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CHAPITRE XXI

L'JËgli.se russe: Hiérarchie ecclésiastique»

Le gouvernement de TÉglise russe est tout à fait organisé comme celui de TÉgUse grecque, car elle en fait partie et n'a jamais reconnu la juridiction de Rome, usurpée par les papes. Pour mettre plus de mesure dans la description de. ses cérémonies que les Russes n'en mettent en les pratiquant — car ils en ont une infinité — je noterai rapidement: 1^ la hiérarchie Gcclésiasti(iue^ la juridiction et les fonctions de chacun; 2^ la doctrine de TÉglise; 3^ la liturgie et la manière d'administrer les sacrements; 4^ ce qu'il y a d'étrange dans leurs cérémonies et de superstitieux dans leur dévotion.

Il y a autant de degrés^ les mêmes noms et la même hiérarchie dans le clergé russe <^ue dans les églises de TOccideiit. Au pre-

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mier rang^ un patriarche^ et en descendant^ les métropolitains, les archevêques, les ëvêqnes, les protopopes ou archiprétres , les popes ou prêtres, les diacres, les frères, les moines, les nonnes et les ermites.

Jusqu'à Tan dernier (1587), le chef de leur religion était le patriarche de Constantinuple, qu'ils appelaient patriarche de Scio, parce que le Turc Tayant chassé de la capitale de son empire, il se retira dans Pile de Scio, appelée quelquefois Chios, et y installa son siège patriarchal. Les empereurs et le clergé de Russie étaient habitués à lui envoyer chaque année des présents, à lui rendre leur hommage et à reconnaître son autorité spii:ituelle. Cette coutume est établie, à ce qu'il semble^ depuis leur conversion au christianisme, qui remonte je ne sais guère à quelle époque, car ils n'ont pas^ que je sache, d'histoire ou de monument des temps anciens, qui noua apprenne ce qui s'est fait dans le pays, en matière politique ou ecclésiastique. Seulement, j'ai entendu raconter en Russie qu'il y a 300 ans environ, il se fit un mariage entre l'empereur de Constantinople et la fille du roi de liussie, qui avait d'abord

refusé de donner sa fille à l'empereur, })ai ce que celui-ci était chrétien ^ ce qui est bien d'accord avec ce que je trouve dana ie 4me liyji^ (Je rhistoire de Laonicus Chalcocondylas, où il parle du mariage de l'empereur Jean avec la fille du roi de Sarmatie^. Ainsi, d'après eux-mêmes , alors ils n'étaient pas encore chrétiens; il leur est arrivé d*être en même temps convertis ou pervertis, car ils n'ont reçu la doctrine de rÉvangile que corrompue par les superstitions de l'Églibc grecque et par ses grossières erreurs en fait de doctrine et de discipline, comme on peut ie voir dans le 8"^^ et le 9™ livre de l'histoire de îïicéphore.

M^is quant à l'époque de la conversion des Kusses, je crois que ceux-ci se trompent; je trouve en e£fet dans l'histoire de Pologne, livre II, chapitre 3 **), que vers 990 le prince de Russie, Vladimir, épousa Anne, sœur de Basile et de Constantin^ empereurs

^) En 1414, mariage de Jean, fils «le Mannel II,

avec Anna, fiUe du Grand Prince Vassilii II, et petite-&Ile du célèbre Dimitril lY, Donskoi.

**) Martinus Cromenis : De origine et rébus gestis Polonorum libri XXX. lib. III. cap. 2.

de Constaiitinople , et qu'alors les Russes reçurent la foi du Christ. Toutefois^ si leur conversion remonte ainsi à une époque un peu plus ancienne qu'ils ne le disent, le résultat est le même sur un point: le degré de pureté et de vérité avec lequel la doctrine chrétienne fut présentée pour la première fois aux Russes. Dès ce temps^ en effets l'Église grecque était déjà infectée d'erreurs et de superstitions.

Lorsque j'étais à Moscou, en 1588, il y arriva le patriarche de Constantinople ou de Scio, nommé Jérémie, banni par le Tiirc^ disent les uns, et, suivant d'autres, déposé par sou clergé*). L'empereur, livré à une dévotion superstitieuse, le reçut parfaite-

*) Jérémie , déposé et banni à Ehodes par Âmn» rat puis rappelé avec le titre de hiérarque , et trouvant sa cathédrale transformée en mosquée, parcourut l'Europe pour recueillir des aumônes , afin de construire une uouveUe cathédrale. Ses deux compagnons, le métropolitain de Monembarie^ et Arsène^ cvêque d'Alessone, ont écrit chacun en grec moderne, la relation de son Toyage en Bussie. L'ouvrage d'Ar» sène a été traduit en français par le prince A. 6alitzin , Paris , 1857 , sous ce titre : Document relatif au patriarchat Moscovite.

ment. Avant de venir à Moscou, il avait yu le pape en Italie, à ce que disent plu* sieurs de ses compagnons.

Voici sur quels points il avait à traiter avec l!empereur: d'abord former une ligue entre lui et le roi d'Espagne , le prince le mieux en état de se joindre à lui contre le Turc. Déjà il y avait eu des ambassades entre la Russie et la Perse, et en outra les Géorgiens avaient envoyé proposer à l'empereur de Russie de se liguer avec lui pour envahir à la fois et de tous les côtés les terres des ïurcs. Ce traité fut appuyé par rainba^èadeur de Tempereur d'Allemagne, envoyé alors pour solliciter l'inva^^ sion des provinces polonaises voisines de la Russie et pour emprunter ù Tempereur Féodor de l'argent destiné à soutenir la guerre de Tarcliiduc Maximilien contre le roi de Pologne, fils du roi de Suède. L'affaire de la ligue entre le Russe et l'Espagnol était assez avancée lors de mon arrivée à Moscou, et déjà on avait choisi le futur ambassadeur en Espagne^ mais tout fut gâté par la victoire remportée Tan dernier par Sa Majesté la reine d'Angleterré sur

le roi d'Espagne*).^ De là vint que ,rempereur et son conseil firent alors mauvaise mine à Tambassadeur d'Angleterre; ils se trouvaient fort désappointés, cette alliance préparée entre enx et l'Espagne étant d'une si bonne politique.

Ensuite, Jéréinie voulait — et sa première proposition n'était que pour en arriver là — se venger du Turc et du cler^ grec, qui l'avaient privé de son siège, en amenant l'Eglise russe à se soumettre au pape. A ce propos, comme il venait de Rome, il semble qu'il ait été mis en avant par le pape, qui plusieurs fois avait fait la même tentative , mais toujours en vain, et entre autres, du temps du défont empereur Ivan (lY) Yassiliévitch, par l'entremise d'un certain Antoine**), son légat. Le pape devait penser que son but serait plus focilement atteint par la médiation et un traité du patriarclie lui-même.

*) Ddstruetion , par la tempête, de VimrindMe or-

mada de Philippe II, en août 1588.

**) Le jésuite Antonio Fossevino, denx foie légat

de Ghrégoire XIII auprès Ivan le Terrible, la dernière fois en 1581 et 1582. C'est l'autenr de l'ouvrage oéUbre, en latin : Masanda, Yilna, 1856.

Enfin y n^ayant pas réussi , le patriarche

se rabattit sur un troisième point , savoir, la résignation de sa dignité et la translation du pamarchat de Constantinople ou de Scio à Moscou, chose (jui fut si bien appréciée par l'empereur, pour sa haute importance religieuse et politique, qu'on ne voulut plus s'occuper d'aucune autre question et spécialement des traités avec les ambassadeurs étrangers, jusqu'à ce que ce fut affaire conclue.

Le patriarche fit valoir les raisons suivantes pour transférer le patriarcbat à Moscou: d'abord que son siège actuel est au pouvoir du Turc, cet ennemi de la foi, et qu'il est bun par conséquent qu'on le transporte en pays chrétien. Puis, que l'ÉgUse russe est maintenant la fille unioue de TEglise grecque, dont elle soutient la doctrine et la liturgie,' tandis que les autres Eglises grecques sont toutes soumises au Turc et ont perdu la pureté de la religion.

Sur quoi ce Grec rusé, pour mieux vendre sa marcliandise avariée, fit grand état de Thonneur que ce serait pour l'empereur et son, pays d'avoir le patriarchat dans sa capitale. Quant au droit d'opérer cette trans- U. ' 6

lation, et de se nommer un successeur^ Jérciiiie De le mettait pas en doute et se l'attribuait plein et entier.

Alors renipereur et son conseil, ainsi que les principaux du clergé, s'étant aseemblé»

* à Moscou, il fiit résolu que le métropolitain de iIo8Cou deviendrait le patriarche de loute rÉglise grecque, avec l'autorité et la juridiction appartenant jusque là au patriarche de Constantinople ou de Scio. Et pour plus d'ordre et de solemnité, le 2ôjanTÎer 1588, le patriarche grec, accompagné du clergé russe, après avoir circulé en procession par toute la ville, en donnant au peuple sa bénédiction avec deux doigta,, vint dans Tintérieur du château à la grande église de !Notre-Dame, où il fit une harangue, doiiiiu sa démission par écrit et déposa son bâton de patriarche, qui fiit immédiate^ ment reçu par le métiopolitain de J^oscou»

L'inauguration du nouveau patriarche occasionna diverses autres cérémonies.

La solennité du jour fut bien observée par le peuple de Moscou, qui avait reçu Tordre d'interrompre ses travaux et d'aa^ sis ter à la lùtc. L'empereur et l'impéra** trice rendirent honneur le jour même au

grand patriarche^ en lui envoyant de riches^ présente^ de Targenterie; du drap d'or, des fourrures etc., qu'on porta en grande pompe dans les rues de Mos.cou ; à son départ, il en reçut beaucoup d'autres de Tempéreur, de la noblesse et du clergé.

C'est ainsi que le patriarcliat de Constantinople ou de Scio, qui durait depuis le concile de Mcée (â2ô), est maintenant transféré à Moscou, ou du moins qu'on a fait croire aux Russes qu'ils ont un patriarche possédant les droits et l'autorité qu'avait l'autre. Le Grec subtil a tiré bon parti de leur superstition; que Vinstitution soit valable ou non, il ne s'en est pas 'moins allé en Pologne avec un riche butin.

Il n'est pas impossible qu'il y ait là le germe d'un schisme entre les deux Eglises grecque et russe, si les Russes maintiennent ce patriarchat pour lequel ils ont payé si cher, et si de leur côté les Grecs élisent un autre patriarche, ce qui est possible, soit que Jérémie ait été banni par le Turc soit que son clergé Tait déposé. Cela serait avantageux pour le pape, et pourrait réunir l'Eglise russe à Rome; peut-être est-ce le pape t^ui dans ce but a inventé

Diqiti^

ce stratagème; propre à faire n^tre un schisme dans TEgiise greci^uo; mais les ejnpereurs de Russie connaissent trop bien^ par l' exemple d'autres princes chrétiens^ quel dommage causerait à leur puissance et à leur pays une soumission au siège romain. Déjà, dans cette crainte, Ivan Yassiliévitch s^était enquis avec grand soin de rautorité des papes sur les princes chrétiens, et il avait envoyé quelqu'un à Borne, tout exprès pour observer Vordre et la politique de cette cour.

Le Grand - Turc avait chassé en môme temps que le patriarche Jerémie un arche* yêque de Laiisse, nommé Bémetrius^ qui maintenant est en Angleterre, et qui prétend comme Jérémie avoir été banni par le Turc pour s'être refusé à admettre le nouveau calendrier altéré par le pape. Mais lon va voir combien cela est peu probable.

D'abord , il n'existe pas tant d'affection et des relations si amicales entre le pape et le Turc, que celui-ci aille bannir un de ses sujets pour n'avoir pas obéi aux règlements du pape, surtout en une matière qui aurait chez lui quelque importance^ en ce qu'elle changerait les dates« Ensuite,,

le Turc ne se fait pas tant de scrupu'^ les pour régler les temps ^ et pour partir de l'époque exacte et précise de rincarnatien du Christ^ admise seulement pair lui dans la mesure que j^ai déjà notée, Enfin^ le patriarche est maintenant en Italie , à Kaples^ et on se doute bien qull ne fut pas allé se mettre là sous la main du pape et si près de son nez^ s'il avait été banni pour s'être opposé à un déeret du pape.

Le nouveau patriarchat de Moscou a autorité, non seulement sur toutes les églises de la iiussie et des autres états de Tempereiir, mais encore sur toutes celles qui dépendaient auparavant du siège de Con* stantinople ou de Scio: du moins , le patriarche russe se Timagine-t-il. Il a sous son administration directe la pro^ce de Moscou, et. d'autres lieux encore* C'est à Moseou qu'il siège.

Avant la création du patriarchat, il n'y avait qu'un métropolitain, qu'on appelait le métropolitain de Moscou. Maintenant, pour relever l'église et son patriarche, on a institue deux métropolitains, à la Grande lïovgorod et à Bostov. Leur fonction est de recevoir les ordres absolu^ du patriarche^

d'on remettre rexëcutîon aux archevêques,, et eû outre, d'administrer leur propre dio* cùse.

Il y a quatre archevêques: à Smolensk, à ivazau, à Pskov et à Vologda. Us reml>lisscnt les mômes fondiious que les métropolitains, sauf qu^ils ont une juridiction moyenne, étant suffragants des métropolitains, et supérieurs aux évoques. Après eux viennent les évêques, au nombre de six, de Kroutitskia, de iiiazan, de ïver et Torchok, de Collomenska, de Yladimît, de Susdal. Leurs diocèses sont fort va^^tes, car ils comprennent tout le reste du pays*

La juridiction ecclésiastique des métropolitains, archevêques et évêques s'étend en Russie à peu près aux mêmes matières que dans les autres états chrétiens. En effet, outre leur autorité sur le clergé, et le règlement des affaires pu^rement eccléâiastiquest ils connaissent de toute question de testament, de mariage, de divorce, de certaines injures, etc. Ils ont pour cela des officiers, appelés boiarin vladitcheshu la-iques du rang de prince ou de gentilhomme, qui tiennent leur tribunal et exercent leur juridiction. Ceux-ci, outre qu'ils

<»ppriment le peuple, régnent encore sur le <îbrgé, de méiue q}XG les princes et les diaks sur les pauvres gens de leurs pro^ ^•inœs. Uuant à l'archevêque ou à revenue, il lia luicuiio part aux jugements que rend son tribunal , et s'il veut intervenir dans une att'uire, il ne le peut qu'en gagnant -cet. officier ecclésiastique, car celui-ci ^tfa pas été nommé par lui, mais par Tempe*?

reur ou ton conseil, auquel seulement, il <ioit compte de sa conduite. Si Tevêque, sur sa demande , obtient . de choisir luimême ces oftiéiers de l'église, cela est regardé comme une faveur toute spéciale.

Pour dire vrai, le clergé russe, quant à ses terres et revenus, de mùme que pour son autorité et sa juridiction, est complètement duminé par l'empereur et son conseil, ,et il ne tient rien que de leui' bon plaisir. Les prélats ont encore des assis* tanl6, qu'on nomme conseillers privés; ce sont des prêtres du diocèse, qui résident, m nombre de vingt-quatre, dans chaque ville épibcopale. Ils donncnl leur avis sur toutes les questions spéciales qui les concernent.

' Les roules et revenus du clergé sont

assez considérables* Le patriarclie, outr^ certains droits, tire de ses terres envir#B âOOO roubles par an, les métropolitains et les archevêques 2500 environ, certains éyêques 1000, d'autres 800, d'autres ÔOO^ etc« . * • Quelques-uns ont en tout, à ee que

j'ai entendu dire, 10 ou 12,000 roubles par an: c'est le cas du métropolitain de Novgorod,

Leur costume de grande cérémonie, lorsqu'ils se montrent m pontifieoUbm ^ est une mitre, à la manière des papistes^ et ornée de perles, de pierres précieuses, une chape ordinairement en drap d'or et bro* dée de perles, et un bâton pastoral recou-^ vert en vermeil et se terminant par le haut en crosse de berger. Lorsqu'ils sortent, ou qu'ils sont en voyage, ils mettent un capuchon noir, qui prend par derrière et recouvre le front comme une vision, une robe ou manteau de damas noir avec des bandes de satin blanc de deux doigts de largeur; on porte alors devant eux leur erosse, et ils bénissent de deux doigts lesâdèles, avec une grâce merveilleuse.

C'est l'empereur lui-même qui seul a le droit d'élire les évéques et les autres

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prélats. Ils les prend dans les monastères, de sorte qu'il n'y a pas un évêque, archevêque ou métropolitain qui n'ait été moine ou frère. Aussi sont-ils tous célibataireSy comme ayant fait vœu de chasteté^ lorsqu'on a abattu leur chevelure. Quand l'empereur a élu un prélat, on l'installe dans l'église cathédrale de son diocèse,, avec beaucoup de cérémonies qui ressemblent k celles des papistes. — Il y a aussi de8 doyens et des arohidiaores.

Quant à prêcher la parole de Dieu, à enseigner ou à exhorter leurs ouailles, il»

n'en ont ni l'habitude ni le talent, car tout le clergé est profondément ignorant de la parole de Dieu et de toute autre science. Deux fois seulement chaque an* née, au premier septembre, qui chez eux est le jour de Tan, et à la Saint Jean Baptiste, les métropolitains, archevêques et évêques ont coutume de faire au peuple,, dans l'église cathédrale^ un discours à pea près dans ce sens: ^^Si quelqu'un est mal disposé envers son prochain^ qu^il abjure sa méchanceté^ Si quelqu'un nourrit une pensée de trahison ou de rébellion contre le Prince; qu'il s'abstienne de pareils actes*

Si quelqu'un n'a pa8 observé le jeune et le maigre, ou na pas rempli ses autres devoirs envers la Sainte Eglise, qu'il répare sa faute, etc/^ Tout cela chez eux est matière de ibrme, et s'énonce avec ni plus ni moins de mots que je ne viens d'en dire. Cependant la chose se fait avec grâce ci solennité, dans une chaire qu'on a installée exprès et pour ce seul discours^ <jomnie si on devait y traiter tout au long' de la théologie tout entière. *A Moscou^ l'empereur lui-même assiste à cette déclaration solennelle.

Dépourvus de toute espèce de savoir, ils veillent avec soin à ce que riustruction ne se répande pas, car ils craignent que letir ignorance et leur irreligion ne soient reconnues. Dans ce but, ils ont persuadé ' â rempereur que toute science nouvelle introduite dans Tempire donnerait naissance à des innovations, et serait un danger pour l'état; ce qui est vrai, car un homme intelligent et àctif, formé par Tétude et une éducation libérale, supporte difhcileuient un gouvernement tj'^rannique. Il y a quelques années, du temps d'Ivan (IV), il vint de Pologne à Moscuu une presse et des ca-

ractères; upe imprimerie fut installée^ au grand plaisir de l'empereur et à ses trais (1553). Mais la maison fut incendiée de nuit^ et la presse et les caraotères brûlés; on pense que ce fut à Tinstigution de clergé.

Les prêtres, qu*on appelle i^opj sont insitués par les évéques^ sans grand examen de leur mérite, et sans cérémonies, sauf que leurs cheveux sont coupés (et non rasés) au sommet de la tête, et que la place tondue, qui est au moins large Ciniiaie la main, est ointe d'huile par l'évêque.

Celui-ci, à Tordination, met au prêtre son surplis, et ensuite lui place sur la poitrine une croix blanche en soie ou en autre étoffe, qu'il doit porter huit jours seulement, et il lui donne pouvoir de parler et chanter à l'église, et d'administrer les sacrements.

Ils sont d'une ignorance crasse, ce qui n'est pas mei*veille, car les évéques, qui

les instituent, ne sont pas plus grands clercs, et ne savent rien, pas même l'écriture sainte, qu'ils se bornent à lire et à clianier aux ofHces. Leurs devoirs ordinaires sont de suivre la liturgie, d'admi' Btrer les sacrements à leur manière, de

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garder et de vêtir leurs idoles^ et de faire les autres cérémonies en usage dans les églises. Ils sont nombreux, car les* villea sont divisées en un grand nombre de petites paroisses, sans qu'on se préoccupe de^ réunir assez de maisons et d'habitants pour former une congrégation suffisante. C'est du reste ce qui arrive en tout pays ovl Von néglige les moyens d'accroitre la connaissance de la religion, qui ne peut se répandre, lorsque la répartition des habitants en paroisses inégales a rendu insuffisant et inégal le salaire quMl faudrait pour avoir des prêtres convenables.

La- loi permet au prêtre de se marier une fois; mais s'il devient veuf, il ne peut se remarier, sans perdre son caractère de prêtre et son bénéfice. On s'appuie en cela sur un passage de Saint Paul à Timothée, I, m, 2, en admettant à tort que l'apôtre parle de deux feromes sv^cessive-mentj tandis qu'il ne déiend que deux feni* mes à la fats* Si donc un prêtre se remarie, on ne l'appelle plus que ci-devant prêtre. Cela l'ait que les prêtres tiennent beaucoup à leurs femmes. Celles-ci sont honorées comme les matrones de la pa-

roisse, et elles jouissent de la meilleure réputation.

Quant au salaire du prêtre, il ne consiste pas dans la dîme des blés et des autres produits. Le prêtre dépend pour vivre de ses paroissiens, et il fait, comme il peut, un revenu, au moyen des oârandes, de la confession, des mariages, des enterrements, dms ohit et des prières

pour les morts et les vivants. En effet, outre la service public dans réglise, il est •d'usage que chaeun se fasse dire par le prêtre une prière, au début d'une affaire •quelconque, voyage, déplacement, navigation, labour,, etc. . . . Ces prières ne sont pas rédigées spécialement pour Taffaîre en question, mais bien dans la forme habituelle, et prises dans les prières ordinaires. On pense qu'elles ont plus de sain- , 4;eté et d'effet lorsqu'elles sortent de la bouche du prêtre.

L'usage est aussi de solenniser chaque 4tnnée la fête du saint patron de l'église; alors les voisins des paroisses environnantes viennent faire adresser au saint des prières pour eux et les leurs, et ils font,

pour ses peines, des offrandes au prêtre.

Elles peuvent monter par an à dix livres^ plus ou moines^ suivant le crédit et l'estime dont joint le saint^ patron de l'église. Ce joar là; le prêtre loue^ pour se faire aider^. (Quelques cunlrères du voisinage, car il, aplus de plats à servir au saint que ses mains ne peuvent en apprêter. £n outre^ il est d^uâage qu à chaque trimestre il aille chez ses paroissiens avec de l'eau bénita et de l'encens ; et après avoir aspergé et encensé le maître de la maison, sa femme,, le re^le de la famille et le mobilier, il reçoit quelques présents ^ plus ou moins, suivant la fortune du paroissien. Tout cela réuni lui vaut par an trente ou quarante roubles, dont il donne la dîme à son évêque.

On reconnaît un prêtre à la longue mèche de cheveux qui lui pend sur chaque oreille, à sa robe, à son grand bonnet et au bâton de voyage qu'il tient en main^ Lorsqu'il fait le service dans l'église, il porte un surplis, et si le jour est solennel^ quelquefois son bonnet. U existe, outre les pop y des prêtres noirs y qui conservent leurs bénéfices, quoiqu'admis comme frères dans un monastère, et qui paroissent cor--

respondre au clergé régulier de Téglise romaine. Au dessous du prêtre, il y a dan& chaque église un diacre, qui fait uniqueluent les fonctions de clerc de paroisse»

Quant aux yrotojjo}) ou arcbiprétres, quant ^ux archidiacres, qui plus tard sont élus archiprêtres , ils ne font de service que dans les cathédrales.

Il y a une populace innombrable de frèresj plus grande que dans aucun pays papiste. Ils fourmillent dans chaque ville et dans une bonne partie des campagnes.

Ils sont arrivés, — comme les moines pa^ pistes, par leur superstitien, leur hypocrisie — à établir un monastère dédié à queb^ue saint, en tout lieu de Tempire qui est plus {artile et plus agréable que les '^autres.

Leui* grand u ombre vient non-seulement de la superstition qui règne, mais encore de la sécurité que donne Tétat monastique^ comparée à Toppression et aux exactions subies par' le peuple. Aussi beaucoup endossent-ils la robe ide moine, comme la meilleure armure pour se garantir de pareils coups. Outre les moines volontaires, il y en a qui, pour avoir déplu, sont obli* gés de se faire tondre; ce sont pour la

plupart les principaux de la noblesse. Certains entrent au monastère comme dans un »

lieu de refuge, et deviennent moines, pour éviter quelque châtiment mérité et la vindicte des lois. En ettet, si on peut arriver jusque dans le couvent, et avant d'être pris niettre sur sa tête le capuce, on se trouve désormais à l'abri de toute pourbuite légale, quel que soit le crime commis, eauf le cas de haute trahison. Seulement personne n'est admis, à moins d'un ordre d.e Tempereur, sans donner des terres, ou des sommes qui profitent au trésor de couvent. Il y en a qui donnent 1000 roubles, et davantage. Personne n'est admis à moins de trois ou quatre cents.

Voici comment on entre en relig^îon.

B'abord l'abbé dépouille le postulant de tous ses vêtements séculiers. Puis il lui met sur la peau une chemise de flanelle blanche, et par dessus une longue robe tombant jusqu'à terre et sensée avec une large ceinture de cuir. Le vêtement de dessus, en laine ou en soie, ressemble à peu près pour la couleur et pour la coupe à celui d'un ramoneur. Ensuite, le crâne du nouveau moine est tondu ^ au sommet.

de la largueur de la main ou dayantagOir

tout en lui coupant les cheveux, l'abbé <lit à peu près : „En coupant ces cheyeux

les enlevant de ta tête, nous te déta** •chons et te séparons du inonde, des chosesterrestres, etc. • . Cela fait, il oint d'huile le crâne du nouveau moine, il lui met sa •cagoule, et dè^ lors on le cpmpte au nombre des frères. Les moines font vœu dechasteté, et d'abstineiiG§ de viandes.

Outre leurs terres, qui sont très grandes les moines sont les plus grands marchanda dn pays, et ils font commerce de toute espèce de marchandises. Certains, couvents dépensent dans leurs terres 1000 ou 2000 roubles par an. Il y, a une abbaye^ celle de Troitza (la Trinité), qui tii*e de ses ter-, res et de ses droits un revenu de 100^000 roubles* Elle est bâtie comme une iorteresse, étant entourée de murs que détendent des canons de groti* ealibre ; et elle renferme un grand espace et beaucoup -de constructions diverses. Il s'y trouve environ 700 frères, bans compter leurs officiers et d'autres serviteurs. L'impératrice actuelle ^ fait bien des vœux à Saint Serge^ patron du eouvent, pour obtenir qu'il la rende

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