‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 22 sur 30 · CHANTRE XX · texte numérisé non relu

CHANTRE XX

J?e£im6iis, Samoyèdes et Lapons.

Les Permiens et les Samoyèdes, qui habitent au nord et au nord-eBt de la Russie, passent aussi pour tirer leur origine des Tartares*). On s'en douterait à les voir, car ils ont de larges faces plates, comme tous les Tartares, sauf les Tcherkess. Les Permiens sont regardés comme une nation fort ancienne. Maintenant ils sont soumis aux Kusses. Ils vivent de leur chasse et du commerce de leurs fourrures, de même ^ que les Samoyèdes, qui habitent plus loin, du côté de Vocéan du Nord. Au dire des Kusses, le mot Samoyède signifie ceux qui se mangent entre eux, comme si autrefois

*) Les Fermieiib sont dès Finnois. Les Samoyèdes appartiennent à la race Khasova, et se nomment euxmêmes de €e dernier nom seulement^ qui signifie: les hommes.

ils avaient vécu en cannibales, ce q[ui est d'autant plus probable que maintenant ils mangent de la chair crue, et même celle des cliarogiies qui pourrissent dans un trou. Mais les Samoyèdes diront que leur nom vient de samii (le même) dans le sens ^vndigene^^^ comme il convient à un peuple qui est originaire du pays qu'il habite, et n'a pas changé de place, ainsi que l'ont fait la plupart des nations. Ils sont actuellement soumis à l'empereur de Hussie.

J'ai causé avec quelq^ues-uns d'entre eux et trouvé qu'ils reconnaissent un Dieu, mais qu'ils le représentent par les choses qui leur font le plus d'usage et sernce. Quant à l'histoire de la SLata Baba ou sorcière en or, idole représentant une vieille femuie, ^ que j'ai vue dans quelques cartes et descriptions de ces contrées, et qui, interrogée par un prêtre, rendrait des oracles et prédirait l'avenir, je reconnais que c'est une vraie fable. Seulement, il y a dans la province d'Obdorie, sur le bord de la mer

U est peu probable que les Samoyèdes reoher-

chent rétyiiiologie de leur nom, ou qu'ils la trouvent dans un adjectif russe.

et près de remboachure dn grand fleuve Obi, un rocher^ qui, lorsqu'on a un peu d'imagination, vous représente une vieille femme en guenilles, tenant un enfant dans ses bras, de même que ce roc du cap Nord, qui a Tapparence d'un moine. Les Samoyèdes de rObdorie vont souvent par' là, parce que la pêche y est avantageuse, et quelquefois, suivant leur coutume, ils y pratiquent la sorcellerie et y cherchent des présages sur Tissue bonne ou mauvaise qu'auront le voyage, la pêche, la chasse et autres choses de ce genre.

Hommes et femmes sont vêtus en peaa de phoque, le poil en dehors, habit descen- ' dant jusqu'au genou, culottes et chaussures.

Ils ont tous les cheveux noirs et pas de barbe. Aussi serait-il difficile de distinguer les femmes des hommes, si elles ne laissaient pendre sur chaque oreille une mèche de cheveux. Us vivent en sauvages, errant sans cesse d'une place à l'autre, sans qu'aucun d'eux ait en propre une maison ou une terre. Le chef de chaque troupe est le pajja ou prêtre.

Au nord de la Russie, et à côté de la Corélie, se trouve la Laponie, qui s'étend

BUT 346 verstes de longaeor environ , depuis rextreme nord, dans le voibinage du cap Nord, jusqu'à la pointe snd-est que les Kusses appellent Sviatoi Nos. De là à ILvùr delai^ka, par la route de Varzouga, qui traverse le pays dans sa largeur, il y a environ 90 milles. Une partie de la contrée ne contient que lacs et montagnes, qui vers la mer s^appellent TcndrOj parce qu'elles sont formées de rochers durs et escarpés.

L'intérieur du pays est au contraire bien fourni de bois, qui poussent sur les flancs des montag^nes que séparent des lacs. La nourriture des Lapons est fort simple; ils n'ont pas de pain, mais vivent uniquement de poisson et d'oiseaux. Ils sont à la fois les sujets de Temperenr de Russie et des rois de Suède et de Danemarck^ et ils paient à chacun d'eux un tribut • et des droits de douane, mais c'est l'empereur de Russie qui a le plus d'action sur eux, et il en tire plus que les deux autres. On pense qulls ont été nommés Lapons à cause de leur parole courte et brève. Les »

Eusses divisent les Lapons en «deux es* pèces : les Norinanskoi Lopari, ou Lapons norvégiens, parce qu'ils ont la religion des

Danois ; oar les Husses regardent les lil^orvégiens et les Danois conune un seul et même peuple; les autres Lapons^ qui n'ont aucune religion et vivent comme des brutes et en payens, sans reconnaître un Dieu, ils leB appellent Bikn Lopari (Lapons sauvages).

La nation tout entière vit dans une profonde ignorance, sans avoir un alphabet ou seule lettre. En fait de sortilèges et de sorcellerie, ils dépassent tous les peuples de la terre. Cependant ' le pouvoir qu'on leur a attribué devant moi de jeter des charmes sur les navires qui suivent leurs côtes, et celui de donner bon vent à leurs amis, vent contraire à ceux auxquels ils veulent nuire, en faisant certains nœuds à une corde, — ce qui rappelle l'outre d'Eole — tout cela n'est qu'une vraie fable, inventée par eux-mêmes y à ce qu'il semble, pour faire peur aux marins et les écarter de leurs côtes. Les Lapons ont pour armes Tare et l'arbalète, qu'ils manient dans la perfection, ajustant vite et tirant bien, parce qu'il leur faut pratiquer sans cesse, et viser les oiseaux sauvages. L'été, ils arrivent par grandes troupes au bord de

la mer, à Wardhuys, à Kola, à Kékouxv à la baie de Yaïda» pour pêcher la moroe^ le saumon et d'autres poissons q^u'ils ven<^ dent aux Russes, aux Danois^ aux lîorvégiens et y depuis quelque temps/ aux An* glais, qui apportent du drap et Téchangent avec les Lapons et les Coréliens contre, des poissons, de l'huile» des fourrares,.

dont ces gens ont aussi en assez bonne quantité* Le marché se tient à Kola, à la St-Herre, et ^lors le gouverneur de Wardhuys, qui commande au nom du roi de Danemarck, doit venir ou se ûûre repré* senter pour faire le prix de la morue Bêche, de l'huile de baleine, des fourrures et des autres marchandises. Lorsque la pêche est hnie, les Lapons tirent leurs bateaux à terre, et les mettent, la quille en l'air^ jusqu'au printemps prochain. lU voyagent çà et là sur leurs traîneaux:

attelés de rennes. Dans Tété, ils mettent leurs rennes dans les pâturages d'une Ue appelée Kilden, dont le sol est fort bon, si on le compare au reste du pays, et à l'ap- . proche de l'hiver, quand la neige conoonence à tomber, ils les ramènent chez eux pour s'en servir au traîneau.

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