‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 20 sur 30 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

TarUtrea et «aixes Toieins des Basses.

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Les voisins auxquels les Russes ont le plus atiàirei soit en paix, soit en guerre, sont, eu premier lieu, les Tartares, puis les Polonais, qu'ils nomment Lekhea^\ d'après Tauteur de leur race ou le fondateur de leur nation^ qui ^'appelait Lâchés ou Léchés'^*), et du nom duquel, en y ajoutant pOj qui signifie peuple on a formé le mot Polache (Poliak), qui veut dire le peuple ou la race de Lâchés f) 9 qui siéent en latin Folani. Enfin, les Russes ont encore pour voisins les Suédois.

*) Liakhove: nom spécial des Polonais de la Vistule. Ceux de L'Ukraine ont été pendant longtemps distingués en russe par le nom de Foliane.

**) Origine de fantaisie.

f) Étyraologîe en Tair, empruntée par Fauteur à Martinus Cromerus*

Les Polonaie et les Suédois sont mieux connus dans nos contrées que les Tartares^

bien plus' éloignés de nous, car ils sont asiatiques et divisés en un grand nombre de tribus^ qui diffèrent entre elles de nom et de gouvernement Le plus grand et le plus puissant est celui du Tartare de Crimée (Chrim-Tartar), que plusieurs appellent le Grand Khan. H domine au sud et au sud-est de la Bussie, qu'il fatigue beaucoup par des invasions fréquentes, se renouvelant habituellement une fois par an, et quelquefois s'étendant fort loin dans Tintéheur du pays. En 1571, il est arrivé jusqu'à Moscou, avec une armée de 200,000 hommes, sans bataille, sans résistance aucune^ car l'empereur Ivan (le Terrible), à la tête de Tarmée qui devait le combattre, se trompa de chemin, avec intention , à ce qu'on pensa, car il soupçonnait sa noblesse et ses généraux de vouloir le livrer aux Tartares,

Moscou ne fut pas prise, mais ses faubourgs brûlés, et comme les bâtiments sont

tous en bois, sans pierres, sans briques et sans chaux, sauf dans quelques pièces extérieures, le feu devint si vif et se propa«*

gea avec tant de rage, qu'il «conBuina en quatre heures la plus grande partie de la ville, qui a trente milles ou plus de tour.

Ce fut un spectaele lamentable : la flamme puissante et monstrueuse d'une cité tout entière en feu, les habitants brûlant dans leurs maisons et dans les rues, une foulé immense se pressant pour fuir aux portes les plus éloignées de l'ennemi, ebaeun em-péchant les autres de passer, les hommes s'amoncelant aux portes et dans les rues ToisineSy marchant les uns sur les autres,, et ceux qui étaient au-dessus s'avançant au-dessus de deux couches d'hommes renversés; on dit qu'il périt ce jour-là, par le feu et dans la presse, 800,000 personnes au moins*). La khan de Crimée (Deulet Grhirey) ayant ainsi incendié la ville et repu ses yeux du spectacle de Moscou tout entier en flammes, s'en retourna avec son année, et envoya, dit-ou, à Tempereur un couteau pour se tuer, lui rappelant avec

Chiffre exagéré et hors de proportion avec la population de Koscou. Cependant, il faut remarquer qne des mUliers d'hommes s'étaient réfdg^és de bien loin dans la ville.

insolence ses pertes et sa position si dé^

sespérée, puisqu'il n'osait ni se mesurer avec rennemi ni se confier à ses amis^ à ses sujets.

La principale cause de querelles entre le khan et les Rosses est la possession par ceux-ci d'un territoire frontière que le Tarture réclame comme son bien. Il allègue qu'outre Astrakhan et Kazan, l'ancien do* maine des Tartares orientaux, il a droit, au nord et à Test de ses firontières actuelles^^ jusque sur le pays de Moscou et sur Moscou même; ce qui semble avoir été vrai, d'après le rapport des Busses eux-mêmes, qui parlent d'un certain hommage rendu autrefois chaque année par Tempereur de Russie au grand khan de Crimée; dans Tintérieur du château de Moscou, Tempereur, à pied, offrait dans son bonnet, comme dans une mangeoire, de l'avoine au cheval sur lequel le khan était monté. Cet hommage, disent -ils, fut rendu jusqu'au temps de Yassilii, grand -père de l'empereur régnant, qui, ayant surpris le khan au moyen d'un stratagème d'un de ses nobles, nomm^ Ivan Démétriévitch Beiski, se borna à lui imposer pour rançon le remplacement de

rhommage par un tribut de fourrure, tribut qui fat ensuite refusé par son fils (Ivan IV) *).

Maintenant ils continuent leur querelle, le Kusse défendant son pays et ses conquêtes, le Tartare faisant invasion cliez lui une ou deux fois par an, quelquefois vers la Pentecôte, plus souvent pendant la récolte. Lorsque le grand khan vient en personne, il amène avec lui une grande armée de 100 ou 200,000 hommes. Le reste du temps, les Tartares font, en moins grand nombi^e, de courtes et soudaines invasions, couiaat sur la frontière comme un vol d'oies sauvages, et envahissant ou se retirant suivant Toccasion.

Comme ils sont très-nombreux, leur coutume est de former plusieurs armées, d'attirer ainsi les Russes vers une ou deux de leurs places frontières, et de faire invasion sur un autre point resté sans défense. Leur

*) Ce fittt Ivan III, qnî en 1480 refusa le tribut", non pas à Mingli Ghirey, khan de Crimée, et son aUié, mais à Akbmat, khan de la grande borde, on horde dorée, auquel seul était dû Thommage dont parle îletcber. Après la destruction de la horde dorée, les Tartares de Grimée se portèrent béiitiera de ses droits.

manière de combattre et leur ordoniiaace ressemblent beaucoup à celles des BusseA, dont j'ai parlé, sauf qu'ils sont tous cavaliers et ne portent avec eux (juun arc, un paquet de flèches et un sabre recourbé à la turque. Ils sont excellents cavaliers et tirent aussi bien en arrière que par devant. Quelques-uns, outre leurs autres armes, ont un bâton de cavalier semblable à un épieu à sangliers. Le simple soldat n'a pas diantre armure qu'une peau de mouton noir, son vêtement habituel, porté le jour, la laine au dehors, et en dedans la nuit; mais les nobles ou Tnaurza imitent le costume et Tarmement des Turcs. Lorsque Tarmée doit passer une rivière, on attache ensemble trois ou quatre chevaux, et prenant de longues perches, on les fixe solidement à la queue des chevaux. Se plaçant alors sur les perches, ils guident leurs chevaux vers l'autre rive. Dans un combat corps à corps, ils passent pour valoir beaucoup mieux que les Russes, étant féroces par nature, endurcis, rendus plus sangfuinaires par la pratique continuelle de, la guerre et en ne connaissant ni les arts de la paix, ni la vie civile.

Cepeiidant, leur subtilité est trop grande pour sembler d'accord avec leur état de barbarie. Habitués à fajb:e des invasions continuelles et à piller les peuples voisins, ils sont très-féconds en stratagèmes et fort prompts à en inventer sur le coup de fort utiles. C'est ainsi que dans leur guerre contre £éla> quatrième roi de Hongrie^ ayaut envahi son pays avec 500,000 hommes et remporté une grande victoire, et trouvant parmi les morts le chancelier Hicolas Scliinick, qui avait sur lui le sceau particulier du roi^ ils imaginèrent à l'instant de contrefaire des lettres au nom du roi, et à l'adresse des cités et villes voisines du champ de bataille. Ces lettres défendaient aux habitants d abandonner en aucun cas leurs demeures 9 en emportant leurs biens meubles, et de laisser le pays en libre possession aux Tartares, ces vils et barbares' ennemis: c'est ainsi que les Tartares se qualifiaient eux-mêmes dans ces lettres.

Elles ajoutaient que quoique le roi eût perdu son bagage et quelques traînards qui marchaient sans ordre, il ne doutait nullement de pouvoir réparer ses pertes et même de remporter une grande victoire, si

ces Tartares sauvages osaient Tatttendre en rase campa^e. Ayant donc fait écrire ces lettres en caractère polonais par quelques jeunes prisonniers, et les ayant signées du sceau royal, ils les expédièrent dans toutes les parties de la Hongrie avoisinantes. Sur ce, les Hongrois, qui au biniit de la défaite du roi prenaient la fuite avec leurs biens, leurs femmes et leurs enfants, furent rassurés par ces fausses lettres et restèrent chez eux, et bientôt ils devinrent la proie des Tai tares, qui s'étant rassemblés en grand nombre sans qu'ils en fossent instruits, vinrent les surprendre tout soudain.

Lorqu'ils assiègent une ville ou un fort, ils parlementent beaucoup et envoient des messages très flatteurs pour engager à se rendre, promettant tout ce qu'on leur demandera; mais une fois en possession de la place, ils exercent toute sorte de cruautés. Ils agissent ainsi d'après leur règle, qu'il ne faut être juste qu'envers les siens» Ils n'attaquent pas sans calcul; ils tendent des embuscades, et après s'être montrés Qt avoir un instant combattu ^ ils s'y retiirent comme par crainte, et tàclient d'y attirer l'ennemi^ si cW chose possible; mais les

Busses 9 fort au courant de leurs finesses,

ne s'y laissent pas prendre. Lorsque les Tartares sont en maraude et en petit nombre ^ ils mettent à cheval des mannequins

(ie forme humaine, pour qu'on les croie plus en force.

Quand ils attaquent, ils font une décharge générale, en criant tous ensemble: Allah bûlah J Allah biUah J Dieu, sois notre aide ! Dieu, sois notre aide! Ils méprisent la mort, au point d'aimer mieux périr que de céder, et on voit les blessés qui ne peuvent plus frapper ou se défendre, mordre les armes de Tennemi. En cela apparaît la différence qu'il y a entre le Tartare, avec son courage de désespéré, et le Russe ou le Turc. Le Roldat russe, dès qu'il a commencé à reculer, met tout son espoir dans la rapidité de sa fuite, et dès que son ennemi l'a atteint, il ne se défend pas et ne demande point la vie sauve, comme s'il pensait quil lui faut périr. Le Turc, lorsqu'il n'a plus espoir d'échapper, a recours aux prières; il jette ses armes, tend ses deux mains, et semble les offrir aux liens, espérant sauver sa vie en s'offrant lui-même comme esclave.

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