‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 83 sur 140 · DA · texte numérisé non relu

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rasin ou l’avoine. En revanche, après la période de ‘repos, la terre acquiert toutes ses propriétés primitives, elle reprend même sa structure granuleuse,. la couche superficielle redevient gazonnée, comme devant, et l’on recommence à la cultiver tout comme si l'on avait affaire à un sol absolument vierge.

Mais à mesure que la contrée se peuple, que la culture extensive, avec sa longue période d'abandon de la terre, ne correspond plus aux conditions économiques nouvelles, on se voit obligé d'abréger la période de repos. Lorsque l’on ne peut lui affecter que six ou huit années, ou même moins, cette période ne suffit plus pour remettre la terre en état, et les rendements même des premières années baissent, le blé dur ne réussit plus, etc. On a recours alors à un changement de système, et au lieu d'abandonner la terre à elle-même, conime antérieurement, on y sème, avec les céréales de la dernière année de culture, soit des graminées : la fléole, le dactyle, le brôme, etc., soit encore mieux des plantes Icgumineuses, telles que la luzerne, le sainfoin et même le trèfle, qui ne réussit du reste que rarement dans ces contrées, trop arides pour lui. A l’aide de ces plantes améliorantes, on obtient à peu près le même résultat qu'avec la jachère prolongée d'autrefois ; mais généralement, une fois que le cultivateur en est là, il apporte à son assolement des modifications plus importantes, en remplaçant le blé dur, qui ne réussit plus ds ces conditions, par du blé d'hiver

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- ou par des blés à grains amylacés (la ghirka); on exclut le lin trop épuisant, en le remplaçant par le

tournesol ou le colza, qui sont moins exiseants; on donne une place plus marquée aux légumineuses ; enfin, à une étape encore plus avancée de culture,

aux pommes de terre ou à la betterave, si l’on a un

débouché pour leurs produits.

Voici un assolement modifié d'après ces préceptes

-et que j'ai longtemps pratiqué dans ma terre de - Woronège :

1° année : blé d'été (ghirka), ou millet, ou lin; 2° année : jachère;

::3e année : blé d'hiver;

4° année : tournesol, colza, millet;

5° année : avoine, millet;

6° année : jachère;

7° année : seigle;

8° année : sarrasin, petits pois;

9° année : avoinc;

9° à 12° années : herbages : luzerne, sainfoin.

En faisant précéder le blé d'hiver par une jachère

avec fumure, et en le faisant suivre par de Îa ‘ pomme de terre ou de la betterave, en plaçant le

tournesol ou le colza entre le seigle et lavoine (8° année de l’assolement), on serait sûr d'obtenir des résultats bien meilleurs. Mais ce n’est plus de la culture extensive qu'il s'agirait ici, et pour une grande partie de notre région du tchernozème, on

en est encore loin, et l’on exige tout de la terre sans

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vouloir — ou sans pouvoir — rien fui donner. Et

ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est que souwent la terre ne nous refuse pas ses dons, et n’en est parcimonieuse que dans les années aux conditions climatériques néfastes.

ILest vrai que plus les plantes que nous cultivons ainsi sont exigeantes, plus les années de mauvaises récoltes se répètent souvent. Ainsi, d’après des données statistiques se rapportant à une période de cinquante ans, nous avons pu établir que les mauvaises récoltes de blé se répètent en moyenne tous les quatre ou cinq ans, les mauvaises récoltes

d'avoine tous les neuf ans, et celles de seigle tous

les onze ans, le seigle étant plus résistant aux influences pernicieuses des saisons que même l'avoine; d’un autre côté, l'expérience nous démontre que les rendements de l’avoine sont sujets à moins de variations que ceux de toutes nos autres céréales, ce qui explique la grande étendue de sa culture en Russie.

A côté du moyen le plus puissant que nous posscédions pour rehausser la fertilité de nos terres noires, moyen beaucoup plus efficace que la fumure, l'abandon de la terre pour une période aussi longue que l'état économique de la contrée nous permet de rester à la culture extensive, nous en avons d’autres encore, auxquels on a recours à mesure que l'agriculture progresse, et que le propriétaire a un meilleur outillage à sa disposition.

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Je dois mettre en première ligne le défoncement de la terre, les labours profonds. C'est certainement un moyen bien propre à relever nos rendements, mais il a ses mauvais côtés, qui le font éviter par certains.de nos agriculteurs, comme je l'ai indiqué plus haut. La structure granuleuse de la terre, qui est un des traits caractéristiques de notre tchernozèmçg à son état naturel, ne se conserve pas longtemps dans la couche arable, mais reste intacte dans les couches sous-jacentes, tant que celles-ci ne sont pas touchées par le soc de la charrue. Ici, c'est une terre vierge dont l’agriculture ordinaire ne profite généralement pas, ou ne profite qu’indirectement, par Îles racines des plantes qui peuvent y

. pénétrer, comme les luzernes et autres, ce dont nous avons déjà parlé, et encore à l’aide des solutions nutritives qui remontent du sous-sol à la surface par les tubes capillaires du sol; 1l est à remarquer que plus la terre est compacte, plusces tubes ont un diamètre moindre, plus l’eau peut monter haut, d'après les lois bien connues de la capillarité. Mais il arrive un moment où l’agriculteur se voit dans la nécessité d'appeler ces couches, plus riches en matières nutritives que la couche superficielle, et plus fertiles à cause du caractère intact de leur constitution, à jouer un rôle plus actif dans la production végétale. Avec les outils aratoires ordinaires de la plupart de .nos agriculteurs, la profondeur des labours varie de 15”à 18 centimètres au plus;

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avec la sokha des paysans, un des instruments ara-

toires Îles plus imparfaits qui existent à l’époque

actuelle, c'est à peine si cette profondeur atteint

.10 à 12 centimètres. C’est encore une des causes de

lFinfériorité des rendements des terres cultivées par les paysans, comparées à celles des propriétaires particuliers. Ce n'est donc qu'une couche de 10 à 18 centimètres d'épaisseur qui est généralement mise en exploitation et dont peuvent profiter les racines de nos graminées, tandis que l'épaisseur de la couche totale du tchernozème est souvent de 1 mètre et au delà. |

Il est évident qu’en appliquant des instruments

de labour perfectionnés, des charrues capables de

défoncer la terre à une profondeur beaucoup plus orande, on obtient par Îà deux résultats, aussi importants l’un que l’autre. On amène à la surface, on rend productive la terre des couches profondes, qui a conservé sa conformation originaire, sa structure granuleuse, si utile pour l'absorption de l'eau des DILLS et préservant contre la formation d’une croûte superficielle, ce qui donne à la terre ainsi travaillée une bièn plus grande résistance contre la sécheresse, en lui permettant d'emmagasiner plus abondamment l'eau des pluies et celle qui provient de la fonte des neiges au printemps. L'ameublissement de la terre à une.profondeur plus grande contribue en même temps à l’agrandissement des tubes capillaires, ce qui aflaiblit le mouvement ascen-

sionnel de l'eau des profondeurs à la surface, en ralentit l’'évaporation et en augmente les réserves dans les couches plus profondes.

On voit quel rôle important joue la capillarité du sol dans Îles terres d’un pays sujet à de grandes sécheresses et où l’eau est, pour ainsi dire, l’un des agents les plus puissants de la fécondité des terres. Ceci pour.le côté physique; mais on ne peut omettre le côté chimique, dont j'ai déjà parlé, l'apport à la couche arable, aux racines des plantes, d’une terre fraîche, non modifiée par la culture et ayant conservé sa composition et sa richesse primordiales. En opérant de la sorte sur sa terre, l'agriculteur lui refait, pour ainsi dire, sa virginité. Si, néanmoins, elle la perd de nouveau après quelques années de culture, l'avantage de ce système n'en est pas moins réel, et ceci est le second résultat non moins important de l'opération ; notamment, grâce au défoncement et à l’ameublissement du spl, nos plantes culturales, même celles dont les racines n’ont qu'une faible puissance de pénétration, trouvent un milieu plus propice à Jeur développement, la couche dont elles peuvent tirer les éléments nutritifs devenant beaucoup plus épaisse. Leur système radiculaire se développe plus amplement, ne se bornant plus à la couche superficielle du sol, mais s’en allant en profondeur, et la nutrition de la plante est par suite plus active, la végétation y gagne en vigueur et les rendements augmentent sensiblement. Certaines

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