‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 21 sur 140 · LT Q · texte numérisé non relu

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les plus éloignés. Comme dans la plus grande partie de li Russie on se tient strictement au système triennal, chaque paysan reçoit une parcelle de

, terrain dans chacun des trois champs de ce système.

J'ai dit précédemment que Îles paysans possédaient de 1 à 4 ou 3 hectares de terrain par âme, selon les localités ;, mais, avec ce principe de répartition égalitaire, la part de chacun, ou de chaque famille, se trouve en réalité répartie en un nombre quelquefois trés considérable de petites parcelles, — par une dans chacun des trois champs, dans les terres de qualité différente, dans Îles terrains proches et éloi-

gnés, etc. Le nombre de ces parcelles est parfois de trente à cinquante et. même davantage, ct leur largeur n'est souvent que de 2 à 3 mètres. Les.

villages, surtout dans les provinces du centre et du midi, étant pour la plupart très grands, et rarement disposés au centre des terres communales, certains champs sont distants du village de 15 à 20 kilomètres, ct au delà.

Le moyen de faire de la bonne culture, et surtout de la culture intensive, dans de telles conditions! Aussi, tant que ces conditions existent, le paysan cst obligé de se conformer strictemênt au système de culture adopté par le village entier, — il doit labourer, ensemencer, moissonner de concert avec tous ses co-villageois; il fui est impossible, par exemple, de transformer son champ, si petit qu’il

soit, ch prairie artificielle, car avant le labour et

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immédiatement après la moisson, les champs doi-

vent servir au pacage des troupeaux villageois; il.

lui est impossible d'entourer sa parcelle de terrain par des enclos, ou bien il doit les enlever a même moment que tous, etc.

Il est évident que si le partage des terres se faisait entre tous les membres de la commune une fois pour toutes dans ces conditions-là, — personne n'y gagnerait rien, et cette solution ne servirait qu'à éterniser un système d'exploitation absolument irrationnel et réfractaire à tout progrès. Pour remtédier à cet

ordre de choses, il faudrait donc opérer le partage

sur des bases toutes différentes et diviser les terres entre tous les ayants-droit de manière à ce que cha-

cun ait sa part en un lieu et non en un grand

nombre de parcelles, comme à présent. Mais il est tout aussi évident qu'un tel partage, — inévitable si l’on veut que l'agriculture progresse, — présente les plus grandes diflicultés pratiques. On pourrait certainement compenser la qualité inférieure de certains terrains par une plus grande éténdue des lots, mais comment remédier à l'éloignement de certains champs du village, de l'habitation du cultivateur? On ne peut raisonnablement lui donner sa part à 15 ou 20 kilomètres de sa maison. Il faudrait donc qu'il transporte son habitation sur le lot qui lui sera dévolu, qu'il y établisse une ferme, en abandonnant sa demeure au village

. maternel. Mais ceci demande une dépense conside-

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rable, pour laquelle Îles fonds nécessaires manquent généralement. — Chacun consentirait au partage, à condition de rester chez soi et d'obtenir son lot dans le voisinage, tandis que personne ne veut des champs éloignés, — et l'on préfère s'en tenir au senre de vie, au système existant, quitte à abandonner toute idée de progrès, tant dans le présent que dans l'avenir, et à se contenter de rendements quelquefois dérisoires et absolument inférieurs à ceux que l’on pourrait obtenir avec une meilleure répartition et qu'obtiennent en réalité les propriétaires fonciers, mème les plus petits cultivateurs, possédant leurs terres en un seul tenant, près de leurs fermes. +

Un autre motif s'oppose encore au partage rationnel des terres entre les villageois et à Ieur établissement sur leurs lots respectifs, — un motif beaucoup | plus grave et presqu'invincible pour eux, — c'est l'état physique de ces terres et notamment la difhiculté d'y avoir de l’eau, sans laquelle l'existence est certainement impossible. Ceci — Îe manque {l’eau — est encore un point caractéristique de nos conditions agricoles, un point tellement capital que j'aurai à y revenir dans une de mes études futures.

Il est vrai que cette difficulté ne se présente généralcment que dans les provinces du centre et du midi de la Russie, mais ce sontlà justement les contrces les plus fertiles et celles où l'agriculture a le plus d'importance.

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