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dise sur des plateformes à ciel ouvert, souvent simplement par terre ; les sacs de blé restent durant de longues semaines exposés, à peine recouverts, à toutes les intempéries des saisons, — à la pluie, à la neige. Ainsi, une partie plus ou moins grande du blé de la récolte de 1904 était encore dans les gares d'expédition er 1905,ets'y rencontrait avec les produits de la récolte nouvelle. Il est vrai que nous nous trouvions durant l'automne de 905 dans des conditions exceptionnelles, car une &uantité énorme de wagons avait été réquisitionnée pour le transport des troupes et du matériel de guerre vers l'Extrême- Orient, mais le fait par lui-même ne présentait rien d’exclusif et se répète au moins tous les trois ou quatre ans ; rarement dans ces cas-là le transport des blés déposés aux gares en automne se termine avant le printemps suivant. |
Cet ordre de choses, absolument désastreux tant pour notre agriculture que pour le commerce, tient à beaucoup de motifs, que je ne ferai que signaler ici. La majeure partie de nos lignes de chemins de fer n’est qu'a une voie; le matériel roulant est insuflisant ; tous les produits agricoles ne sont expédiés que dans une direction, — vers les ports, les frontières et les grands centres de population, d’où généralement les wagons doivent ètre réexpédics vides ; le trajet, la plupart du temps, à de tres grandes distances des lieux de provenances aux lieux de destination, ne se fait que fort lentement,
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les trains de marchandises ne marchant qu'à une vitesse bien inférieure à celle adoptée dans les -pays étrangers, etc. Enfin, Ia majeure partie des propriétaires particuliers et tous les paysans, sans exception, se dépêchent de réaliser les produits de leurs récoltes, les mettent en vente immédiatement après la rentrée de la moisson ; les commerçants, de leur côté, sont tout aussi pressés d'amener la marchandise aux ports avant que ceux-ci ne soient pris par les glaces. Il est évident que, dans ces conditions.files transports sont très pénibles pour les chemins d': ‘er, mis dans l'impossibilité de suflire aux exigences des expéditeurs durant l’automne; la provision annuelle une fois transportée, ils n'ont souvent presque rien à transporter le reste de l’année et ne savent à quoi employer leur matériel, qui devrait être double, triple pour répondre aux exigences du transport durant quelques mois seulement. D'un autre côté, il faut dire que pendant les dernières années qui ont précédé la guerre, on s’est beaucoup plus occupé de la construction de lignes nouvelles que de l’amélioration des lignes existantes, de la pose des deuxièmes voies, de l'augmentation du matériel, etc.
On a cherché à remédier à cet ordre de choses si anti-économique par toutes sortes de mesures palliatives, qui n'ont que très peu réussi à atténuer le mal. On a construit de grands élévateurs, du type américain, dans les ports et près des gares princi-
‘pales d'expédition ; mais dans Îles années de bonne récolte ils sont tout de suite remplis et refusent de nouvelles admissions ; durant les années moyennes ou défectueuses, ils restent souvent vides. On a facilité le crédit sur la garantie des marchandises déposées dans des entrepôts particuliers aux alentours des gares, en introduisant le système des warrants. Le Ministère des finances, sous M. Witte, est allé plus loin encore et a autorisé la banque de l'Etat à faire des avances {ux agriculteurs sur garantie du blé déposé dans leurs greniers et même non battu, en meules, etc. On espérait de cette manière éviter aux producteurs la nécessité de la vente immédiate de leurs denrées et leur en faciliter la garde jusqu’au printemps et, l'été où les chemins de fer sont moins encombrés. Mais toutes ces mesures, certainement bien intentionnées, n'ont pas amené de grands résultats pratiques, et le mal restera le même jusqu'à ce ques.soit réälisée une réforme plus décisive dans l’organisation et le fonctionnement de nos voies ferrées.
Un autre mal, tout aussi grave, c'est l'état absolument défectueux et primitif de nos routes de terre, presqu'impraticables pendant les mois d’automne et de printemps. Les chaussées manquent généralement, les ponts ne sont pas toujours sûrs, les endroits marécageux sont difliciles à franchir avec des chariots plus ou moins lourds. Il est heu-, reux que le bon Dieu y pourvoie, en couvrant les
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rivières de glace, et {es chemins de neige pendant une bonne partie de lantiée, En nous ouvrant un chemin partout. Nos grands cours d'eau navigables sont relativement bien aménagés, et servent at transport de quantités énormes de grain, surtout Île Wolga : mais ils né nous desservent également ‘qu'une partie de j'année, six mois au plus, étant pris par les glaces le reste du temps. Néanmoins, Cest pour Îles contrées riveraines le moyen de transport le plus sûr et le plus avantageux que nous possédions.
, Les grandes variations, couvedt d'année €n année, des prix de vente des céréales, que j'ai CONS tatées plus haut, S6 répètent, malheureusement, our la plupart de nos produits agricoles et rendent très difficile pour l'agriculteur tout calcul fait à l'avance. Même sans mettre en ligne le compte des années exceptionnellement bonnes où mat vaises, qui font des extrêmes, nots pouvons cons” tater les écarts suivants entre le minima etlemaxima des diverses annees dans certaines régions ; en pre” nant pour point de comparaison ja moyenne des prix pour une période de vingt ans, de 1881 à 1900, que nous mettons ; 100, nous Voyons le prix du seigle dans Îles gouvernements ducentre de ja Russie tomber à 59,6 pour 100 du prix moyen, POUT remonter l’année suivante 1 108,8, puis retomber de nouveau à 80,7 ; pour fa région du Wolga les écarts sont encore plus considérables ; on en était à 49,1
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de la norme en 1896 et on arrivait à 125,5 en 1898, pour descendre à 72,7 en 1900, et ainsi desuite. Les prix du froment varient tout autant et mème davan-
. , tage ; ainsi pour les annc5s 1888-1900 nous trouvons
dans certaines régions u# minimum de 41 pour 100, et un maximun de 159; dans les souvernements de Samara, Orenbourg, Astrakhan,.qui font de Ja production du froment d'été pour ainsi dire leur ‘ spécialité, on a eu des extrêmes de 38 à 197 par rapport au prix moyen, pris pour 100. Dans d’autres régions, tantôt le froment d'hiver vaut le double par rapport au seigle, tantôt leurs prix sur les marchés locaux ne diffèrent qu'insensiblement et tout l'avantage est alors du côté du seigle, dont la culture est généralement moins risquée que celle du froment et dont les rendements sont souvent plus élevés. |
Ce que j'ai dit des céréales se rapporte également à la plupart de nos produits agricoles, et surtout dans les régions éloignées des lieux de débouché. On peut en dire autant des prix du bétail, de la viande, de la laine, etc. Sans entrer dans de plus amples détails, je ne citerai qu'un exemple tiré de ma pratique personnelle ; dans mon domaine de Woronège, je possède de longue date un troupeau de brebis mérinos de 2.500 têtes ; les prix de la laine, que je vends toujours en suint, variaient de 130 à 165fr.les 100 kilog., ce que je trouvais parfaitement avantageux ; mais voilà qu'ils tombèrent
d'une année à l’autre, d'abord à 115 fr., bientôt après à 95 fr., ce qui devenait absolument onéreux ; puis ils se relevèrent un peu, mais sans atteindre le niveau antérieur. Tous mes voisins, ancienséleveurs de mérinos comme moî, ont mené leurs moutons à l'abattoir ; moi, j'aitenu bon, quoiqu’en subissant des pertes, et en 1905, je vends ma laine, toujours en suint, à 200 fr. les 100 kilog., prix que je n'avais jamais encore obtenu ; maïs je n'ai aucune garantie que les prix ne diminuent de moitié, ou à peu près, dès l’année suivante, comme celas’est déjà vu. Toute prévision devient impossible dans de telles conditions : d’un côté nous dépendons plus qu'ailleurs des conditions climatériques ; d’un autre, des conditions du marché, tout aussi incertaines et variables, ce qui enlève à notre agriculture, surtout dans les gouvernements du Centre, du Midi et de l'Est tout caractère de stabilité. Tantôt les propriétaires subissent de grosses pertes, tantôt ils encaissent de gros bénéfices, des revenus inespérés. De l'avis de-nos agriculteurs routiniers, le plus sûr est de ne rien risquer, de réduire les dépenses au minimum, de ne semer que du seigle et de l’avoine, de ne chercher ni d'entreprendre rien de nouveau. Se ranger à leur avis serait désespérer de l'avenir, maison ne doit aller de l'avant qu'avec prudence et circonspection.
Je ne sais si des faits de ce genre se produisent tout autant à l'étranger, si l’agriculteur y est tout aussi peu sûr du lendemain que chez nous. Les
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conditions de vente, les moyens de transport y sont certainement meilleurs que chez nous. de crois qu'en général on y risque moins, que les chemins y sont plus battus, que lon n'y a plus à lutter avec tous les obstacles que nous avons encore à combattre. Toutes ces époques de crises que nous traversons sont déjà de l'histoire ancienne pour les peuples de l'Occident ct nous n’avons qu'à suivre leur exemple pour arriver tôt où tard où ils en sont. aujourd'hui. Mais nous devrons aussi y mettre du nôtre, car imiter n'est pas tout, il faut encore savoir s'adapter aux circonstances, si différentes et si variées dans les diverses contrées du globe, comme a su le faire l'Amérique, à laquelle la Russie ressemble sous beaucoup de rapports, tout en s'en distinguant
essentiellement sous d’autres.
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