CHAPITRE XV
L'armée, ses officiers^ leurs salaires.
Le» Boldate portent le nom à^mfantê^ boyars (sini ou diéU boiarskié) , parce qu^ils sont tous gentilshommes en vertu de leur profession. En effets tout soldat en Binssie est gentilhomme, et il n'y a de gentilshommes que les soldats. Leur profession est héréditaire 9 de sorte que le fils d'un gentilhomme,, soldat de naissance, reste militaire toujours et partout, et ne s'oceupe que des choses de la guerre. Dès qu'il est d'ùge à porter les armes, il vient se présenter au bureau du grand connétable (rasriad); on y inscrit son nom et on lui donne des terres pour vivre; ce sont d'ordinaire celles dont son père jouissait. Ces terres, destinées à l'entretien de l'armée, et dépendant du rasriad, sont en nombre
déterminé, et on n'y ajoute et on n'en re-
tranche rien. Seulement si le nombre des hommes soldés est suffisant et que toutes les terres soient déjà réparties, on ajourne ceux qui se présentent, et ils n'ont rien, à moins qu'on ne divise une terre entre deux. De là, de grands désordres dans le pays. Lorsqu'un soldat a plusieurs enfants^ dont un seul peut-être se trouve employé et nourri par Terapereur, les autres sont
* forcés pour vivre d'user de moyens iniques^ de nuire aux moujik et de les opprimer.
Voici la composition de Vannée perma* nente :
Les gardes de l'empereur (dvorianin) sont au nombre de 15,000 cavaliers avec leuys capitaines et les autres officiers. Us dont toujours prêts à marcher. Ils forment trois classes, dont cliacune a son rang et sa solde. Les premières sont les dvùfiœnin
• bolichoi (grands gentilshommes)^ qui reçoivent par an jusqu'à 80 à 100 roubles, et jamais moins de 70. Les seconds s'appellent moyens gerUilshommes (sérednii dvorianin); ils touchent 60 ou 60 roubles, et 40 au minimum. Le salaire des âdêti boi-
arskiéy qui composent la dernière classe^ flotte entre 12 et oO roubles ; quelques-uns en reçoivent 20 ou 2ô. La moitié de cette, solde est payée à Moscou, et l'autre moitié^ par le général, lorsqu'il y a guerre et:
qu^on les emploie. Alors ils ont solde entière , et la dépense totale monte par: an à 55,000 roubles*). Outre ce salaire, il^ ont tons des terres, plus on moins suivante leur rang. Le revenu qu'ils en tirent doit^' être de 20 roubles au moin&.
Outre cette troupe d^élite, qui sert de garde à, l'empereur lorsqu'il fait la guerre en personne, et qui ressemble aux prétoriens romaina, il existe un corps de 65,000 ca^vaiiers^ levés, équipés et entretenus par.
110 personnes clioisies par Tempereur entre ceux des nobles qui lui inspirent le plus^ de confiance. Le nom de ceux-ci est lusorît, et ils reçoivenl^ pour eux et pour leurs
Eireur de chifiEres. ôô,000 roubles jrépartis en*>
tre 15,000 hommes ne donneraient pour chacun qu'une moyenne de 3 roubles 66 kopek, tandis que, d'après Fletcher, ils rei^oÎTent de 12 à 100 ronbles. Proba-» blement le texte est corrompu.
soldats, une somme annuelle de 40j|000 roubles.. Qu'il y ait guerre ou non avec les lartares, ces 65yÛ0Û hommes vont chaque année à la frontière tartai^e, à moins qu'ils ne soient employés ailleurs.
Il peut sembler dangereux pour un état de mettre dans la main de la noblesse de si grandes forces, se rassemblant chaque année dans un lieu déterminé. Mais la chose est réglée de telle manière qu'il n'en résulte aucun péril pour Tempereur et pour l'État. 1® Ces nobles sont nombreux (110) et l'empereur les^ change aussi souvent qu'il lui semble bon. 2^ I^ayant que de faibles revenus personnels, ils dépendent de l'empereur. Us ne reçoivent leurs 40,000 roubles qu'au moment de la paye des soldats. 3^ Ils vivent, poui^ la plupart, à côté de Tempereur, étant membres soit du conseil privée soit du grand conseil.
4^ Us sont plutôt des payeurs que des capitaines, car ordinairement ils ne font pas campagne, à moins dun ordie spécial de Fempereur*
Ainsi le nombre total des cavaliers toujours disponibles et recevant une solde régulière est d'environ 80,000. Lorsque l'em-
pu*eur a besoin^ ce qui est rare^ il'en avoir davantage, il prend ce qu'il lui faut d'enfants - boyars eB disponibilité. Cela ne lui suffît il pas? Il donne ordre à ses nobles de lui amener tout équipé un certain nombre de leurs cultivateurs (kholop). Ceux-ci, quand ils ont fait leur service, déposent leurs armes y et retournent à leurs travaux serviles. .
L'infanterie permanente se compose de 12,000 tiraiUeurs (striéUtsi).''' ÔOOO d'entre eux restent à Moscou^ ou dans toute autre place où rempereur réside. 2000 tirailleurs de Vétrier (strémiannié striélitsi) sont attachés à sa personne^ et vivent à la cour ou dans sa maison. Les autres habitent les villes de garnison, jusqu'à ce qu'on ait besoin d'eux pour faire campagne. Ils reçoivent chacun sept roubles par an, et douze mesures de seigle et d'avoine.
♦) Troupe créée par Ivan III ; augmentée et rendue* pemanente par Iran IV, le Terrible, à roccasion da siège de Kasan.
Quant aux mercenaires étrangers, il y a maintenant 4300 Polonais; environ 4000 Toherii^ss'^) polonais, dont 3500 boni; dan&. les garnisons; environ lôO Allemands et Écossais ; un corps d'une centaine de Grees^ Turcs, Daaois et Suédois. On les emploie, surtout contre les Tartares et les libériens, de même qu'on oppose aux Polonais dea^ Suédois et aux Suédois des Tartares^ qu'on engage quelquefois^ mais seulement pour un tempB. On pense qu'il est d'une bonne politi^u^ de ne se sei'vir de ces merce- * niûres que sur la frontière la plus éloignée de leur pay^. *
Voici les noms et les rangs des principaux chefs de l'armée. D'abord, le grand gén4rql (voévoda bolichoi), qui est le lieutenant général de l'empereur. Il est pris communément dans Tune des quatre plus nobles faipille^, mais on choisit de préférence un homme de peu de capacité et de peu d'expérience dans la guerre. S'il n'a>.
*) Tcherkess: peuplade Kosak, Ils vivaient sur le Dniepr, et ils ont donné leur nom à la Tille de Toherkess.
d'autre mérite que sa noblesse ^ qui le fera aimer des soldats, il convient d'autant mieux, cm ici on veille avec soin à ce qu'un homme ne réussisse pas noblesse et pouvoir, surtout s'il a du mérite, ou de l'aptitude pour la politique.
Actuellement le grand général est d'ordinaire un de ces quatre kntaz: Féodor Ivanovitch Mstislavskoi , Ivan Mikhaïlovitch Glinskoi, Tcherkaskoi et Troubetskoi.
Ce sont gens de grande noblef^se, mais fort simples d'ailleurs, quoique Glinskoi soit, dit -on, un peu plus fort que les autres.
Pour suppléer à Tinsuffisance du grand général, on lui adjoint comme lieutenant général un voévoda moins noble, mais de valeur et d'expérience. Le grand général a l'autorité, et son lieutenant le commandement. Aujourd'hui le premier homme de guerre est un kniaz Dimitrii Ivanovitch Chvorostiiûn, vieux général expérimenté, qui a, dit-on, rendu de grands services contre les Tartares et les Polonais. Immédiatement au dessous du grand général et de son lieutenant, quatre hommes se partagent le commandement de l'armée. On peut leur donner le nom de maréchaux de camp.
Chacun d'eux a sous ses ordres un des qnarts de Tarmée^ qui sont: Taile droite (pravo polk); Paile gauche (liéyii polk); le corps détaché (rasuii polk), qui est chargé des expéditions soudaines ^ et au besoin de secourir ou de suppléer les autres corps; Farrière-garde (storojévoi polk). Chaque maréchal de camp a sous lui deux offîciers, qui doivent deux fois au moins la semaine passer la revue de leurs troupes et les exercer^ et qui sont juges de toutes fautes et de tous désordres advenus dans le camp.
Ces offîciersy au nombre de huit^ sont ordinairement pris parmi les* 110 nobles dont j'ai parlée qui reçoivent et distribuent la solde. Ils ont sous leurs ordres des golova^ qui commandent à 100, à 500 ou à 1000 hommes ; des cinquanteniers (piatidéciatnik) ; enhn^ des dizeniers (déciatnik).
• Outre le voêvoday ou général en chef, dont nous avons parlé, il y a deux voévoda.
Le premier est grand maître de l'artillerie, et il a sous lui divers officiers nécessaires pour ce service. Le second s'appelle golova voévoda i on lui donne mille cavaliers d'élite pour battre le pays et éclairer l'armée, et il est chargé de la tour mobile,
^oat nous parlerons plus loin. ~ Toub ces officiers et employés doivent chaque jour ▼oir le général en chef pour prendre ses •ordresi et l'informer de ce qu'il y aurait à
faire dans leur service. .
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