CHAPITRE VII Pronostic
La rupture de la symphyse pubienne est toujours un accident sérieux de l'accouchement, mais depuis l'usage courant en obstétrique de l’antisepsie et de l'asepsie, non seulement on n’a plus à redouter l'apparition de complications, mais encore on peut enrayer celles-ci lorsqu'elles se produisent.
Les chiffres sont là pour confirmer ce que nous avançons. En 1855, Malgaigne considérait le pronostic comme grave, puisque sur 17femmes 8 avaient succombé.Fraisse, en 1882, a trouvé 10 décès sur 24 cas, c’est-à-dire près de la moitié. « La mort, dit-il, est amenée de préférence par l’arthrite puerpérale, l’ostéomyélite putride et l'infection purulente. La péritonite également compte dans notre statistique pour plusieurs cas de mort. »
D'après Schauta, en 1888, elle n’est plus que d’un tiers. Sur 12 cas nouveaux rapportés par Moraux, de 1882 à 1897, il n'y a que deux morts.
Le pronostic est aggravé par une. des complications énumérées plus haut. Malgré l’antisepsie la plus rigoureuse des organes génitaux internes, la suppuration peut apparaître, prendre les allures de l'infection puerpérale et emporter rapidement l'accouchée. Cependant Dührsen pose un pronostic favorable quoad vitam dans la suppuration de la symphyse, tant que l'infection puerpérale n’est pas généralisée, il considère même cette suppuration articulaire comme utile pour la solidité future de la symphyse.
Si la guérison est complète et rapide dans les disjonctions simples, elle est beaucoup pluslongue dans les disjonctions compliquées.
Trois mois après l’accouchement, la malade de Ca yla marchait encore difficilement et elle n'aurait pas pu le faire sans sa ceinture.
NT ren
Ce n’estqu'au bout de 4 mois que l'accouchée d'A dams peut se promener dans sa chambre ; après 5 mois celle de Denman ; celle du professeur Guyon est maintenue 6 mois dans sa boîte de son. La femme observée par Fraisse ne marche pas encore après un an. Thomas Denman dit en parlant de la lenteur avec laquelle les symphyses se réunissent : « Je suis informé qu’une personne, après avoir gardé le lit pendant plus de 8 ans à la suite de la séparation des os du pubis, qui s'était manifestée dans un accouchement laborieux, a recouvré l’entier et libre usage des extrémités inférieures. »
La guérison n’est pas toujours complète ; l’écartement peut n'être maintenu que par un Cal fibreux solide, mais de dimensions telles qu'il permet des mouvements légers. Il s’ensuit que la marche est difficile et que la claudication peut persister toute la vie.
La malade du P' Guyon a conservé une incontinence irrémédiable, celle de Bué a gardé une certaine faiblesse de sphincter vésical, en ce sens qu'elle est obligée de satisfaire immédiatement le besoin d’uriner dès qu'il se fait sentir.
Il est intéressant de se demander ce que deviendra cette symphyse réparée dans un accouchement ultérieur. Nous ne connaissons qu’un cas de rupture nouvelle à la grossesse suivante, et Rémy parle d’une femme qui a éprouvé une douleur assez vive au moment de l'expulsion, mais sans déchirure ligamenteuse. Ce quise produit le plus souvent, c’est que l'accouchement est spontané, comme cela se produisit dans les faits observés par Rémy, par le professeur Pinard et par Imbert, signalé par Gmelin. Le bassin reste élargi par union des symphyses au moyen d’une masse cartilagineuse ; par contre, comme dans le cas de Lefebvre il peut se former à la face postérieure de la symphyse un cal exubérant, cause de dystocie, puisqu'il nécessita une basiotripsie.
Que conclure de cette étude ? C’est que la rupture, dont le pronostic s’est amélioré depuis la pratique de l’antisepsie, est encore un acecident assez sérieux pour qu'on cherche à l’éviter. Sigault et surtout M. le professeur Pinard nous en ont donné le moyen en nous montrant à faire nous-même, mais en suivant certaines règles, ce que la nature a fait aveuglément avant nous.