monsieur!

— Oui, madame, la nécessité est une puissante fée qui donne de l'intelligence à ceux qui n'en ont pas, et qui décuple celle

de ceux qui en ont Je n'en finirais pas

s'il fallait vous initier à tous les miracles de laborieuse patience, d'industrie surhumaine et de courageuse opiniâtreté , accomplis par votre fils pendant ces quatorze années, dont chaque seconde fut un siècle.

— Et moi qui l'avais élevé si tendrement, si douillettement!

— Que vous dirais-je, madame!... Souffrir, se désespérer, nier la Providence pour l'implorer ensuite, se ressouvenir, prier — car nous ne sommes jamais meilleurs chrétiens que dans le malheur — songer à sa mère , épier à l'horizon une voile libératrice, c'est à quoi s'écoula cette mort quotidienne qui était alors la vie de votre Claude.

— Et il n'arriva jamais qu'un navire

hospitalier vint mouiller dans ces parages?

— Si , madame ; deux bâtiments espagnols relâchèrent dans l'île à quelques années de distance; mais les gens de 1 équipage, apercevant un homme couvert de peaux de chèvres et chevelu comme un sauvage, tirèrent sur lui et îe poursuivirent jusque dans les bois. Il ne parvint à leur échapper qu'en grimpant sur un arbre où ils ne le découvrirent pas.

— Je croyais les Espagnols si pieux.

— Non pas pieux , madame, mais dévois, ce qui est pire que detre athée.

— Et vous, monsieur, que devintes-vous pendant l'exil de Claude?

— Le moment de vous entretenir de moi n'est pas encore venu, madame; parlons de Claude : un jour le soleil se leva plus pur et plus radieux que de coutume;

il y avait clans l'épanouissement des feuilles, dans les gambades de ses chèvres, dans le gazouillement des oiseaux, je ne sais quoi de balsamique, de gai, de propice , qui présageait le bonheur. Claude alla pousser sa reconnaissance habituelle vers la plage... Jugez de son émotion, de son espoir, de son délire, puis aussi de sa crainte d'être encore une fois traqué comme une bête fauve au lieu d'être recueilli comme un frère, lorsqu'il vit une chaloupe amarrée à l'endroit même de son débarquement! Claude y avait planté une croix en commémoration de son désastre, et ce fut sans doute à cette circonstance qu'il dut son salut.

Madame Maréchal leva une seconde fois ses regards vers le crucifix, avec une indicible expression de reconnaissance.

L'étranger continua :

— Celle fois l'équipage, à qui l'aspect de cette croix avait sans doute inspiré de salutaires pensées de rédemption, vint sans défiance au-devant de Claude. — Recueilli, le 22 juillet 1718, à bord du navire hollandais CAmiral-Trump, qui, par miracle, faisait voile vers la Guadeloupe, votre fils débarqua, deux mois après, à la Pointe-à- Pitre. — Depuis ce moment la fortune sembla le prendre par la main et présider à sa destinée : il épousa la fille unique d'un nabab, lequel se hâta de mourir, en laissant plus de quinze cent mille livres.

— Quinze cent mille livres !

— Pas une de moins, madame. Alors Claude songea à revoir sa patrie ; il fréta un charmant petit brick , et s'embarqua...

— Pour la France?

— Non, madame; avant de revenir <'n France, Claude avait à passer par l'Angleterre. Arrivé à Londres, il fit demander des renseignements à l'amirauté, et sot que le capitaine Stradling avait pris sa retraite et habitait Greenwich. Le lendemain , le brick mouillait à un mille environ de cette ville, et l'ex-commandant du Trois* Ports recevait le billet suivant :

« Un vieil ami de l'honorable sir Slr,ad- » ling l'attend à déjeuner demain, vers » onze heures, à bord du brick le Vert* » geur.

»En rade de Gravesend, le 16 février 0. »

— Encore quelque malheur!

— Que voulez-vous, madame , il n'est

pas donné à tout le monde d'oublier

D'ailleurs, en conscience, votre fils devait

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