‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 67 sur 140 · PUR · texte numérisé non relu

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l'on obtient en faisant séjourner le lait frais pendant vingt-quatre heures dans un endroit chaud, — ct enfin la caséine de lait, nommée lworog. Tous ces produits, à l'exception du beurre, ne peuvent se conserver longtemps sans détériaration et ne sont consommés qu'à l'état frais. Pendant toute la durée des carèmes, très nombreux en Russie, et que le paysan orthodoxe observe strictement, y compris les deux jours maigres de chaque semaine, le mercredi et le vendredi, la consommation du lait étant ‘interdite, comme aliment gras, on en profite pour faire un approvisionnement de beurre, tant pour son propre usage que pour la vente.

Le paysan s'accoutumant très difficilement aux ‘aliments qu'il ne connaît pas, il est presque impossible de faire entrer le fromage, aussi encore généralement trop cher pour cela, dans la ration journalière de nos ouvriers, qui s’en tiennent obstinément -à leurs mets familiers, les stchi oule borscht, soupes aux choux, à la betterave ou aux tomates, selon les régions, la kacha ou gruau noir ou blanc (de sarrasin ou de millet) avec du beurre, mais de préférence avec du lard et de l'huile de tournesol ou dechanvre en temps de carème, etc. Dans ces conditions, onne peut compter sur le débit du fromage que dans Îles villes et parmi les classes plus aisées de nos populations campagnardes, ce qui doit, de longtemps encore, en limiter jusqu’à un certain point la pro-

duction, à moins de lui trouver un débouché sûr à

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l'étranger. Et si l’on peut affirmer que la fabrication du fromage a réalisé de grands progrès chez nous, c'est plutôt par rapport à sa qualité qu'à la quantité de sa production. Je dois ajouter encore, pour caractériser le mode de développement de l’industrie fromagère en Russie, que les propriétaires ne -s'en occupent que rarement eux-mêmes ; les fromageries sont plus généralement concédées à bail à des entrepreneurs fromagers (souvent suisses ou allemands), qui achètént le lait au propriétaire à tant la mesure ; quand, durant lasaison hivernale, il y en a trop peu pour faire du fromage, ils le convertissent en beurre etne reprennent la fabrication du fromage qu’à l'ouverture du printemps, pour la terminer en automne.

J'en arrive à la production du beurre, dontl'importance dans notre économie rurale est plus considérable que celle du fromage, et a aussi beaucoup plus d'extension. La fabrication du fromage ne se fait que dans certaines provinces du Nord, du Centre et du Nord-Ouest, tandis que le beurre est fabriqué partout, sauf dans les gouvernements méridionaux. Ici il faut encore distinguer la production du beurre pour la consommation locale, dans l’intérieur du pays, et pour l'exportation, cette dernière ayant pris un essor considérable et presque inattendu, surtout dans les gouvernements du Nord et de la Sibérie occidentale.

Par rapport à la consommation locale et à l'approvisionnement des grands centres de population,

il n'y a rien à dire de particulier ; elle se développe à mesure que s’accroit la population des villes, que s'ouvrent de nouvelles lignes de chemins de fer et que le transport du beurre est plus facile, grâce à la mise en circulation de wagons, et même de trains

tout entiers, spécialement adaptés pour maintenir le beurre pendant tout Île trajet à une température fixe. On n'emploie pas à cet effet des appareils frigorifiques proprement dits, mais on place à l’intérieur des wagons des provisions de glace que l'on renouvelle à mesure que la glace fond. En hiver, au contraire, on prend des mesures pour que le beurre ne puisse geler. C'est aussi grâce à ces perfectionnements dans les modes de transport, à côté des mesures prisés par le gouvernement pour activer et perfectionner la production du beurre et en faciliter l’exportation, que cette industrie a pu faire, en un court espace de temps, des progrès surprenants. Ce furent avant tout des industriels danois, suisses et allemands qui créèrent, principalement dans la Sibérie occidentale, des beurreries pour la fabrication du beurre d'Holstein, plus spécialement connu chez nous sous le nom de « beurre d'exportation », très estimé sur le marché de Londres, et fondèrent de grandes maisons de commerce avec des succursales dans diverses provinces de la Russie, tant au Nord, qu'au Nord-Est. Leur exemple fut bientôt suivi par un grand nombre d’industriels russes, qui empruntèrent leurs procédés.

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” Les instructeurs laitiers, disséminés dans les campagnes, ont enseigné aux paysans Îles manipu- ‘Jations nécessaires pour préserver le lait contre toute détérioration. Le lait est généralement apporté aux beurreries centrales, que l’on pourrait considérer comme de véritables fabriques de beurre, par les paysans des environs; la méthode la plus usitée de fabrication consiste dans les procédés suivants : pasteurisation du lait, refroidissement et passage à l'écrémeuse centrifuge, mise en fermentation des crèmes, barattage, malaxage avec 4 pour 100 de sel et mise en couleur. Le petit-lait est renüu à chacun des fournisseurs qui l'emploient pour lalimentation des cochons. | Malheureusement, un certain nombre de propriétaires de beurreries centrales ont voulu augmenter leurs bénéfices et se sont mis à exploiter leurs fournisseurs, soit en leur prenant le lait à des prix trop minimes, soit en les obligeant à accepter en payement, au lieu d'argent comptant, diverses denrées, souvent de mauvaise qualité et estimées trop haut. Alors l’idée primordiale de M. Wéréschtagine est revenue au jour, les paysans producteurs de lait se sont groupés et ont commencé à créer des beurreries sur des bases coopératives. Comme ils manquaient souvent des fonds nécessaires pour couvrir les frais d'installation, le Ministère de l’agriculture, de concert avec le Ministère des finances qui voyait d’un très bon œil le développement d'une

industrie devant livrer un nouveau produit à l'exportation, leur vint puissamment en aide, en ouvrant un crédit, à un-taux minime et remboursable peu à peu, à chaque nouvel établissement coopératif, fondé soit par: la commune, soit par une association de paysans plus ou moins nombreuse. En vue de la concurrence sérieuse que leur faisaient ces établissements, et craignant de voir.le terrain leur échapper complètement, les industriels particuliers furent obligés bientôt de renoncer à leurs pratiques déloyales, et maintenant ces deux systèmes mar-. -chent de front.

Ne voulant pas faire de ces études des relevés statistiques, j'ai évité jusqu'ici, autant que possible, de citer des chiffres; mais dans le cas actuel, je dois déroger à ce principe, car rien ne peut mieux que les chiffres confirmer mon assertion sur le développement rapide et progressif de la production du beurre en Russie, en tant qu’elle se manifeste par les chiffres de l'exportation de ce produit. Or, voici ce que ces chiffres nous apprennent. Jusqu'à la seconde moitié des années quatre-vingt-dix du siecle passe, l'exportation du beurre n'était qu'insignifiante et .n'accusait aucun progrès ; ainsi, l’exportation annuelle moyenne a été, durant la période quinquennale de 1889 à 1893, de 6 281 000 kilog. ; la moyenne de la période suivante ne l'a pas dépassée de beaucoup, 'et n'a été que de 6 769 000 kilog., mais l'exportation a, durant cette période à laquelle

se rapporte le commencement des mesures gouvernementales pour activer l'industrie du beurre en Russie, déjà montré un progrès réel; au lieu des 5 178 000 kilog. exportés en 1894, l'exportation a atteint 10 131 000 kilog. en 1808, c’est-à-dire elle a presque doublé en cinq ans. Néanmoins, nous n'en étions encore qu'au début; l'augmentation a été bien autrement forte les années suivantes. La moyenne annuelle pour la période quinquennale de 189 à 1903 accuse un chiffre approchant de 30 000 000 de kilog. — 28 260 000 kilog. ; — mais le résultat est encore bien plus frappant si l’on tient compte de la hausse de l'exportation par années. On constate alors les quantités suivantes:

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Ainsi, rien que dans le courant de cinq ans, notre exportation en beurre a plus que quadruplé, et s'est accrue huit fois, si on la compare à la moyenne de 1889-1893. En traduisant le chiffre de l'exportation de l’année 1903 en valeur, d’après l'estimation qu'en fait la douane, celle-ci représente une somme de 85 millions et demi de francs. Je n’ai point sous la main les chiffres correspondants pour l’année 1904; il se peut qu'ils aient baissé, maïs ceci ne tiendrait exclusivement qu'aux diflicultés que

l'exportation aurait subies par suite de la guerre ; la ligne sibérienne, d'où nous vient une grande quantité de beurre destinée à l'étranger, ayant été

..encombrée par le transport du matériel militaire, le transit de’toutes espèces de marchandises venant de Sibérie en souffrait inévitablement.

Je ne pousserai point mes citations plus loin, croyant ces données assez concluantes. J’ajouterai seulement que, de toute la quantité de beurre exportée par la Russie, les quatre cinquièmes s'en vont en Angleterre, soit directement, soit par l’entremise du Danemark; un peu plus du dixième nous est pris par l'Allemagne ; la part de la France est absolument insignifiante, presque nulle dans certaines années.

Les données sur la production totale du beurre en Russie et sur sa consommation dans l'intérieur du pays me manquent, mais 1l ressort de tout ce qui précède que les progrès de notre industrie laitière sont absolument marquants, vu surtout la période si courte à laquelle ils se rapportent. Ce n'est du reste qu'une partie de la Russie, le Nord, le Nord-Est, le Nord-Ouest et quelques gouvernements du Centre, qui peuvent les revendiquer. Ailleurs cette industrie n’est qu’à l'état rudimentaire ; elle est absolument nulle dans les gouvernements méridionaux. Ici c’est l'élevage du bétail de boucherie et du mouton qui domine, comme nous le verrons par la suite.

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Mauvaises récoltes de l’année 1905. — Les effets de ce déficit. — Variations dans les rendements. — Influence des circonstances météorologiques. — Pluies favorables et pluies néfastes. — Com-

Paraison entre les années 1904 et 1905.

De la pluie, de Ia pluie et encore de la pluie, — voilà ce dont l'automne 1905 nous gratifie ! Et notre pauvre millet qui est encore aux champs, sans qu'on puisse trouver moyen de le rentrer, et la pomme de terre qui risque de pourrir en terre ! Après la récolte déplorable de cette année, ce n'est que sur

le millet et la pomme de terre que nous comptions,

aujourd'hui cette dernière espérance nous échappe'. Pour les populations rurales de la contrée d'où j'écris ces lignes, — c'est la misère, c'est une détresse que l’on ne pourra soulager que par des mesures exceptionnelles, dont s'occupent le Gouvernement et Îles zemstwos, qui ont déjà fourni aux paysans le grain nécessaire pour les ensemencements d'automne et qui devront encore leur venir en aide

afin de leur assurer la subsistance durant les mois d'hiver.

1 Cette étude a été écrite à la mi-octobre 1905.

On s'occupe de faire des approvisionnements de grain dans les provinces de Ia Russie mieux favorisées par le sort, pour les mettre à la disposition des classes nécessiteuses à des prix réduits et à crédit: On organise des travaux publics pour donner un gain à ceux quine trouveront pas d’occupation, les travaux des champs une fois terminés ; — cette mesure a déjà été appliquée pendant les années désastreuses que nous avons subies antérieurement ct elle a donné des résultats bien plus favorables que la distribution gratuite du pain aux nécessiteux, comme l’a .prouvé l’année 1891, — encore bien plus néfaste que celle que nous traversons aujourd’hui. Le pain gratuit ne doit être “fourni qu'à ceux qui ne sont pas en état de Île gagner ; pour les autres, il faut leur donner la possibilité de travailler ; autrement, par l’aumône, on ne risque que d'arriver à la démoralisation, en habituant le peuple à ne plus compter sur ses propres forces, mais sur l'assistance de l'Etat. Aussi, c'est un système auquel, après l’année 1891, on ne reviendra plus, espérons-le. Mais ceci n'exclut nullement la nécessité, le devoir même de venir .en aide à la partie de la population incapable de travailler : aux vieux, aux infirmes, aux enfants, etc. C'est un vaste champ pour la bienfaisance publi- ‘que, à laquelle font appel les provinces où la détresse se fait le plus sentir. Et cet appel ne reste pas sans être entendu. On ouvre des souscriptions

pour amasser les fonds nécessaires dans Îe but de venir en aide à cette misère. On installe des réfec- toires gratuits pour donner la subsistance aux pauvres enfants et aux infirmes ; on organise des comités de bienfaisance, des patronats, etc.

Malheureusement, ce n’est pas seulement le pain qui manque aux hommes, mais encore la nourriture pour le bétail. La récolte de foin a été des plus chétives, à cause de la sécheresse dont nous avons souffert au printemps et en été, et puis, comme je l'ai démontré dans une de mes études précédentes, les paysans n'ont presque pas de prairies, les ‘ayant toutes converties en terre arable. Les céréales n’ont, pour la plupart, donné ni grain, nipaille, cette paille qui fait souvent la seule nourriture des bestiaux appartenant aux paysans, notamment dans les provinces où la misère est aujourd'hui la plus grande, — dans les gouvernements du Centre de la Russie. Aussi les paysans, et parfois les propriétaires particu- . lierstoutcomme eux, se voient-ils dans la nécessitéde vendre une grande partie de leur bétail, de leurs chevaux, — n'ayant pas la possibilité de les nourrir jusqu’au printemps. Et, qui plus est, ils les vendent à des prix dérisoires, — Îles vaches, pour ce que vaut la viande, — les chevaux, pour ce que vaut la peau... Nous nous ressentirons longtemps de cette année-là, tout comme nous sommes restés longtemps à nous souvenir de l’année 1891, dénommée chez nous l’année terrible, l’année de famine. De

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nombreuses années seront nécessaires pour réparer 1e mal que cette nouvelle période de détresse nous apportera, jointe encore aux malheurs de la guerre et aux troubles intérieurs qui lui ont succédé.

Néanmoins, en comparant l’année 1903 à l'année terrible de 1891, nous constatons une notable différence, — en faveur de la première, Dieu merci. Il faut noter en premier lieu que la région où la récolte a manqué est beaucoup moins vaste qu'en 1891, — elle ne comprend que quelques gouvernements -du Centre et certains districts de l'Estet de l'Ouest, tandis qu'alors elle s'était étendue sur une grande partie de l'Empire, —toute la région de la terre noire, jusqu'aux versants des monts Ourals, à l'Est, et presque jusqu'aux bords de la mer Noire, au Midi. Une autre différence bien notable consiste en ceci : en 1891, les céréales de toutes espèces, tant blés d’hiver que blés d'été, ont péri ‘sans exception et partout, dans la région éprouvée, tandis qu'aujourd'hui les résultats de la récolte sont beaucoup plus variés: on a pu voir des champs absolument nus, qui n’ont pas même rapporté la semence, à côté d’autres qui ont donné une récolte passable. En 1905, ce sont surtout les blés d'hiver qui ont manqué ; — tandis que les avoines, par exemple, ont été relativement meilleures ; — le millet aurait été bon, si les pluies qui nous ont inondés, durant tout l’automne, n'étaient survenues pour en empécher la récolte.

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La pomme de terre nous promet encore aujourd’hui un rendement plus que satisfaisant, si seulement nous parvenons à la rentrer sans trop d’avaries. Aussi, attendons-nous le retour du beau temps avec une impatience fébrile et sommes-nous pour ainsi dire attachés au baromètre ; — mais celui-ci tombe, tombe toujours, — si bas qu’il peut tomber, et s’il monte parfois, ce qui ravive nos espérances, ce n'est que pour redescendre encore davantage bientôt après. Néanmoins, nous ne perdons pas encore tout espoir, car il ne nous faudrait que quelques jours d'éclaircie pour rentrer ce qui est encore aux champs, — et comme par une dérision du sort, — le meilleur de ce que nous avons eu cette année. |

La grande variété des rendements sur des champs quelquefois limitrophes, — à partir de zéro, car il en a été où il n'y avait rien à moissonner, sauf des mauvaises herbes, que l’on a néanmoins coupées pour les donner en pâture aux bestiaux, — est un des traits caractéristiques de la récolte de cette année, et comme toujours ce sont les champs des paysans qui ont le plus souffert, quoiqu'à vrai dire les nôtres n'aient pas été parfoisbien meilleurs. Il n'y a pas de culture qui tienne contre les conditions physiques vis-à-vis desquelles nous nons sommes trouvés à partir de l'automne de l’année 1904 et jusqu'au jour actuel. Ces conditions sont très caractéristiques pour la région du Centre dela Russie, d’où j'écris

ces lignes, aussi ai-je l'intention de m'y arrêter plus spécialement. Cette année-ci, nous avons eu à lutter contre toute une série de calamités à la fois, et c’est ce qui l’a faite si exceptionnellement désastreuse ; mais généralement c'est tantôt un fléau, tantôt l'autre qui nous frappe sans que nous ayons trouvé des remèdes certains pour nous en préserver.

Voici, d'abord,comme démonstration, les résultats que j'ai obtenus cette année sur les terres de mon domaine du gouvernement de Rirazan, nommé la Grande-Aleschnia. Ce domaine n'étant entre mes mains que depuis trois ans, je ne puis certainement me flatter d'y avoir apporté toutes les améliorations possibles et nécessaires, mais néanmoins la culture n'y est pas trop mauvaise et ce n’est pas là qu'il faut chercher fa cause d’une récolte tout aussi pitoyable chez moi que chez mes voisins.

Sur lgs 100 hectares de seigle que j'avais semés, le tiers a péri dès l'automne, les jeunes pousses ayant été mangées par les larves de l’Agrolis secelum, un insecte qui fait chez nous souvent les plus grands ravages, mais je n'en avais jamais vu autant que l’année dernière. J’ai répété les semailles deux et, sur certains champs, jusqu’à trois fois, ce qui n’a servi à rien, car les larves n’y ont trouvé qu'une nouvelle provision à leur appétit vorace. Au début du printemps, ces terres étaient absolument noires, presque sans trace de seigle ; je me suis trouvé dans la nécessité de les remettre en labour et d'y semer

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du millet, qui du reste a péri à son tour, les ensemencements ayant été forcément faits trop tard. Sur les deux tiers du champ de seigle qui me restaient, et qui ont eu à souffrir des intempéries d’un hiver rigoureux et presque sans neige, suivi d’une sécheresse épouvantable au printemps et durant la première moitié de l'été, juste au moment où la plante avait le plus besoin d'humidité pour son développement, je n’ai récolté que 8 hectolitres à l'hectare, d'un grain chétif, malingre et léger. En

rapportant le total de la récolte à toute la surface :

ensemencce de seigle, y compris les champs ayant donné zéro, le rendement moyen ne serait que de 5 hectol. et demi. L'avoine a donné davantage, à peu près 16 hectolitres.

Dans mon autre propriété, du gouvernement de Woronèec, où les conditions météorologiques ont été plus Ésyorables et où le seigle n’a pas eu à souffrir des insectes nuisibles, le rendement en a été de 15 hectolitres, ce qui est déjà fort beau pour cette année, mais = récolte de l'avoine n'a pas été supérieure à celle de ma terre de Riazan.

Le millet, que nous sommes parvenus à rentrer, dans le gouvernement de Woronège, avant les fortes pluies, a été fortement endommagé par un phénomeêne qui se répète malheureusement très souvent dans ces parages, et qui est connu en France sous le nom d'échaudage. | |

Les blés d'hiver à Riazan ont péri par suite des

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froids de l'hiver, c'est à peine s'ils nous ont rapporté la:semence.

La luzèrne ne nous a donné qu'une seule coupe, sans aucun regain. Avec le trèfle rouge j'ai eu une assez bonne récolte de graines, il parait que les

. fortes chaleurs y ont contribué, mais la partie her-

‘ bacée de la plante a été faible et chétive et comme

fourrage nous n'avons eu que très peu de chose ;

je crains beaucoup pour les semis de trèfle faits cette ‘année, car la graine n’a presque pas levé.

La pomme de terre et la betterave fourragère sont restées dans un état pitoyable pendant la première partie de l'été ; elles ont commencé à se déve- Jlopper lorsque la période de sécheresse a été passée, après les pluies survenues vers la mi-août, et ont

donné en somme une récolte passable, bien meilleure que l’on ne pouvait s'y attendre.

J'ai dit que tous ces déboires provenaient des

.‘conditions météorologiques exclusivement néfastes de cette année. Il est curieux de comparer sous ce rapport les deux années 1905 et 1904, celle-ci ayant été tout aussi exceptionnelle dans nos contrées, mais dans un sens contraire par la masse des pluies qu’elle nous a apportée à l'époque de la crois-

. sance des plantes, ce qui nous a valu une récolte bien au-dessus de la moyenne. Ayant installé des pluviomètres dans mes deux propriétés, distantes l'une de l’autre de près de 250 kilomètres, je dis- , pose de données exactes sur la quantité d'eau tom-

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bée durant les mois correspondants de ces deux années consécutives ; je les reproduis ici en bornant mes citations aux mois les plus importants pour la végétation, de mai à septembre.

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Gouvernement de Riazan (Grande Aleschnia)

1904. . . 1 Le 16 ei 19 | 68,5 L 65,0 14,9 1905. 14 16 8 1 6,6 114 | 43,3 L,49. 5 5 98,0 Gouvernement de Woronège

1904. .:. .| 14 |] 78,7 | 19 | 48,4 | 16 | 33,9 9 | 48,3 5 | 28 COLE 17,9 | 7 [18 - | 15 53,7 | 9/32 | 13 ei

De ces données l’on voit que Îles mois de septembre en 1904 et de mai en 1905 ont été particulièrement secs et défavorables à la végétation, surtout dans le gouvernement de Riazan ; ainsi en mai 1905 nous avons eu quatre fois moins de jours de pluie qu'en 1904, et la quantité de pluie tombée a été treize fois moindre! A Woronège Îles conditions étaient relativement meilleures, la diflérence entre le nombre des jours de pluie n’ayant été que de 1 à 1 et demi, et la quantité de pluie seulement quatre fois moindre. En comparant les mois de septembre

en 1904 et 1905, nous trouvons également une différence énorme tant pour les jours de pluie que pour la quantité d’eau, et il n’est pas étonnant que la récolte de 1905 s’en soit fortement ressentie, car ce sont précisément ces deux mois qui influent le plus sur la croissance du blé d'hiver et du seigle. S'il y a manque d'humidité*en septembre, les plantes ne tallent point; s’il en manque en mai, la récolte est compromise ou anéantie, et les pluies de juin ne peuvent plus la sauver, surtout si elles viennent trop tard, comme cela a précisément eu lieu en 1905; en outre, on peut voir d’après les chiffres précités que les pluies de juin ont eu cette année le caractère. d’averses, peu profitables à la végétation. LE

D'un aûtre côté ces chiffres confirment ce que j'ai dit plus haut au sujet des pluies qui nous inondent; il est tombé près de 100 millimètres rien qu'en septembre, contre 14,9 l'année précédente, et le mois d'octobre n’a fait qué suivre son exemple. Si à Woronège l’année 1905 a été, sous le rapport de l'humidité, de beaucoup inférieure à l’année précédente (63 jours de pluie et 237 mm., 3 en mai, juin, juillet, août et septembre 1904 contre 52 et 148,4 en 1905), les jours de pluie et la quantité d'eau tombée ont été répartis beaucoup plus régulièrement entre ces cinq mois, ce qui suflit pour expliquer la récolte, quoique maigre, mais supérieure à celle de Riazan, dans le gouvernement de

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Woronège. En éliminant ce mois de septembre, qui n'influe que sur la récolte de l'année. suivante, nous trouvons danssces deux localités, pour Îles mois de mai à août, les totaux de pluie suivants : à Riazan, 266 millimètres en 1904 et 144 mm., 4 en 1905 ; à Woronège, 209 mMm., 3 en 1904et121mm.,8 en 1905; dans les deux cas il y a donc un écart de plus de 40 pour 100 entre ces deux années. La première a produit une récolte hors ligne, la seconde a | été absolument désastreuse à Riazan, et médiocre à Woronège. Dans le premier cas, la saison a été tem- péfée; dans le second, la chaleur a été torride tant en été qu'au printemps.

Ceci confirme pleinement ce que j'ai déjà dit et répété au sujet de la grande influence des conditions climatériques sur les résultats de nos récoltes. Nulle part elle ne se manifeste avec plus d'évidence qu'en Russie, et nulle part je crois, les écarts entre ces conditions, ainsi qu'entre le rendement des récoltes, ne sont aussi forts, — mais pour les deux années consécutives dont il est question ici, 1ls ont peut-être atteint leur maximum.

Néanmoins les données sur la quantité d'eau tombée ne suffisent point à expliquer la cause de la détresse que nous subissons cette année, — il faut encore prendre en considération les époques de pluie et de sécheresse durant la période la plus importante pour la végétation. Sans cela, on aurait de la difficulté à comprendre comment il se fait qu'à

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Woronège, où il n'est tombé en mai et juin que 35 mm.,9 de pluie, la récolte ait été néanmoins, pour les céréales d’hiver, supérieure à celle de Riazan, où l’on a noté, pour cette même période, le double, 71 millimètres. La différence entre les nombres des jours de géiute — 12 à Riazan et 15 à Woroneège, — ne suflit pas à résoudre cette énigme, dont voici la clef : dans le gouvernement de Woronège les pluies ont été distribuées plus régulièrement, sans de trop grands"intervalles, tandis qu'à Riazan, ou plutôt à la Grande-Aleschnia où ces observations ont été faites, nous sommes restés des semaines et’ des semaines sans en voir la moindre goutte. Ainsi, en mai, nous n'avons eu de la pluie qu'au commencement du mois, après quoi est survenue une période de sécheresse et de grande chaleur, qui a duré plus de trois semaines. Au commencement de juin, de petites pluies sont venues raviver nos espérances, bientôt déçues, car elles ont été suivies d’une nouvelle période desécheresse, de trois semaines encore. Dans les derniers jours du mois, nous avons eu des pluies torrentielles, des averses accompagnées d'orages d’une violence inouïe (j'ai eu deux arbres fracassés par la foudre dans mon jardin, à quelques pas de la maison), et rien qu'en un seul jour Île pluviomètre a marqué plus de 30 millimètres. Malgré cettegrande masse d'eau tombée, la terre n’a pus'en imbiber, il s’est formé une croûte à la surface et une grande partie de cette eau s’est écoulée, on s'est éva-

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porée, sans profit pour la végétation. Ensuite, nou- : velle sécheresse, nouvelle chaleur, qui nous ont forcés même à retarder l'époque des semailles d'hiver. Généralement, on les commence ici très tôt, vers le 12 ou 15 août, ce qui donne le plus souvent #une grande garantie de succès dans nos parages ; mais la terre était tellement desséchée à ce moment, à que nous ne pouvions nous décider à faire Îes ensemencements comme de coutume.

Enfin, après une longue attente, qui nous mettait au désespoir, en nous inspirant les plus fortes ‘inquiétudes pour l'année à venir, la première bonne pluie est tombée dans la nuit du 18 au 19 août (nouveau style) ; immédiatement, tout le monde s’est mis à semer en tàchant de rattraper le temps perdu. La température a de suite rapidement baissé et l’été a virtuellement pris fin. C'est à partir de cette époque que commença la période de pluie dont j'ai parlé au commencement de cette étude et qui durait encore à la mi-octobre. En quarante jours, du 14 août au 30 septembre, il est tombé 147 mm., 5 d'eau, et si nous avons vu notre millet périr et la pomme de terre plus ou moins avariée, en revanche Îles semis d'automne sont de toute beauté et le tallage des jeunes plantes a été prodigieux. On en a même profité pour y mener le bétail, pratique assez souvent usitée chez nous afin de prévenir la détérioration des pousses trop épaisses sous la neige. Cette année-Ci, On y a eu recours encore dans un autre

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but, — celui d'économiser, autant que possible, la maigre portion de fourrage, qui nous est si nécessaire pour la nourriture du bétail durant les longs mois de l'hiver.

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