‹ La Rumination chez l'HommeChapitre 15 sur 49 · LIU · texte numérisé non relu

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tion générale, ressort de sa bouche un petit morceau de viande cuite.

Il va sans dire naturellement qu’il a pris soin de l’avaler avant le début du tour et que celui-ci achevé, il restitue pétrole, mèche et allumettes,

Nous l'avons examiné complètement. Il est en bonne santé tant psychique qu'organique; nous notons seulement une calvitie précoce, des dents tombées prématurément et un rhumatisme lombaire qui le tenaille tous les hivers. Ses parents, qui vivent encore, ne sont pas mérycoles, mais son père aurait une tension maxima supérieure à 20 et sa mère est épileptique.

Tous ces tours amènent quelques réflexions

Tout d’abord, si ces sujets restituent de l’eau parfaitement propre quand ils travaillent en public, c’est bien évidemment qu'ils ont pris soin de laver leur estomac auparavant. Mac NorTon et RoGINSkI se sont, d'autre part, imposé la loi d’être à jeun depuis au moins six heures. Comme ils opèrent dans l’aprèsmidi et dans la soirée, ils ne font que deux repas par vingt-quatre heures, l’un au coucher, l’autre au lever.

On s’effraie un peu quand on voit ces sujets absorber le pétrole par verrées. Il est vrai que le pétrole ne s’étale pas à la surface de l'estomac, mais qu’il pénètre dans un organe qui contient déjà une certaine quantité d’eau, au-dessus de laquelle il surnage, n’entrant en contact avec la muqueuse que par une surface annulaire. D'autre part, après le tour, nos sujets ont toujours soin de pratiquer un véritable lavage d’es-

RS ou.

tomac qui déterge en quelque sorte toutes les parties souillées.

C’est encore par la grande quantité d’eau emma: gasinée dans leur poche gastrique et la faculté qu'ils ont de commander à leur estomac pour empêcher que celui-ci ne la chasse dans le duodenum qu’on peut expliquer qu’ils puissent garder pendant plusieurs heures, à leur intérieur, et parfaitement vivants des poissons et des grenouilles, |

Enfin on est étonné de létonnante sûreté avec laquelle ils restituent tel objet demandé et non pas un autre. Où réside ce pouvoir de sélection ? Il nous faut citer entièrement l’opinion de FaREz, non seulement parce que c’est un des seuls auteurs qui se soit occupé de cette question en France, mais encore parce qu’à l'étranger certains ont opiné de semblable manière :

« L’estomac et la bouche constituent en quelque « sorte deux vases communiquants reliés par le tube « œsophagien. Quand les lèvres sont bien fermées, « l'estomac en se contractant renvoie dans la bouche « une partie de son contenu. Si la bouche n’a reçu que « de l’eau, ou avec de l’eau quelque poisson, notre « mérycole ravale le tout; puis il régurgite un nou- « veau flot une ou plusieurs fois jusqu’à ce qu’enfin « une grenouille soit restituée. Alors il la laisse « sourdre entre ses lèvres et livre la bestiole désirée. « Si le flot ramène pêle-mêle grenouilles et poissons, « ika vite fait de les différencier et d’extraire de sa « bouche ce que le public attend de lui.

« Le pouvoir de discrimination réside dans la sen- « sibilité buccale, laquelle affinée par l'habitude est « avivée par l’attention soutenue, et l’on pense bien « par exemple qu’en pliant ses billets de banque «€ M. RoGiNski prend soin de leur donner à chacun « une forme spéciale... M. RoGNsKki, qui paraît sincère, « affirme qu’il ne sait pas comment il opère ; il se « concentre, il mobilise son attention. « J’appelle dans «€ ma pensée — dit-il — j'attends dans ma bouche, et « c’est presque toujours cela. » Il n'en sait pas davan- « tage. J’estime qu'il fait un choix buccal, mais il me «s’en rend pas compte : c’est par une sorte d'intuition « subconsciente qu'il identifie et reconnaît les objets « ramenés au contact de sa langue et de ses lèvres. » (FAREZ).

Il nous semble difficile, pour notre part, d'admettre une reconnaissance subconsciente des objets par la bouche et les lèvres. Ce sont des organes trop riches en fibres de sensibilité consciente pour que les manœuvres aussi compliquées que des déglutitions et des régurgitations en séries coupées de discriminations buccales puissent passer inaperçues. Or, il est certain que nos mérycoles ne savent pas comment se fait leur choix, pas plus RoGiNski, que Mac NorToN et que Charles H.., dont nous donnons l'observation.

De plus, ils ramènent en général très rapidement ce qu'on désire, grenouille ou poissons "billet de 5 ou de 100 francs, ce qu’'impliquent difficilement les manœuvres multiples supposées par M. FAREz.

En réalité, nous verrons que la radio a montré

RE Ph

qu’en général un seul objet s’engageait dans l’œsophage et que celui-ci était presque toujours celui qui était désiré. Que le contrôle buccal existe, cela n’est pas douteux, mais ce contrôle est parfaitement conscient. Il ne faut pas oublier, en effet, que tous ces tours se passent devant le public et que, devant lui, il ne faut faire aucune erreur. Il n’en est pas moins vrai que le choix est ordinairement inconscient et se passe autre part que dans la bouche, très probablement au niveau du cardia. Nous reviendrons sur cette question et nous la développerons lorsque nous parlerons ide l’examen de Charles H.. aux rayons X. D’ailleurs, M. CHARLIER avait déjà écrit avant nous : « I! est possible que le sujet reconnaisse les solides d’après le degré de résistance que leur oppose le cardia et d’après la sensation qu'ils procurent à la partie inférieure de l'œæsophage. » Et, en somme, à un niveau où la musculature, la mobilité, l'influence de la volonté sont si différentes de ce qu’elles sont chez l’homme normal, il n’est pas si difficile d'admettre qu'il puisse exister une sensibilité affinée quoique inconsciente qui serve au sujet pour ramener dans sa bouche ce qu'il désire et rien d'autre.

Tous les hommes dont nous avons parlé sont jeunes et en bonne santé. Avant une musculature très puissante, ils ignorent les digestions lentes avec stase. et fermentations secondaires, et d'autre part, la radio montre que leur estomac, malgré les énormes quantités d'eau qu'il peut contenir, n’est pas dilaté et

s'adapte parfaitement à son contenu.

Mais les éléments manquent pour juger sainement du pronostic et pour dire si ces sujets pourront se livrer pendant longtemps sans inconvénients à un tel travail et à l'absorption de substances telles que le pétrole, et nous croyons avoir agi raisonnablement en conseillant à Charles H.. de cesser toutes ces pratiques et de se limiter uniquement à sa rumination habituelle et prandiale, puisqu’aussi bien elle lui est

agréable,

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