‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 31 sur 140 · EX ; PT AMI · texte numérisé non relu

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En mettant sa terre en fermage, le proprictaire risque toujouts de voir sa propriété ruince, avec la perspective d'un procès en fin de compte, et le fermier a également plus d'intérêt à. prendre tout ce qu'il peut de terre et de bien, à en extraire tous les jus, comme on dit chez nous, qu’à l'améliorer et à l'exploiter en y mettant du sien, vu d'abord la durée trop courte du bail légal (maximum, douze ans) et l'impossibilité de rentrer dans ses fonds à Ja fin du bail. | C'est un tout autre système d'exploitation des terres qui prédomine partout où le’ propriétaire n'exploite pas lui-même. D'après ce système, toutes ou une partie des terres du bien sont distribuées en détail, par 1, 2, 3, hectares, aux paysans des alentours, qui désirent les.ijuer pour en faire l’ensemencement. L'’assolement iÿiennal dominant encore dans la plupart des biens; la distribution se fait dans les deux champs, — le champ d'hiver et le champ d'été, la jachère ne trouvant que rarement des Joueurs, et servant au pacage du bétail jusqu’au

moment du Jabour. Généralement les paysans,

loueurs des terrains, exécutent tous les travaux euxmêmes, ensemencent la terre avec leurs propres semences et, la moisson faite, emportent la récolte chez eux, où ils opèrent le battage et emmagasinent le grain et la paille. En louant la terre, en automne pour les blés d'hiver, et en hiver pour les cultures d'été, ils payent au propriétaire des arrhes, une

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62 Ba RUSSIE AGRICOLE

très petite somme d'avance, ct sont obligés de ver- . ser le reste avant d'emporter la récolte chez eux : s'ils ne payent point, la récolte reste au profit du propriétaire ; dans ce cas, leur travail, leurs semen-

ces ct tous leurs débours sont perdus pour eux. Quand le propriétaire loue lui-même ses terres aux paysans ses voisins, tenant à rester en bons rapports avec eux, il leur fait des concessions dans Bo les années de mauvaise récolte, et diminue le chiffre de leurs redevances, et cos À si la récolte “a absolument manqué, i { leur remet même entière- ment celles-ci. C'est ce qe nous avons dû faire cette année (1905), — absolumeñt désastreuse dans les gouvernements du centre de la Russie; par suite des froids accompagnés du manque de neige et suivis par une sécheresse épouvantable au printemps, les blés d'hiver ont péri presque complètement, et . les semailles d'été ont donné une récolte bien infe-

rieure à la moyenne.

Mais souvent les choses se passent tout autre- * ment. Les propriétaires ne voulant pas avoir affaire avec une masse de paysans loueurs, et ne désirant pas courir le risque de ne rien recevoir d'eux en cas de mauvaise récolte, louent leurs terres-en gros, quelquefois le bien en entier, à des sortes d’entrepreneurs, qui, n'ayant nullement en vue de les ,. exploiter eux-mêmes, les sous-louent par petites wi parcelles aux paysans. Dans ces cas-là, le contrat avec le propriétaire se fait généralement pour plu-

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‘fermier, car 1l n'exploite presque jamais pour son.

propre compte, et ne garde pour lui qu'une partie du domaine, — jardin, potager, prairies, étable, —- si

: étable il y a, ce qui n'est pas toujours le cas, car ce.

système d'exploitation permet de se passer entièrement de bétail, — distribue toute la terre arable entre Îles paysans, toujours pour une’ année. Ces

entrepreneurs trafiquants de terrains sont généralc-

ment les plus grands oppresseurs des paysans sousloueurs, auxquels ils ne font jamais orâce d'un sou, que la récolte soit médiocre ou même nulle. Il arrive souvent qu'ils abusent encore plus de leur situation, en demandantun rabais sur leur redevance au propriétaire, qui la leur accorde quelquefois, en

‘raison de Îa mauvaise récolte, mai$'ils n’en empo-

chent pas moins en plein l'arende annuelledes paysans. Non contents de s'emparer de la récolte, abandonnée

par les sous-loueurs sur les champs, ils poursuivent

ceux-ci devant les tribunaux et exigent d’euxle versement de la somme complète de l’arende, quitte à les ruiner entièrement, en vendant tout leur pauvre.

‘avoir, sauf ce que Îla loi défend de vendre pour

dettes, — l'isba du paysan, son cheval et les outils

de labour les plus indispensables.

Il est évident que ce système d'exploitation envenime au plus haut pointles rapports entre les paysans et Îes propriétaires qui y ont recours, — il est üne

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des causes des désordres agraires qui ont eulieu dans certaines localités. D'un autre côté, ce mode d’exploitation est absolument ruineux pour les ‘terres et contraire aux principes de la culture rationnelle, car les champs ne reçoivent jamais aucune fumure, tous les produits de la récolte, paille y compris, sont emportés du domaine, et riersne retourne à la terre. Mais 1l permet, en revanche, au propriétaire de n'engager aucun capital, de n'avoir ni bétail, ni chevaux ou bœufs de labour, ni outils agricoles — il n’a que la terre nue dont il trafique soit personnellement, soit par l'entremise du loueur en gros. Et il m'est pénible d'avouér que des millions et des millions d'hectares sont exploités d’après ce système d’arende forcée par la misère de la part des paysans, — et par une oppression sans merci de la prrt des trafiquants, profitant et abusant .de cette 1 isère. Tant que ce système durera, la paix ne se rét. blira point dans nos campagnes, les paysans considéreront toujours les propriétaires fonciers comme des accapareurs de terre, et les socialistes - anarchistes auront beau jeu à déblatérer contre les riches oppresseurs du pauvre peuple, — oppresseurs, il y en a en réalité, — et à propager leurs idées de l'expropriation terres d’entre les mains des propriétaires et de la nationalisation du sol.

Ce système comporte néanmoins plusieurs modifications, qui le rendent beaucoup plus excusable et moins funeste, surtout quand c’est le propriétaire

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