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CHAPITRE XVIll

ColonieB; conservation par la force des

territoires conquis ou achetés.

Dans ces derniers temps, les empereur»

rasées ont beaucoup étendu leurs Etats..

Leur première conquête après celle de la.

principauté de Moscou — nous avons dit.

qu'auparavant ils n'étaient que princes de Vladimir — fut celle de la ville et de la.

principauté de î^ovgorod, à l'ouest et au nord-ouest: grande augmentation de leurs, domaines I et qui leur donna la force d'acquérir le reste. Ce fut, vers 1480*, l'œuvre d'Ivan III, bisaïeul de Féodor, actuellement régnant. Ce prince commença, également à empiéter sur la lâthuanie et la Idvonie y mais les conquêtes de quelques^ parties de ces pays , qu'il ne fit que projeter et tenter, furent poursuivies et acoom-

*) Soumission de NoT|;orod en janvier 1478.

plies . Beulement par son fils Vassilii. Celui-

ai s'empara le premier de la ville et de la principauté de Pskov (1510), et en- 'Suite, vers 1514 de bmolensk et de son territoire et de beaucoup d'autres villes importantes, avec le pays qui en dépend. Ces victoires sur les Lettes ou Lithuaniens et leur grand prince Alexandre**), il les dut plutôt aux discordes civiles et à la trahison qu'à sa politique ou à ses forces. Toutes ses conquêtes furent perdues il y a huit ou dix ans par son &ls Ivan (IV) Vassiliévitch, lors du traité qu'il oonolut avec Étienne Battori, roi de Pclognef), à cause de ses. défaites et des inquiétudes que lui donnait l'état intérieur de son empire. Be ce coté, il ne reste

*) Prise de Smolensk, en 1515; trêve do 5 ans, à ooarir da 25 décembre 1522, qui laisse à la Russie

Smolenijk, et établit comme frontière le Dnieper, i'Ir Taka et la Méiia.

Alexandre était mort en août 150G, et il avait •eu pour successeur comme graud-duc de Litkuanie et TÔi de Pologne son frère Sigismond.

t) Traité de janvier 1582, par lequel Ivan le Terrible renonce à ses prétentions sur la Livonie, et cide Polotsk. »

pla9 aux Busses que «Smoleusk, Vitebsk^ TchernigOY, et en Lithuanie Eiélogorod. En Livonie^ ils n'ont plus une^ yiUe^ plus un pied de terre.

Lorsque Vassilii conquit pour la première fois ces contrées 9 il permit aux habitants de conserver leurs propriétés et d'habiter toutes leurs Tilles, leur imposant seulement un tiibut et les faisant gouverner par des capitaines russes. Mais bientôt leurs conspirations, leurs tentatives lui apprirent à prendre ses sûretés ayec eux, et lorsqu'il revint pour la seconde fois, il en tua, il en emmena les trois quarts, les donnant ou les vendant aux Tartares de son armée, et il les remplaça par des Kusses en assez grand nombre pour dominer le reste; il installa en outre de fortes garnisons. Mais après qu'il eut pris ces précautions, Tenlèvement des paysans, qui auraient cultivé la terre et qu'on pouvait facilement contenir, fiit cau«e que pendant plusieurs an* nées il fallut nourrir le peuple, surtout dans les grandes villes, avec des vivres envoyés de Russie, car la terre était restée en friche.

Même chose arriva au port de Narva,

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en Livonie^ où son fils Ivan Yassiliévitch

conçut le projet de bâtir en face et sur l'antre rive nne forteresse nommée Ivangorod""), pour dominer la ville et le paya de Narva. Il la fit construire et fortifier si bien qu'elle passa pour imprenable, et quand tout fot terminé^ pour récompenser rarchitecte — c'était un Polonais — il lui fit crever les yeux, afin qu'il ne put en faire une autre semblable. Mais ayant laissé tous les habitants dans le pays, sans diminuer leur nombre ou leur force, la ville et le château trahirent bientôt et se livrèrent au roi de Suède.

Au sud, les Kusses possèdent les royaume»

de Kazaa et d'Astrakhan ^ conquis sur ]e& Tartares par Ivan Yassiliévitch, père de l'empereur actuel, lun, il y a environ trentecinq ans, et Tautre, depuis trente-trois ans à peu près. Au nord, un territoire de 1000 milles environ, qui s'étend depuis la Vitchegda**) jusqu^au fleure Obi, a été dé-

*) Ivan^orod fat fondée en 1492 par Itsii 111 le

Grand.

**) La Kama, et non la Vitchegda. Fletcher reproduit ici son erreur du Chap. II,

taché de la Sibérie et ajouté à Tempire (1Ô81 1Ô84) , de sorte que Tempereiir peut mamteuant se donuer le titre de grand chef de la Sibérie.

LeB habitants de la Permie et du pays que baigne la Pet<4^ora sont d'une race et ont- une langue différente de celle des Kusses. lis opt été soumis récenmient^ et plutôt par menaces et en leur montrant le sabre que par la force. C'est une population faible et sans ressources , qui n'a- Yait aucun moyen de résistance.

Yoici comment Vempereur contient ses possessions actuelles. Dans ses .quatre places frontières principales, Pskov, Sinolensk^ Astrakhan et Sazan^ il établit des membres de son conseil^ non pas les plus nobles^ mais de ceux auxquels il a le plus de confiance, et pour que leur administration soit forte et bien appuyée, il leur accorde plus de pouvoir que n'en ont les autres princes dans les provinces qu'ils gouvernent. Il les change quelquefois tous les ans, quelquefois tous les deux ou trois ans, sans jamais dépasser ce dernier terme, excepté lorsqu'il a une confiance toute spéciale dans le ' service de l'un d'entre, eux, .

ou beaucoup de bieuveillance pour luL U craint trop qa'en les laissant trop longtemps, ils ne âaissent par s'entendre avec Tennemi, comme quelques-uns Tout fait, en profitant de lenr grand éloigaement

£n outre ^ les villes sont rendues fortes par des fossés, des citadelles, des magasins de munitions^ et elles ont chacnne des garnisons de deux ou trois mille kommes.

EUes sont pourvues de vivres pour deux ou trois anS| en cas de siège. Les quatre citadelles de Smolensk, de Pskov, de £azan et d'Astrakhan ont été mises en état de soutenir un siège en règle; aussi les regarde-t-on comm^ imprenables.

Quant au pays de la Fetohora et de Perm, et à cette partie de la bibèiie qu'il possède maintenant^ il les conserve aussi facilement qu'il les a acquis, en montrant sa force plutôt qu'en s'en servant D'abord, il a établi dans le pays autant de Russes qu'il y avait d'indigènes, et quelques pen tites garnisons, bien suffisantes pour maintenir l'ordre. Ensuite, ses officiers et magistrats sont Busses de naissance^ et il les change fort souvent, chaque année ou tous lep deux ou trois ans, quoiqu'il n'y ait

guère lien de craindre ationn monyement.

Puis, il divise le pays eu petits gouveme-

ments^ comme on brise un bâton en plumeurs morceaux, de sorte quë si le tout réuni n'avait que peu de force, chaque partie isolée nexL a plus du tout. Enfin, il prend soin que les habitants n'aient ni armes ni argent, en les taxant et les pillant à son bon plaisir, et ne leur laissant aucun moyen de secouer le joug ou de se relever.

En Sibérie, où Tempereur poursuit ses conquêtes, il a plusieurs forts et une garnison de 6000 Russes et Polonais, et à mesure qu'il gagne du terrain, il envoie du monde dans le pays pour le coloniser.

Actuellement il a obtenu que le frère du roi de Sibérie, attiré par certains capitaines russes, quittât son pays pour venir auprès de lui, où on lui promettait plus de plaisir et une vie plus douce qu'en Sibérie.

Ce prince est arrivé l'an dernier, et il est maintenant à Moscou, avec Tempereur, et bien traité.

Voici ce qu'on peut dire du mode de

gouvernement de l'empereur, dans les pays

héréditaires aussi bien que dans les terres

conquises.!

l. Il enlève aux habitants leurs armes et tout moyen de défense , n'-en laissant à

personne, sinon à ses boïars.

n. Il les dépouille constanunent de leur argent et de leurs produits^ de sorte qu'il ne leur reste plus pour un certain temps que leur corps et la vie.

m. Il taille le pays en petits morceaux et les divise entre plusieurs gouverneurs, dont aucun n'a assez de territoire pour pouvoir lui résister si l'occasion s'en présentait.

lY. Il choisit pour gouverner des hommes de petite réputation, qui ne sont rien par eux-mêmes, et étrangers au pays qu'ils régissent.

V. Il les change d'ordinaire chaque année, de peur qu'ils ne deviennent forts en acquérant la faveur populaire, et s'ils sont à la frontière, qu'ils ne se mettent d'intelligence avec l'ennemi.

VI. Il établit en face Tun de l'autre deux gouveiîieurs en chaque endroit tels que le prince et le diak, qui se contrôlent Tun l'autre; leur mutuelle envie, leur émulation

préviennent le danger d*un aocord entre eux^ et l'empereur est mieux informé de €6 qui peut se faire de mal.

VIII. Il envoie souvent dans les provinces des messagers inconnus^ hommes de confiance, qui écoutent et épient ce qui se fait et ce qui va mal Leur arrivée est chose ordinaire ; mais toujours soudaine et sans qu'on paisse en prévoir l'instant.

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