‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 59 sur 140 · SERA · texte numérisé non relu

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.. Lithuanien s'établisse au centre de la Russie, il y ‘apportera son mode de culture, son genre de vie, ses habitudes et ses préférences pour tel ou tel mode d'exploitation; qu'un Grand-Ruüssien (Velikoross, habitant du centre de la Russie) s’en aille au fond de la Sibérie, il y établira le principe de la propriété communale, son système de culture triennale, sa sokha (charrue primitive à un cheval, instrument de © labour fort imparfait), il créera de grands villages, quitte à devoir cultiver des terres distantes de plusieurs kilomètres de son lieu d'habitation.

Il est évident qu'aucune loi ne peut obvier à cet ordre de choses et que des années et des années, des siècles peut-être, sont nécessaires pour que ces traits caractéristiques des différentes races s’amalgament et que leurs modes de culture ne se règlent plus d’après les traditions antiques, transmises de père en fils, mais selon les conditions du climat et du sol et les besoins du temps présent. L’instruction, la propagation d'idées nouvelles, l’exemple des

“pionniers dans l’art des cultures nouvelles et rationnelles doivent jouer ici un rôle des plus importants, mais il leur faut compter avec la routine, avec

l'ignorance et la défiance contre toute idée progres-

sive. Néanmoins, il ne faut pas désespérer n1 se

laisser décourager, car le progrès vient toujours,

quoique lentement, mais sûrement, à mesure que sa

nécessité se fait de plus en plus sentir et qu'il est

secondé par la rude loi de la nécessité, devant

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laquelle s'évanouissent peu à peu tous les obstacles, et 1] n’y à pas de routine qui tienne.

La partie septentrionale du pays est la région des terres de nature peu fertile, argileuses ou sablonneuses, humides et souvent marécageuses, couvertes de forêts, au climat rigoureux, hiver prolongé, été court, changement très rapide des saisons, avec abondance, souvent excessive, de pluies en été, de neigés en hiver. C’est une région fort propice à l'élevage des bestiaux, grâce aux prairies, riches en herbage, qui y abondent et à l'étendue relativement minime des terres arables, pour lesquelles, dans ces conditions, le fumier ne manque pas. Les variations de climat, d'année en année, ne sont que peu sensibles et les récoltes, par suite, quoique peu abondantes, y sont généralement assez stables; s'il y a des années mauvaises, elles sont le plus souvent le résultat d’une humidité excessive, de printemps tardifs et surtout d’automnes trop précoces, — Îles froids et les gelées survenant avant la maturité complète des grains ou la rentrée des récoltes, que les neiges recouvrent quelquefois au beau milieu des champs. En fait de culture, le seigle, lavoine et l'orge s'adaptent seuls à ces conditions, ainsi que la pomme de terre et surtout le lin, qui ne craint pas trop ni l'humidité ni le froid, produit une bonne filasse et constitue la culture la plus lucrative de cette région, mais demande des terres relativement riches, non épuisées, et réussit le mieux sur les

terres de forêts récemment défrichées. Aussi désigne-t-on quelquefois ces régions sous Je nom de régions linières ou de culture semi-forestière. Mais le lin n'y entre que rarement dans l’assolement régulier, il occupe une place à part sur les terrains nouvellement défrichés. Pour les autres cultures, l'assolement triennal est prédominant, avec application plus ou moins abondante de fumier. Au Nord de cette région, le lin disparaît et les cultures deviennent de plus en plus pauvres ; seules, l'orge à croissance hâtive et une variété de seigle d'été, ainsi qu'une espèce de raves où navets, peuvent encore réussir dans ces contrées, grâce à un été assez chaud, quoique court, et à leur période très brève de développement.

Les terres de forêts défrichées au moyen de l’écobuage, occupées par ces plantes ou par le lin, ne servent à la culture que pendant un nombre plus ou moins restreint d'années ; puis, elles sont abandonnées et la végétation forestière y reparait. Aprèstrente à quarante ans, ces terres peuvent de nouveau être défrichées, et ainsi de suite. Cette succession de périodes de culture et d'abandon constitue Île système auquel on donne le nom de culture semi-forestière. Il est à remarquer que les terres défrichées restent entre les mains de celui qui en a entrepris le défrichement, tant qu'il continue à les .cultiver ; mais après leur abandon il perd tous ses droits sur elles, et elles peuvent être plus tard reprises par

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