‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 101 sur 140 · CIRE PRET · texte numérisé non relu

CIRE PRET

Les lignes de chemins de fer aidant à leur tour, on a pu transporter à beaucoup moins de frais toute la masse des produits agricoles résultant de cette extension prodigieuse de la culture, vers les ports d'exportation et les centres de consommation intérieure. De grands magasins de blé, des élévateurs du type américain, un système de warrants sont venus favoriser encore davantage cette évolution. Mais les procédés de culture ne s’en sont par euxmêmes que peu ressentis.

On ne songeait qu'a une chose, faire beaucoup, faire grand, mais avec le moins de frais possible. Lorsque le propriétäire avair « labourer pour un moment donné et à ensemencer durant la courte période des semailles du printemps des milliers d'hectares, il ne pouvait regarder de trop près à la qualité du travail ; Les labours se faisaient à la hâte, n'importe comment, le tout était de jeter la semence en terre pour s'en remettre ensuite à sa force de production naturelle, et surtout à la grâce de Dieu! Mais depuis que l’agriculteur n’a plus à sa disposition des terrains vierges comme autrefois, depuis qu'il ne peut plus leur donner des périodes de repos de quinze à vingt et vingt-cinq ans, depuis qu'il sème d'année en année blé sur blé, les rendements baissent, la qualité du grain sen ressent, les mécomptes, les mauvaises récoltes deviennent de plus en plus fréquents. En exigeant de la terre beaucoup plus que par le passé, de son côté il ne

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lui apporte rien, ni bonne culture, ni engrais, il ne lui accorde même plus la longue période de repos dont “elle jouissait autrefois.

: Si l'on peut considérer cette méthode comme un développement de l’agriculture, il ne va qu'au détriment de la richesse du sol, etla culture devient de

. fait encore moins rationnelle que jadis. Il est évident que-cet état de choses ne peut durer indéfiniment, . £t nous sommes heureux de pouvoir trouver, même dans cette partie de la Russie, des propriétaires éclairés, qui introduisent sur leurs champs des assolements réguliers, avec alternance de cultures, font

“fes ehsemencements de fourrage, tâchent de rele-

- ver les forces productives de la terre au moyen de

plantes améliorantes, appliquent des labours profonds, à l’aide d'instruments aratoires perfectionnés. Grâce à leur initiative, on peut s’attendre.à voir le vrai nrogrèes agricole s’accentuer de ‘plus en plus, surtout si les deux branches del'agriculture, l'élevage et la culture des champs, marchent de front, au milieu de conditions qui leur sont à elles deux également propices.

Le progrès agricole, joint aux procédés de culture les plus intensifs et rationnels, peut être considéré comme déjà atteint dans nos provinces du Sud- Ouest. Grâce surtout à l'importance que l’industrie sucrière a acquise depuis longtemps dans cette région, en continuant à progresser encore d'année en année, l'exploitation agricole se fait ici sur les

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bases de l’agronomie moderne et avec l'application de tous les perfectionnements que fa science et la pratique des pays les plus avancés de l'Europe ont su lui apporter. Nous trouvons dans ces provinces des assolements réguliers avec alternance des cultures, les instruments aratoires les plus puissants, sans en excepter les charrues à vapeur, l’amendement des terres au moyen du fumier de ferme et des engrais chimiques, la sélection des graines de betteraves et l’utilisation de tous les déchets de la fabrication du sucre, tout, en un mot, ce qui fait l’agriculture prospère. A ces caractères se joignent les conditions naturelles les plus enviables, une grande fertilité du sol, un climat tempéré, une quantité suflisante et une distribution des pluies parfaitement propice à la culture. On ne connaît ici ni les sécheresses funestes du Centre, du Midi et du Sud-Est de la Russie, ni les mauvaises récoltes dégénérant en calamités publiques ; les propriétaires peuvent compter sur des revenus sûrs et beaucoup plus élevés que dans toutes les autres parties de notre pays.

Les paysans, qui ne sont pas soumis ici au régime de la propriété communale des terres, savent les faire fructifier bien mieux qu'ailleurs ; on en con-

nait même qui font de la betterave surleurs champs

et la fournissent aux sucreries voisines. Celles-ci, à leur tour, leur prêtent des semences des espèces de betterave les plus riches en sucre, et ilstrouvent, tant

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dans ces usines mêmes que dans le travail des champs appartenant aux propriétaires particuliers, un gain toujours sûr et élevé, sans avoir besoin d’entreprendre de lointains voyages vers les steppes du Midi, pour y chercher du travail, comme sont obligés de le faire ceux de pays moins privilégiés et moins avancés.

Il est à noter que, si la propriété foncière des

paysans n’est.nullement plus étendue ici qu'ailleurs, ne dépassant pas en moyenne deux hectares par âme masculine, les troubles et les désordres agraires,

que nous avohs vusse dérouler avec tant d'impétuosité dans'les ÿouvernements du Centre et du Sud-Est, n'ont eu jusqu'ici presque aucune répercussion dans cette région. Le paysan y tient à sa terre, mais sait tout autant respecter les droits d'autrui, et tient au gain que lui apporte son travail sur les terres des particuliers. Maloré la propagañde acharnée que

. font ici comme ailleurs les socialistés et les anar-

chistes, les paysans ne senrblent pas y prêter une oreille attentive. Ils savent ce qu'ils ont et ce qu'ils risquent de perdre, et ne se laissent pas séduire par les belles promesses etles visées fallacieuses dont on veut les enjoliver. Espérons qu'il en sera de même dans l'avenir et que la raison, le bon sens du peuple sauront partout prendre le dessus sur toutes les billevesées.

Je dois encore mentionner le rôle actif des sociétés agricoles du Sud-Ouest, avec la société de KiefF en

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