‹ La Rupture de la Symphyse Pubienne Au Cours de l'AccouchementChapitre 18 sur 44 · CHAPITRE VII Diagnostic · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII Diagnostic

Si nous voulons ne pas laisser passer une rupture de la symphyse, pensons-y malgré sa rareté.

Suivons l’accouchée depuis le travail jusqu'au moment où on lui permet de se lever, et passons en revue les différentes erreurs que l'on peut commettre en interprétant faussement les symptômes.

Le travail est commencé, la femme pousse énergiquement, la tête reste toujours au-dessus du détroit supérieur, un craquement se fait entendre accompagné d’une douleur terrible, angoissante. Nous pourrons penser de suite à une rupture utérine. Analysons ces deux symptômes : ce n’est pas un bruit sec que nous avons entendu, c'est un bruit sourd, prolongé « analogue à celui que donne la déchirure d’une étoffe molle et usée » ; la douleur a été si vive qu’elle a pu déterminer une syncope, le shock a été considérable. L’abdomen tout entier est douloureux, les contractions s'arrêtent, une hémorrhagie inquiétante interne et externe se produit, une partie du sang s'écoule par la vulve, tous les signes d’une hémorrhagie profonde apparaissent, pâleur du visage, sueurs froides, besoin d'air, petitesse du pouls, menace de syncope si elle n'a pas été immédiate. Adams redoutant une rupture de l’utérus au cours d’une application de forceps, regarde sa malade, mais ne s’effraie pas en constatant que « sa contenance était bonne, et qu’elle n'avait pas bronché ».

La tête maintenue depuis un certain temps au-dessus du détroit supérieur le franchit tout à coup, soit sous l'influence de contractions utérines énergiques, soit entraînée par une force étrangère, mais au même moment on entend un craquement accompagné d’un cri aigu poussé par la malade, qui se plaint d’une douleur dans la région pubienne. Nous pouvons nous trouver en présence d’une fracture des

branches ischio-pubiennes. Van der Espt, en 1866, dans le Journal de Médecine de Bruxelles, rapporte une fracture siégeant entre l’épine et l’angle du pubis du côté droit, survenue au cours d’une application de forceps au détroit supérieur.

Le craquement peut être dû à une luxation complète ou incomplète de l'articulation sacro coccygienne, comme Lauverjat en rapporte un fait, mais alors la douleur aura son siège en rapport avec la lésion.

Si le bruit entendu est occasionné par une fracture du crâne fœtal trop fortement comprimé, on ne pourra s’en rendre compte que par l'examen physique, la femme n’a pas accusé de douleur exagérée et fréquemment le forceps a dérapé. Il est vrai que dans certains cas ou pourrait rencontrer les deux affections.

La disjonction d’un symphyse sacro-iliaque s'accompagne également d’un craquement, mais la douleur siège au niveau de la fesse, Isolée cette rupture est rare, très rare même, elle accompagne presque toujours ü#é disjonction inter-pubienne. Il est bon de savoir la constater, mais à titre de complication.

Si c’est au cours d’une version qu'on entend craquer, on peut sup= poser que ce bruit est l'indice d’une fracture fœtale, aussi dès l'expulsion doit-on passer en revue tous les membres de l'enfant. Les trouvant intacts, songeons à la mère et faisons un examen physique qui nous mettra sur la voie du diagnostic.

L'opérateur peut n'avoir rien remarqué d’anormal pendant l’accouchement, mais quelque temps après son attention est attirée par l’impotence fonctionnelle plus ou moins complète. Les mouvements des membres inférieurs sont nuls, pour les motifs que nous avons énumérés, aussi ne faut-il pas confondre cette pseudo-paralysie avec la paraplégie traumatique ou réflexe. À une période plus éloignée de l'accouchement nous avons un moyen sûr de faire ce diagnostic ; mettons autour du bassin de notre malade un bandage de corps ou une ceinture, ainsi maintenue elle peut mouvoir ses membres inférieurs, quelquefois même elle peut se tenir debout, tandis que dans la paralysie l’impotence est complète.

Queirel rapporte un cas d’arthrite pubienne blennorrhagique caractérisée par une douleur vive, le toucher digital nous permet de ne pas le confondre avec une rupture de la symphyse.

Page 1