LES GÉNER.\UX DUBOURG
Capet, en son hôtel des Tuileries... Avec quelques jeunes gens de votre trempe, Monsieur Héricourt. et quelques bons feux de mousqueterie dirigés où il faut, j'en fais mon afi^aire... Le duc de Raguse me rendra des comptes !...
Il continua longtemps à s'échauffer ainsi près le visage d'Orner. Elvire souriait, à peine penchée sur le point de sa broderie ; sa nuque était délicate à voir. M°ie Gresloup .discrète, avait disparu vers la cuisine.
Un pot de réséda dans chaque main, l'oncle Edme intervint au milieu de la diatribe. Il n'avait pas oublié les dames. Le comte du Bourg se désola de ne point l'avoir imité,
accumula les excuses. Ces dcu.x hommes maigres et hauts s'empressaient autour d 'Elvire en une galanterie bruyante. Elle recevait avec bonne humeur les hommages, elle rougissait et riait. Pinçant l'azur de sa robe, elle s'inclinait en révérences parfaites et gaies. A table, Omer fut placé entre Elvire et le major.
— Je n'ai plus les mains grises, comme jadis, auxMoulins, pendant les vacances.
Elle fit jouer les .satins délicats de son épiderme, ses phalanges souples, les dessous roses de ses doigts agiles. De ses joues, aussi limpides que la porcelaine, émanait une odeur d'enfant bien savonnée. Elle fleurait aussi la fraîcheur d'un bois que parcourent les gazouillis des ruisseaux. Orner le lui dit. Il ajouta :
— Vous me semblez une face de la nature, Eloa !...
— Vous êtes bien honnête, monsieur...
Elle salua joyeuse ; elle imita ses anciennes
mines de fillette qui serrait les lèvres pudiquement, qui balançait la tête et ses grands yeux tout ouverts, indécise à comprendre si l'on se raillait de sa niaiserie possible, ou si l'on voulait sincèrement du bien à sa gentillesse, mais prête à pleurer dans le cas où la première supposition s'affirmerait enfin. Elvire n'oubliait rien de son enfance. Ses charmantes simpHcités d'autrefois lui persis-