‹ La ruseChapitre 18 sur 22 · IIS · texte numérisé non relu

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prêt à la défense. Il retira les mains de ses poches à pistolets, bâilla. Ce signe de sa quiétude morale lui fut agréable.

Dès qu'il eut prononcé devant son oncle les trois mots secrets et le nombre, il fut lui prescrit de faire visite à M*^ Piccini, l'avocat qui portait un lorgnon d'or, et de l'avertir qu'il eût à s'occuper des affaires litigieuses contenues dans les dossiers 96 et 43. Omer gagna les boutiques du Corso. Il affecta de

MOLLEMENT ETENDU SUR UNE SORTE DE SOFA DE PIERRE COURBE (p. IO4) .

flâner le long de leurs étalages, ayant remarqué à plusieurs reprises un marchand d'amadou et de briquets qui criait sa marchandise tantôt derrière, tantôt à côté de lui. Il se laissa devancer. Mais l'industriel ambulant trouvait vite une commère, un ouvrier, un bambino, une servante. L'idée lui venait aussitôt de leur offrir ses produits, en uâant d'une longue éloquence. C'était un homme, mûr et bedonnant, doué d'une vaste ceinture bleue, d'une chemise rousse et d'une culotte verte. Constamment, il torchait de la main sa barbe grise, puis rabaissait contre ses yeux le bord d'un tricorne ecclésiastique acquis chez le fripier. Soucieux de le dépister, le jeune homme attendit le passage d'un fiacre, en armant un pistolet sous la basque de l'habit. Sa jambe gauche tressailUt malgré lui. A la fois poltron et farceur, son esprit promettait un jet de feu très inattendu de l'ennemi, s'il approchait. Le bras de l'espion était bien musclé, velu sous la manche ouverte, et tout à fait propre à une besogne de meurtre. Sa main gauche soutenait l'éventaire pendu par une corde à son cou; "sa main droite demeura dissimulée dans les plis inquiétants de la ceinture bleue. Cependant, Omer fut sûr d'abattre l'assassin devant qu'il eût achevé le bond nécessaire.

Tumultueux par ses ferrailles disjointes, ses grelots, ses roues et son cheval au trot, un fiacre survint, en forme de calèche. Omer y sauta, promettant un pourboire splendide si l'automédon l'emportait au galop vers le château Saint- Ange. Ebaubi, le mouchard resta sur place. Soigneux de le laisser dans le doute de savoir si l'espionnage avait été deviné, le carbonaro ne tourna point la tête. Quand on eut passé le coin de rue, il essuya la sueur de son front et de ses mains. L'équipage craquant et sonnant dispersait, aux cris du cocher, les vendeurs d'aubergines, d'eau à la menthe et de macaronis rissolés.

On fit, à cette allure, le tour de la ville ; on passa le Tibre deux fois, sur les injonctions d'Omer, qui feignit de ne point rencontrer les personnes aux endroits indiqués. Enfin, la calèche détraquée revint au pas dans les environs du Corso, s'arrêta non loin de la maison qu'habitait il signor Piccini. Passé le porche humide et frais, l'étude garnie de C£isiers à paperasses, et d'une bibliothèque de jurisprudence, le visiteur pénétra dans un cabinet oblong tendu de cuir de Cordoue, et fort obscur derrière les jalousies baissées. Il distingua, le maître du lieu, grâce au lorgnon qu'il agitait aux environs de sa figure.

— C'est le dossier 4.936 qu'il faut vérifier de suite... ordonna le visiteur, avant

de saluer, selon la recommandation de l'oncle Edme.

— Opiime, répondit après quelque hésitation l'homme de loi.

Il fit apporter deux liasses par un clerc; choisit dans son tiroir un papier d'exploit couvert d'écriture, il ajouta le numéro 4936 puis deux autres nombres.

— Allez, maintenant, tout de suite, chez le sieur Cartoleone, commissionnaire en rubans, porter cette assignation à comparaître. Vous la signifierez à lui-même et vous vous en ferez donner un reçu avec le paraphe de sa propre main. Vous entendez?

Le clerc sortit.

— Je fais prévenir notre ami, le petit vieillard spirituel qui eut le nez cassé au siège de Saragosse, expliquait l'avocat. Au reçu de cette assignation, il n'ignorera plus que les deux sommes de ducats qu'elle lui réclame désignent Ferentino et Frozinone. Ces chiffres nomment ces deux localités sur notre table secrète. C'est aussi l'ordre de s'y rendre immédiatement. Voici le dossier de la signera Veccei, qui me consulte relativement à ses litiges avec le fisc de Ferentino, car elle demeure dans cette localité. Dites à votre oncle de lui faire visite demain. Il demandera son fils Pietro, qu'il lui dise simplement : « J'ai pour vous ime lettre de change de 639 livres françaises. » L'autre comprendra. Au cas où le capitaine ne pourrait transmettre ce mot d'ordre, vous le suppléerez, et vous raconterez à ce garçon tout ce que vous allez me raconter d'abord. Moi je cours directement à Frosinone, chez l'abbé Bumeschi, le titulaire du dossier 43, pour qui je plaide contre les exigences des moines du Mont-Cassin, car fort indûment ils quêtent sur le domaine de sa cure. Ses ouailles le suivront au bout de l'aventure. C'est un Bon Cousin déterminé. A présent, je vous écoute.

Quand Omer eut terminé son rapport, le signor Peccini nettoyait les verres du lorgnon fiévreusement...

— L'affaire est intéressante, fit-il en imitant sa voix de consultation judiciaire. Diavolo ! Point de retard. Soyons rendus demain à l'aube. Prenons garde à ne point nous rencontrer sur les routes que les carabiniers doivent parcourir déjà. Prenez, avec le capitaine, la route de Velletri. Moi, je suivrai les chemins que je connais à partir de Frascati. Ce sera plus long, mais je puis partir dans une heure, sans exciter de soupçons. La police trouvera naturel que je veuille prier l'évêque d'Anagni d'a.spotiller une supplique en faveur d'un pauvre moine, mon client, qu'on a incarcéré pour ivresse et scandale dans une auberge. J'emmène avec moi mon collègue, maître Thaddeo,.qui n'a pas moins de courage que de tignasse... Que personne, surtout, n'emporte d'armes... Nous en trouverons làbas, s'il est nécessaire, ce dont je doute... Au revoir et à demain... N'ayez pas peur... En me quittant, vous entrerez dans la confise-

rie, près de la fontaine de Trévi,pour manger des douceurs, ^^ous paierez à la caissière ellemême. C'est une vieille dame en cotte de religieuse, qui a une tache de vin sous l'œil droit. Cette pièce que voici, vous la ferez tinter qitatre fois contre l'écritoire de fer... comme par un geste machinal. La caissière ne vous dira rien et vovis rendra la monnaie. Après votre départ, elle portera la pièce chez notre ami, l'eicteur Cesario. Lui-même ira chercher il signor Lantéana, le banquier du siège de Gaête. Ensuite ils attendront ensemble Cartoleone dans un lieu marqué d'avance. Donc, n'omettez point de faire le gourmet dans la confiserie.

— Et si la caissière n'est pas la vieille femme en question ?

— Aujourd'hui, chacim monte la garde à son poste... je vous l'assure, jusqu'à l'heure du souper!

Omer contrôla cette exactitude. Elle lui valut de la confiance. Le rôle qu'il dut jouer l'amusa. Il rentra s'habiller en voyageur, boucla des guêtres de cuir sur un pantalon de nankin, endossa la blouse de chasse, et passa les bretelles de son sac à dessins, en ripostant aux plaisanteries de l'oncle déjà prêt. Les filles de Gennarello, pour dissimuler leur angoisse, s'occupaient au dehors, dans les boutiques de leur commerce, manifestement. Il n'y eut point d'adieux pathétiques. Dans la caritclle de chaque matin, tous deux prirent place avec l'apparence de gais excursionnistes en chapeaux de soleil qui provoquaient les lazzis des femmes bavardant autour des fontaines, qui jetaient des baïoques aux gamins noirauds poursuivant les roues stridentes.

■ — • Signor Francese ! Signor Francese ! crièrent les gens égayés au seuil des maisons lépreuses, à l'ombre des loques séchant sur les perches, à côté de la marmaille pouilleuse et grouillante, dans la fraîche puanteur des ruelles étroites.

Omer s'étonnait de courir à la mort possible avec les indices de la joie « Goûtons nos derniers plaisirs !» se conseillait le jeune homme, charmé de rire, à cette heure, sous la vigne ombreuse de la treille.

Après le souper, le capitaine ordonna de préparer des chambres. Le capitaine dit qu'il allait auparavant avec Omer faire une promenade aux étoiles, et prendre le frais.

L'oncle et le neveu marchèrent impatiemment une heure, avant de rencontrer le domestique du maquignon qui conduisait les chevaux promis. Aussitôt, ils se hissèrent en selle ; et piquèrent de l'éperon.

Les bois noirs s'enfuirent aux deux côtés de la route. Les ombres errantes des grands buffles romains traversèrent les broussailles. La chevauchée fut rude. Il fallut couvrir plus de vingt lieues dç mauvais chemins. Un seul relai était établi après les six premières, pendant lesquelles l'allure du galop fut gardée sans ralentir ou presque, les bêtes se trou-

vant vigoureuses. Orner veilla surtout à ses rênes, à son assiette de cavalier dépourvu d'excellence. Ses craintes, en l'assaillant, lui valurent plus d'ennui que de terreur. Malgré l'approche du péril immédiat, elles gardaient leur nouveau caractère de choses trop méditées. Plutôt aima-t-il prévoir le succès, le retour en France, Elvire, la gloire politique. Il se loua d'être un homme d'énergie, capable de risquer son existence pour l'idée Ubérale, et l'approbation du major Gresloup. Quand bien même il tomberait aux mains des sbires, l'oncle Praxi-Blassans ni le général Héricourt ne le laisseraient exécuter. Ainsi que le major Gresloup, il travaillerait quelques mois ou quelques années dans une chambre de forte-

meurait vague sous le manteau. Il emmena les bêtes couvertes d'écume derrière un taillis où l'attendait un petit garçon gardant les chevaux frais. Ceux-ci portaient sur leurs échines pommelées des selles militaires. Les fontes étaient garnies de leurs pistolets. Le capitaine vérifia, dans les sacoches, les poires à poudre, les balles et les bourres. Orner regretta de se retrouver en selle, à côté de l'oncle. La guerre commençait. Alors, le maquignon annonça que son fils partirait bientôt sur leurs traces, qu'il promènerait au pas des étalons toscans, dans la direction d'Anagni. Après la bagarre, s'il importait de gagner la tour d'Asture et la côte, les fugitifs pourraient ainsi changer de montures à mi-route.

ET LE CHEVAL GALOPA, s'EXASPÉRA, DÉGAGEANT UNE ODEUR d'ÉTABLE (p. II!

resse. Alais, à la sortie, quelle auréole de martyr l'imposerait à l'admiration des républicains ! Et son parti n'avait-il pas imposé à Charles X, le renvoi du ministère Villèle, l'avènement du ministère Martignac, les préparatifs pour l'expédition du Péloponèse qu'on organisait à Toulon contre les massacreurs des Grecs. Toutes ces réflexions lui semblèrent moins pénibles que la fatigue de ses paupières, et la douleur de ses reins. Mal garnie, la selle de bois le fessait durement. Le capitaine lui-même se plaignit. Ils mirent pied à terre avec satisfaction au salut d'un homme en manteau qui se leva sur les marches d'un calvaire. Le maquignon carbonaro, se faisait reconnaître. Il ne leur apprit rien, sinon le passage des frères Conosséi, avant le coucher du soleil.

A la lueur du ciel constellé, la barbe de l'homme remuait à peine ,tant il parlait bas. Quand il se recouvrit du feutre conique, ses yeux disparurent dans l'ombre. Son coi-ps de-

dissimuler leur course par les chemins creux de la montagne, et couper au court derrière le garçon qui n'ignorait pas une sente dii pays. Ainsi l'avaient prescrit Raphaël et Carlo Conosséi.

— ■ Bon, dit l'oncle ! c'est nous qui emporterons le papier hors d'Italie dès qu'on le tiendra.

Il avait, depuis le matin, expédié, par des voies différentes et des messagers divers, le plus précieux du bagage à la Tour d'Asture, dont le sergent, les deux vigies, les trois douaniers, les dix artilleurs étaient Bons-Cousins. Vétérans de l'armée impériale, ils avaient servi dans les régiments jacobins de Macdonald en 1798 et en i8og, lorsque le prince Eugène, avant Wagram, confia son aile droite au général disgracié par Bonaparte depuis le procès de Moreau. Le sergent était un ancien philadelphe, incapable de trahir un capitaine de la Grande Armée.

L'oncle démontrait cela, pendant le trot

des deux bètcs. Vn gourdin pendait par un cuir au poignet. Dedans se trouvait une lame, à ce qu'il dit, très bien emmanchée.

— Si nous rencontrons des gardes pontificaux en patrouille, nous marcherons sur eux le plus simplement du monde, et leur demanderons le chemin d'Alatri, dont nous voulons dessiner les remparts cyclopéens... Alatri... YAleiriiim des Latins, cité des Herniques... Bon... Tudieu qu'il a le trot dur, ce gros-là !... Dégage les pistolets. Nous bousculerons les curieux, pour peu qu'il en rôde ici !

Omer se voulut prêt à toutes les violences. Sa résignation se confiait au hasard. « La fortçresse de Taganrok ou la route de Frosinone. Qu'importe, ^lon destin est égal, que j'aide les jésuites, que j'aide les carbonari. Puisque ";e n'ai pas le courage de sacrifier ma mère, et de braver l'opinion en suivant mon goût vrai, tant pis pour moi... Les vivants et les morts, les ancêtres et les parents m'arrachent à la paix que chérit ma nature !... Ils exposent au trépas leur bien, leur esclave... moi qui voudrais devenir hbre... O le triste mortel que je suis ! O le philosophe dérisoire ! Pourquoi, pourquoi mon père, veux-tu par mon corps et ma faiblesse, continuer ta carrière de force et de gloire? ]Mon père, mon père... C'est toi, c'est ton sang qui me condamne à ton vœu de héros. C'est toi qui chevauches dans cette nuit, par l'entremise de mes membres. C'est toi qui fustiges mon cœur glacé, l'angoisse de ma gorge et la douleur de mes viscères peureux. Tu ressuscites et tu halètes à l'espoir de la bataille, dans mon esprit. Mais ma chair tremble et sue. Ne peux-tu dompter aussi mon corps, toi qui as dompté ma raison, père inexorable? Ne peux-tu pas élargir ma gorge, arrêter les crispations de mon estomac, réchauffer mes veines, puisque avec les mots Honneur et Gloire, tu m'as convaincu de mourir? Ah ! je suis las de penser et de craindre. Père ! mon père, ne dctournerezvous pas de moi le calice? Comme mon Bon Cousin, le Christ, je souffre la Passion au jardin des Oliviers ! ^lon Père, ayez pitié de moi ! B

Son esprit fut en Lorraine dans le château des Lyrisse, au salon des colonnes. Le portrait du colonel Héricourt y occupait le centre du panneau principal. Cheveux en coup de vent, autour du front pâle et de maigres joues hâlées ; yeux petits et clairs, et la bouche mince, le menton carré sous la figure hautaine le manteau que le vent drape derrière l'uniforme vert du dragon, le gantelet de cuir jaune, le sabre, une grenade fumant à terre, près d'un casque... et, au loin, dans les ondulations de la plaine, les lignes vagues d'une infanterie, les fumées des salves, la flamme d'un canon... Qu'obtenir de cette grande ombre .sévère, à la face d'orgueil?... 'c ^lon Père... mon Père... que votre volonté soit faite ! puisque je n'ai pu résister à votre puissance ! x'

Comme une poigne invisible courba la nuque douloureuse d'Orner Héricourt, et le cheval galopa, s'exaspéra, dégageant une fâcheuse odeur d'établc, de poil chaud. Il broncha tout à coup. Un porc-épic rampait sur le chemin. Le rongeur se hérissa et se recroquevilla sous les aiguillons. Omer fut soulevé, retomba rudement sûr la selle, fut jeté à droite, puis à gauche ; et le coursier de l'Ombrie s'emballa. Le capitaine éperonnait. Les deux animaux rivalisèrent. A droite et à gauche, les montagnes s'enfuirent, et la vallée, ses chaumières, ses bouquets de bois.

La lutte contre -le cheval contraignit Omer à quitter ses rêves lugubres. Elle se prolongea. L'écume volait du mors. Les jurons et les conseils de l'oncle Edme ne remédiaient pas. La crinière flottait, s'éparpillait sur le garot. Ce fut un surcroît de peine et de fatigue.

Des cris derrière eux, se précipitèrent, qu'ils comprirent mal.

— Omer ! ne te retourne pas, objurgua le capitaine, ne te retourne pas... Pique la bête... Plus vite... Hardi...

Quelque chose dans l'air siffla comme une guêpe agacée, et le son s'évanouit, tandis que la détonation d'une carabine éveillait des échos. L'épouvante rétrécit le cœur d'Orner, et, dans ses veines, le sang tressaillit.

La route se courbait un peu plus loin. Dans un champ tout à l'heure caché par les broussailles bordant la voie, il discerna des gens qui couraient ; d'autres se dressaient autour d'un feu ; quelques-uns, en hâte, bridaient leurs chevaux. Quatre ou cinq éclairs jaillirent d'un groupe immobile... Le vol de guêpes agacées arriva, siffla, passa, devint un murmure qu'étouffait déjà le tonnerre des armes. — Admirable ! hein ! souffla le capitaine.. Nous ne nous sommes aperçus ni les uns, ni les autres ! Pique ta bête... Hardi... Oh ! les chevaux du pape, ça ne va pas loin... Peux-tu détacher le sac qui pend à ton arçon... Oui. Tire le bout de ficelle... ça va tomber... Ce sont des grains d'ambre. Le premier qui arrivera dessus croira que nous sommes des contrebandiers... qui perdons notre charge.

Sans doute en fut-il ainsi, car les bruits de la poursuite cessèrent avant que les chocs dans le cœur d'Orner se fussent amortis. Son évanouissement lui parut proche. Mille gouttes de feu ponctuaient la nuit, montaient, descendaient, à la manière des poissons dans un aq^uarium. Pendant l'heure suivante il songea principalement à régler sa respiration.

■ — • Eh bien, tu n'en es pas mort, plaisantait l'oncle... Hein : ils jettent leur poudre aux oiseaux ! Figure-toi : j'ai bien deviné le soldat dans l'ombre... Mais je me suis dit: n En avant... N'avertissons pas le conscrit! » Alors, l'homme aura pensé que des chevaux galopant à si franche allure ne pouvaient être que ceux d'honnêtes sbires en intimité avec la police et les gardes pontificaux. Ap-

PI1IJIP«JIII.IIJ,^.

A GENOUX ! DOMINICAIN DE LAUTRICHE 1 (^P. i;

parcmment. il attendait le retour de leurs cclaireurs qui doivent trotter à travers champs ; il n'aura pas voulu donner l'alarme avant d'être sûr... Ça arrive toujours iiinsi, quand la sentinelle est seule.

« Pour\-u que nous ne rencontrions point d'autres carabiniers à cette heure ! » se répétait Omer.

De temps à autre le capitaine sautait à terre, et collait l'oreille au sol. Il n'entendait rien. L'aube d'été se projeta derrière les monts de la Sabine, révéla des crêtes verdoyantes, le profil d'une noble ruine à la cime d'une pente abrupte... Un grand roc, gris et rose, se dressa par-dessus l'obscur. La roue du soleil rouge émergea tout au bout d'une haute vallée blanchâtre. Les oiseaux pépièrent dans les buissons... Omer aspira de la fraîcheur.

Voilà mon dernier matin ! Ah ! que je

jouisse encore de tes beautés. Nature !...

Au loin, le clocher d'une cathédrale s'éclaira, puis toute la toiture, le fronton d'un palais entre les verdures des bocages, un troupeau de maisons pressées, la ^ quadrature d'une tour massive, la courbe d'un rempart aux angles abrupts et aux bastions flanquant des rocs, une colline dorée à la base par le froment mûr, carrelée dans le haut par les cultures potagères. Un bois de cyprès escaladait la côte. On entendit les jurons d'un rustre pressant l'attelage.

Les chevaux allèrent au pas, pendant que les cavaliers fouettaient et brossaient la poussière de leurs habits. Il convenait de faire disparaître les traces de la course, pour l'œil du piéton soupçonneux. Dans un bosquet, on mit pied à terre, afin de bouchonner le poil des montures, à cette heure mornes et lasses, et qui burent au ruisseau. La manche retroussée, le capitaine les lava, puis graissa les sabots, cira le harnachement, et fourbit les mors. Omer se rafraîchit la figure à grande eau ; cela lui rendit du courage. Il avala le cognac de la gourde, mordit au pâté de pigeons. L'oncle dévorait, en riant, tranche sur tranche. En même temps qu'il mangeait, il se peignait devant le miroir de son nécessaire, petit étui plat en maroquin, où, dans les alvéoles, s'encastraient cinquante objets indispensables : ciseaux, plumes et poinçons, lancette de chirurgien, sparadrap, amadou, bobines de fil. instruments de vétérinaire pour nettoyer les sabots malades, glace, rasoirs, cire e't cachet ; le tout minuscule, mais d'aspect solide.

Pimpants, ils revinrent sur le chemin. La chaleur du cognac était bonne à la gorge. Omer s'espéra même capable de prouesses. Le capitaine bavardait à la façon des voyageurs que l'aspect du paysage enthousiasme. Il nommait les ruines des châteaux forts. Il rappelait les exploits romains qui rendirent illustres les collines.

Une voix l'interrompit d'un bonjour sonore et jovial, celle du banquier Lantéana qui

soulevait son feutre conique de paysan. Derrière lui soufflait un beau cheval à demi fourbu et noir de sueur, attelé à une carritelle qui contenait son ami Cesario. Tous deux avaient revêtu le gilet de peau, les culottes et les guêtres des fermiers romains, orné leurs poitrines de larges scapulaires, ainsi qu'il était de mode, pour les petites, gens en partie de campagne. Cesario simula le plaisir de recevoir des invités attendus.

— Ah ! les voilà ! les paresseux ! les retardataires !... Il est temps !... Croyez-vous qu'on prend le poisson du Sacco, des heures après le lever du soleil... Venez vite au bord... J'ai amorcé il y a deux grandes heures... Et voilà vos lignes prêtes... Remerciez-moi, tortues françaises!

Au bruit de cette déclamation, le murmure de Lantéana révélait que, pour lieu de réunion, on avait choisi décidément une sapinière longeant la rive, à une lieue de là, entre Ferentino et Frosinone, sur le chemin de l'escorte qui ramenait Giuseppe Gennarello. L'abbé Bruneschi, ce matin même, conduirait en cet endroit que sanctifiaient im calvaire et une madone miraculeuse, la procession de Frosinone, avec le Saint-Sacrement, pour demander la fin d'une épizootie qui désokiit ses pâtres. Il encombrerait ainsi le passage, et, dans les rangs de ses ouailles, plusieurs des carbonari se dissimuleraient aisément. Lorsqu'arriveraient le carosse du Dominicain instructeur et la charrette du prisonnier, on les approcherait sans peine. Les frères Conosséi, les deux avocats Taddeo et Peccini attendaient dans l'église de Frosinone avec les autres carbonari de la région, le moment de descendre dans la vallée. Il n'y avait plus qu'à monter à Ferentino, chez la veuve Veccei. De là son fils transporterait jusqu'au Calvaire, dans un char à foin, vingt tromblons et un barillet de poudre, dès que le capitaine Lyrisse lui aurait présenté la lettre de change de 639 livres. Déjà Cartoleone avait dû prévenir la veuve et son fils, puis rassembler quelques bouviers solides.

L'oncle Edme s'engagea presque aussitôt dans un sentier gravissant les contreforts, entre les plantations d'oliviers. Là-haut, les clochers de Forentino et son enceinte de blocs pélasgiques, se coloraient au soleil. Des fumées s'élevèrent sur les toits rougeâtres. Le cavalier diminua, disparut au creux du sentier.

Déplorant d'être seul, à la merci d'inconnus. Omer accepta de s'asseoir dans la caritelle. Son cheval suivait à bout de longe. L'acteur promettait à haute voix une pêche magnifique ; car il y avait là des chaumières entr'ouvertes, un vieux qui bâillait à la fenêtre, une femme qui chassait trois poules vers un hangar, un garçon qui martelait un fer de houe. Plus loin, les carbonari se racontèrent leurs courses de la nuit. Cesario avait dû montrer aux gardes pontificaux ses lignes ses hameçons, ses filets, et Lantéana son

passeport. Les Conosséi, pourchassés deux heures par six estafiers, les avaient égarés à travers bois, grâce à la célérité de leurs cavales tunisiennes. Seuls, les deux avocats et leurs berline étaient parvenus sans alerte à Frosinone. Selon l'acteur, un cordon de postes, en arrière, était établi autour de Velletri ; mais aucune patrouille ne vaguait au delà.

Enfin se dressa, sur la haute croix brute du calvaire, le Christ de bronze grossier. A ses pieds, la statue en plâtre de la Madone éclairait une minuscule guérite de planchettes. Pour ex-voto, deux contres de charrue, une petite robe d'enfant, plusieurs aiguillons de bouvier, des cailloux gardant des noms gravés au couteau, deux cornes de bœufs, une roue de chariot, étaient appendus au socle de chêne, qu'ornait un parterre de roses blanches.

Les chevaux entravés, la caritelle calée, Cesario plongea les lignes dans la petite rivière chantante. Soucieux, Omer déploya son album et commença une vague esquisse du paysage. Lantéana guettait. Une heure s'écoula de la sorte, avant qu'il annonçât une nuée de poussière, un peloton de carabiniers. Sur l'angoisse d'Omer, qui continua de barbouiller sa page, sur l'agitation de Cesario, qui emmêlait ses lignes au moment où mordait une truite, sur le calme de Lantéana, qui sifflotait un air d'église en taillant une branchette, les quatre soldats jetèrent des regards curieux, mais sans ralentir le grand trot de leurs bêtes écumeuses. Ils ne remarquèrent rien d'insolite. Ils étaient déjà loin, avant que Lantéana eut fini de s'écrier:

— • Quels beaux hommes... Regardez donc! Mais regardez donc ! Vive la cavalerie de notre Saint-Père, par ma foi !

Peut-être ces gens formaient-ils l'avantgarde du justicier, du captif et de son escorte. Lantéana courut jusqu'au milieu de la route et ne découvrit rien. Cependant, il tira secrètement deux carabines d'une gaine dissimulée sous l'essieu de la caritelle. Il se coucha pour renouveler les amorces, enfouit dans l'herbe sèche, près de Cesario, l'une des armes, et l'autre près de lui.

— S'ils surviennent trop tôt, il faut abattre les bêtes et déguerpir dans le bois. Pendant qu'on nous cherchera, nos amis pourront accourir...Cesario, tu viseras un cheval du carrosse, moi je me charge de celui qui tire la charrette du prisonnier. M. Héricourt gardera ses pistolets en réserve et protégera notre retraite, à l'abri du calvaire. Ils ne nous tueront pas. La prime est trop belle pour chaque carbonaro Uvré intact.

Sans feindre, le bel homme ricana. Chasseur, pêcheur et marin, aux temps de loisirs il aimait le risque physique, contre lequel il exposait ses larges pectoraux dessinés sous le linge, se.s jambes d'athlète, et une face de vainqueur aux jeux d'Olympie. Tel il était, courageux, amusé par le péril, en dépit de

ses habitudes luxueuses et casanières de comteur d'or, sur la place de Venise.

« Pourquoi suis-je seul à redouter fébrilement la mort ? » se demandait Omer, anxieux de voir l'oncle Edme les rejoindre.

Malgré la distance, celui-ci ne tarda point. Il devançait de peu quelques charbonniers véritables, aidés par des femmes pâles qui portaient de longs fagots. Ces brutes noiraudes et farouches, culottées de haillons et chaussées de peaux de biques, s'arrêtèrent au milieu de la sapinaie. Ils redressèrent le cône de chaume couvrant les bûchettes qu'un feu lent carbonisait. Depuis des siècles ils nourrissaient leur haine des Dominicains, les considérant comme suppôts de l'Autriche, des hérétiques et du parti gibelin. Il avait suffi que Pietro \'eccei leur proposât de jouer un ^-ilain tour à un religieux de cet ordre maudit pour les amener là, munis de leurs hachettes et de leurs tisonniers pointus. Ils avaient des torchons de couleur autour du crâne, et des barbes jusqu'à leurs yeux d'Asie. Des filles décharnées préparèrent la soupe dans une marmite. Entre elles, une jeune mère allaitait son bambino. Sa pâle figure de madone, impeccablement régulière, était ombrée de cils très longs, et fleurie d'une bouche rouge. Insensible, morne, elle s'accroupit devant les roses blanches et la Sainte Vierge.

Pietro Veccei précédait le char à foin qui contenait les espingoles et les tromblons. Obèse dans une ceinture de cuira poches brodées, il fut déclamateur et téméraire. Sincèrement, il promit de tout culbuter. Aussitôt il mena ses bœufs non loin de la route, pour la barrer à la bonne minute, comme par inadvertance et maladresse de charretier. L"'ne dizaine de pavsans quadragénaires l'écoutaient avec dévotion. Derrière les arbres, ils chargeaient les armes, les appuyaient contre les troncs, les revêtaient de leurs sombres manteaux usés.

Rapidement, une trentaine de personnes s'assemblèrent. Les charbonniers feignirent d'attiser leur feu au bas de la hutte. Les filles jetaient du maïs dans l'eau de la marmite. Les paysans fauchaient l'herbe, l'enfourchaient et l'amassaient dans le char. Pietro \'eccei aiguisait une serpette. Cesario ferrait des perches et des tanches, sans trop de maladresse. Lantéana l'aidait en sifflant. L'oncle Edme lavait les naseaux des montures.

Omer dessinait un arbre, le calvaire, la madone et les ex-voto. Du temps s'écoula, pendant qu'il se résignait aux périls et à une migraine aveuglante.

On entendit les psaumes de la procession. Bientôt, entre deux champs de blé mûr, la bannière blanche et la cramoisie, la croix dorée, le baldaquin de velours bleu oscillèrent sur la foule serpentante qui balançait des rameaux verts. Les tabliers de couleurs chatoyaient contre les jambes des femmes. La blancheur des chemises vibrait sur les épau-

les des hommes, parmi l'atmosphère déjà torride. ^"crs l'azur, devant la montagne verte et bleuâtre, les mots latins montèrent, distincts. L'or du Saint-Sacrement reçut du soleil un rayon direct, et darda des éblouissements. Lent et psalmodiant, le cortège avançait. Les figures brunes commencèrent à différer les unes des autres. Les épingles des coiffures féminines brillaient. A la tête de la procession, un troupeau de moutons gris, enrubannés, déboucha sur la route dans une vague de poussière. Quelques petits pâtres les menaient, ainsi que deux chiens hirsutes. En bêlant, les brebis trottaient. Ce furent leurs museaux noirs et gris qui d'abord atteignirent le calvaire. Pietro leur barra le passage par des cris spéciaux et stridents. Aussitôt les petits pâtres aux gilets rouges appelèrent leurs chiens. Ils se jetèrent à genoux. Les charbonniers les imitèrent. Déj.à les paysans se prosternaient au milieu de la route que. sur l'autre flanc, bornait un talus rocailleux, abrupt et velu de rudes broussailles. Auprès d'eux, les gens de Frosinone se massèrent en chantant leur litanie. Travestis par leurs cagoules brunes de pénitents, mais le capuchon rabattu, les deux avocats, Peccini, Taddeo. soutenaient les brancards antérieurs du dais, tandis que les deux Conosséi étaient aux brancards postérieurs. Maigre, grisonnant, et de profil mihtaire, l'abbé Bruneschi balançait l'ostensoir. Parfois, il regardait obhquement le sud. La foule piétinait, priait, chantait, s'épongeait. Des voix de fillettes paisibles entonnèrent un chœur pieux..

— Elles ne savent rien! Si mon âme pouvait ne rien savoir ! souhaitait Omer.

Sa main continuait à feindi'e de dessiner. En vain, il chercha de l'émotion sur les figures des rustaudes, accablées par le faix lourd des chevelures.il remarqua des culottes éraillées dans les guêtres de toile poudreuses. La tête blanche de Carlo Cono.sséi se dressait fièrement par-dessus le capuchon de sa cagoule. Celle toute brune de Rafaël était sardonique et pensive. La tignasse de maître Taddeo tremblait à ses mouvements inquiets. Pcccini réprimait des moues d'impatience. Le porteur de la bannière cramoisie était un squelette triste dans un étui noir. L'adolescente qui levait l'étendard de la Vierge avait les yeux fripés. Certainement, ces files de pieuses gens ignoraient le but réel de la procession. Simples, ils offraient à la Madone, sur les avis du curé, les prémices de leur troupeau malade, afin qu'elle intercédât. La cérémonie rustique et touchante s'accomplissait.

Comme le diacre achevait de bénir la poussière des moutons gris bousculés par les chiens, un trot rude frappa la route. Parut le chapeau de paille d'un homme fouettant son âne à tour de bras. Le nez cassé du petit vieillard spirituel, Omer le reconnut vite. C'était le signai. A cette vue, Pietro Veccei piqua ses bœufs, jura, et fit sauter l'ornière

aux roues de son char à foin. Bru.squement un bœuf frappé au bon endroit s'écroula s\ir un peu de sang vermeil et meugla, près de la vache blonde, qui s'émouchait les flancs couverts de bouse. Le chariot obstruait entièrement le passage. Les i)aysans coururent aux arbres masquant les tromblons. Le prêtre se hâta do finir l'oraison. Les quatre brancardiers portèrent le dais au milieu de la route, vers le sud. Déjà tintinnabulaient vaguement les sonnailles d'un attelage. Alors les charbonniers empoignèrent leurs longs tisonniers pointus. Ils se postèrent devant la femme qui berçait le sommeil de l'enfant.

A la cime du foin, Pietro Veccei, les mains dans sa ceinture de cuir, défiait de sa barbe grise le cliquetis de fer que faisaient déjà les sabres heurtant les éperons des soldats. Ils arrivèrent, deux, montant des rosses au petit trot ; deux avec des plastrons bleus, des aiguillettes, les bonnets de police à longue pointe jaune, des figures bonasses et stupides que le Saint-Sacrement stupéfia. Ils maintinrent leurs bêtes sur place en levant la main. Jaune et noir, le carrosse, grand comme une maison, s'arrêta derrière de lourds chevaux rouans. Le cocher ôta son tricorne. A la portière se penchaient une tête glabre et boursouflée sur une pèlerine noire, une autre aigrefine et moustachue sur des épaulettes blanches. Le cantique s'élevait de la foule.

Cartoleone sautti de son âne et vint au capitaine Lyrisse :

— Ne vous mêlez de rien. Seulement, ne vous lai-ssez pas séparer de nous. J'ai passé devant le carrosse : le Dominicain garde sur les genoux un portefeuille de maroquin vert.. Ce doit être la chose... Mieux vaut le déshabiller totalement, parce qu'il peut avoir caché l'essentiel dans une poche intérieure... Les Conosséi ne veulent pas que vous donniez ni receviez un coup. A cheval, dès que vous tiendrez le portefeuille et le paquet de vêtements. Au galop pour la tour d'Asture'... GennarcUo est dans le carrosse. On l'interroge pendant la route. Sauvez seulement le papier... Le reste est notre affaire...

Ainsi balbutia très vite Cartoleone entre l'oncle et le neveu. Omer replia son album, se hissa en selle. Autant qvie lui permirent ses oreilles bourdonnantes, ses yeux troubles, son cœur ébranlé par de formidables chocs intérieurs, il écoutait, regardait les actes rapides de la tragédie.

— - A genoux ! Descendez de votre carrosse, Excellence... crièrent d'abord les charbonniers au moine.

— A genoux !...

— On ne salue pas, de sa voiture. Celui qui est mort pour nous sur la croix...

— • Il n'est pas monté au Calvaire dans un carrosse, lui. Notre Seigneur!

Le Dominicain s'étonnait, furieux.

— Une baïoque, pour l'amour de Dieu, Excellence ! pleurnicha la belle mère, en ten-

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dant sa main très sale par-dessus les langes du bambino qui grogna.

— Descendez, signore, pria Peccini poliment, son lorgnon d'or à la main., gens sont insupportables de dévotion.

■ — A genoux ! commanda, terrible, Pietro Veccei, du haut du foin... A genoux ! Dominicain de l'Autriche !

Les vingt soldats de l'escorte saluaient encore militairement l'ostensoir de l'abbé Bruneschi, tout immobile et sacré.

Dans la voiture, l'aigrefin aux épaulettes blanches conseillait sournoisement. Sans doute proposait-il d'obéir à l'irritation du peuple.

— A genoux !

— A genoux dans la poussière, devant le Sauveur du monde !... répétaient les dévots naïfs de la procession.

— A bas ton orgueil, moine du diable ! Autour d'une charrette vide, une dizaine

de soldats trottant rejoignirent. Ils aperçurent le Saint-Sacrement, réprimèrent l'élan de leurs chevaux, portèrent la main au bonnet de police, firent halte.

La foule ricanait, hurlait, chantait. Les moutons gagnèrent l'autre talus de la route.

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