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reconquérir la place perdue et nous ne pouvons le faire qu'à nos propres dépens, en abaissant à un taux absolument onéreux le prix de vente de nos céréales. Ainsi, après la terrible disette de 1891- 1892, pendant laquelle les prix du seigle, notre principale denrée agricole, ont atteint le niveau absolument anormal de 130 à 150 cop. le poud (de 21 à 25 francs les 100 kilogrammes), ces prix sont tombés bientôt après et dans les mêmes localités à 30, 20 et même 17 cop. le poud (5 à 3,3 ct 2 fr. 8 les 100 kilogrammes). Les prix moyens du seigle dans ces contrées étant d'environ 50 cop. le poud (à peu, près 8 francs les 100 kilogrammes), dans le premier cas le prix était donc près du triple, et dans le second de la moitié ou même du tiers du prix normal, Si les agriculteurs, dans les contrées atteintes par la disette, n’ont guère pu profiter de la hausse des prix, par la simple raison qu'ils n'avaient rien à vendre, qu'ils étaient mème obligés d'acheter du grain pour Îeur propre entretien et celui de leur personnel, ainsi que pour l’ensemencement des champs, apres la baisse ils vendaient en pure perte, car les prix de vente étaient loin de couvrir les frais de production. Il est vrai que c'était l’époque de notre conflit douanier avec l'Allemagne, conflit qui amena la signature . d’un traité de commerce, dont les résultats furent si peu avantageux pour notre agriculture et qui est aujourd’hui suivi par un autre, encore plus onéreux pour elle, car l’Alle-
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Après ces événements si fâcheux, plusieurs années furent nécessaires pour réparer le mal qu'ils nous firent et revenir à des prix plus ou moins rémunérateurs, se rapprochant de la moyenne normale. Je dois ajouter que la récolte désastreuse de 1801 fut suivie par une récolte plus que médiocre en 1892 et .que les belles récoltes des années suivantes, coïncidant avec Îa baisse des prix sus-mentionnée,: ne profitèrent guère à nos producteurs, d'autant plus que, comme je l’ai déjà démontré plus haut, les prix de la main-d'œuvre atteignent pendant les années de bonne récolte des proportions inusitées ; les frais de production haussent à mesure que les prix de vente descendent, au point que le producteur doit se considérer heureux s’il parvient à couvrir ses débours. Dans ces conditions nos agriculteurs eurent à passer par de rudes épreuves, dont bon nombre de victimes ne purent jamais se relever.
Pour le bien-être général du pays, il faut avant tout songer à couvrir la consommation intérieure et ne livrer à l'exportation que le surplus net. Tel serait l'idéal, mais nous n’en sommes pas là, malheureusement. Notre consommation, ,surtout pour certaines céréales, comme le froment, par exemple, est inférieure à celle de bien des pays d'Europe, sans parler des Etats-Unis d'Amérique ; le paysan russe se contente de pain noir, pain de seigle, ct
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vend son froment, pour approvisionner l'étranger de pain blanc. Il économise sur la nourriture de son cheval, et livre son avoine au marché. Il ne donne à sa vache laitière souvent que de la paille, — car le foin lui manque généralement, — et ne peüt y ajouter ne fût-ce qu'un peu de farine, de son ou de tourteau. Nous exportons de grandes quantités de son et de tourteau en Allemagne, qui en nourrit son bétail, au détriment du nôtre, auquel elle ferme en même temps ses portes. Notre exportation est donc en grande partie forcée, — nous sommes trop pauvres pour pourvoir avant tout à nous-mêmes. Il est évident que cet ordre de choses n'est pas normal; il n'y a qu'un moyen pour y mettre fin, c'est d'augmenter la richesse intérieure du pays, de surélever la production, de faciliter les transports des denrées agricoles dans l'intérieur même, des contrées où elles abondent dans celles qui en manquent, d'augmenter les lignes de chemins de fer et surtout d'améliorer nos moyens de communications. Comme chacun ne peut être producteur du pain qu'il consomme, il est tout aussi impossible de lui en fournir à un prix qui ne dédommage pas le producteur, autrement il n'y aurait pas de production qui tienne. Et à mesure que la consommation intérieure augmentera, que le consommateur sera assez riche pour pouvoir couvrir par les prix d'achat les frais de production, notre agriculture sera établie sur des bases solides et indépendantes de l'étranger, elle ne