IV
Laisser aux sujets toute liberté de taire des donations aux couvents — ce que beaucoup font par superstition, surtout dans % leurs testaments — et de déposer dans les monastères leur argent et leurs autres valeurs. Cela est permis, sans aucune des restrictions habituelles dans ceitainb pays chrétiens, et il en résulte que les monastères deviennent riches. Les empereurs ont leur but: ils roulent que toutes les richesses
du pays soient là réunies sous leur main^ pour le jour où il leur plaira de les prendre^ ce qu'ils font, et souyent, sans qu'il en soit bruit^ car les moines aiment mieux lâcher quelque chose d'une fortune qui s'accroît toujours, que de la perdre tout entière, et d'une seule lois; sous le dernier empereur^ ils ont eu cette crainte.
En effet, Ivan Yassiliévitch eut recours à une moyen étrange^ que peu de princes auraient osé employer, se fussei)t-ils trouvés réduits à l'extrémité. Il abdiqua en faveur du grand prince Siméon*), lils de l'empereur de Kazan, en donnant comme raison son désir de laisser les affaires publiques pour vivre tranquillement en simple particulier. Or, à la fin de Tannée, il dit à ce nouveau roi de se laii*e remettre toutes les chartes accordées aux évêchés et monastères, et qui leur profitaient depuis des siècles. Toutes furent biffées. Cela liait, Ivan reprit son sceptre, en homme mécontent d'une pareille conduite et du mauvais
*) Le ILban tartare Ssain fioulat| baptisé sous le nom de Siinéon« Son gouvernement dura do décembre 1575 à septembre 1576.
gouvernement du nouveau roi. H voulut^ par amour pour l'Eglise et les religieuse, qu'on renouvellat les chartee, qu'on les reçut de sa main. Seulement ^ il se réserva et il
annexa au domaine autant de terres d'église qu'il lui plût.
Outre ces terres, il extorqua ainsi aux évêchés et monastères une somme énorme:
de quelques uns^ 40,000, 50,000 et mênie 100,000 roubles. — Son but avait été d'abord d'enriehir son trésor, puis de dîmîneur la mauvaise opinion qu'on avait de son gouvernement, en montrant un autre enco^-e pire. Il faut noter iei son étrange audaee« Haï de ses sujets, et le sachant fort bien^ il osa cependant mettre en selle, à sa place, un homme qui pouvait partir avec son 'cheval^ pendant que lui^ il était à pied.
Envoyer des messagers dans les provinces qui produisent les marchandises propres à la, Kussie, telles que les fourrures, la cire, le miel etc. . . . Leur faire accaparer un, deux, ou quelquefois trois de ces produits, en en £xant le prix aussi bas qu'il lui plaît, et ensuite les vendre excès-
eivement cher aux marchands russes et étrangers. S'ils refusent d^aoheter^ Irar forcer la main.
Cette contrainte se pratique également . lorsqu'un produit indigène ou étranger , tel que du drap d'or, du drap large etc. . . .
ayant été accaparé par l'empereur et emmagasiné au trésor^ se détériore ou se gâte, pour avoir été gardé trop longtemps, ou par toute autre cause. On force les marchands, qu'ils le veuillent on non, à le prendre au prix de l'empereur. L'an dernier (1Ô89) on accapara toute la cire , du pays, de sorte que personne ne pouvait opérer sur cette marchandise, sauf l'empereur*
Prendre et accaparer des marchandises étrangères; telles que soiries, drap?, plomb, perles etc. • . importées par des marchands turcs, arméniens, boukhariens, polonais, anglais et autres* Puis, forcer les maftifaands russes à lès acheter au prix -de l'empereur.
Etablir un monopole pour les produits qui sont fournis à l'empereur à titre d'im-
pot ou* de droit de douane, tek que four*' roreS; grains , bois etc. . • et ensuite, en hausser le prix. Il est alors interdit à quiconque de vendre des produits similaires, jusiju à la fin de la vente impériale. Par ce moyen Tempereur jse fait, de ses grains et autres provisions de bouche, environ 200,000 roubles par an, et de ses bois, foins etc. . . . 300,000 roubles, ou à peu près.
Avoir dans chaque grande ville un Eabak (cabaret), où J'on vend de l'eau de vie (qu'on appellé le vin russe), de Thydromel, de la bière, etc. . « . La recette est considérable. LeS' Kahak rapportent chacun 800 roubles, ou 900, ou 1000, ou même 2000 et 3000 roubles. Outre que letabUssement de ces cabarets est un moyen indigne et deshonorant de grossir le trésor, il en résulte des vices fâcheux. Les malheureux ouvriers et artisans y dépensent souvent tout ce qui devrait revenir à leurs femmes et à leurs enfants. Quelques uns mettent sur table 20, 30, 40 roubles ou davantage,
en faisant yœu de boire jatqjslk ce qu'il ne leur reste plus rien. C'est, disent ils, en llionnenr de VHospodare (empereur).
On en voit qui ont bu jusqu'à leurs vêtements^ et qui restent tout nus. Lorsqu'ils sont . au cabaret^ personne ne peut leur dire d'en sortir, pour quelque cause que ce soit:
ce serait nuire aux recettes de Tempereur.
l^^aire déclarer par des boyars de la cour, qui ont des maisons à Moscou et auxquels on a confiance, qu'ils ont étë volée. Appeler alor^ les Zemskii (écbevins) de la ville, et leur donner ordre de trouver les voleurs.
Quand ils renoncent à mettre la main sur ceux-ci, condamner la ville, pour mauvaise administration, à une amende de 8000, 9000 ou 10,000 roubles par chaque tbis. Cela se pratique fort souvent.
Pour faire montre de leur pouvoir, souvent : les empereurs commettent des exactions avec une subtilité grossière, qui est ti:ès claire, et cependant fort étrange. En
tm éxemple^ donné par Ivan Yassilié- Titch. U envoya demander dans la Fénnie -ime certaine quantité de bois de eèdre^ sachant « bien que le pays n'en produit pas.
* Les habitants répondirent qu'ils n'avaient pu en trouver. Alors ils les condamna à payer 12,000 roubles, conmie ayant caché ces bois de propos délibéré. — Il demanda aussi à la ville de Moscou plein un Kcl* pak de mouches vivantes, pour préparer une médecine. On répondit que la chose était impossible, car, quand même on par* viendrait à prendre tant de mouches, comment les mesurer sans qu'elles s'envolent?
Moscou eut donc à payer une amende de 7000 roubles.
Il extorqua 30,000 roubles à ses nobles, avec une subtilité égale, parcequ'étant allé chasser le lièvre, la chasse avait manqué.
C'était eux, disait il, qui avaient détruit le gibier. Les nobles, comme c'est l'usage, firent payer cette somme à leurs moujtk.
On trouvera peutetre que c'est un procédé étrange, que de tondre ainsi jusqu'au vif de pauvres sujets, en plaisantant et en subtilisant: mais cela est en harmonie avec le caractère de ces empereurs,
Qt avec la miearahle servitude de ce pays malheureux.
C'est par ces mcyeus, et 4'autres sem- ^ blables, que les empereurs de Russie gréeaimeiit leur tràser.