II
mèrc; car elle n'a pas d'enfants de Tempe- 3r0iir^ son époux. Presque tous les ans elle va à pied en pèlerinage de Moscou à Troitza — la distance est d'environ 80 milles anglais — accompagnée de 5 on 6000 femmes vêtues de bleu, et avec une garde de 4000 soldats. Mais Saint Serge n'a pas encore exaucé ses prières ^ quoiqu'il ait^ dit-on^ en pareille matière^ une puissance toute spéciale.
On peut juger de la science des moine»
par celle des évoques^ qui sont les sujets d'élite des couvents. Causant un jour avec un moine à Vologda^ je lui présentai^ pour éprouver son savoir, un lïouveau Testament en russe, et le mis sur le premier chapitre de rÉvangile selon Saint Mathieu^ n commença par lire très couramment. Je lui demandai alors qu'elle partie des Saintes Écritures il' venait de lire ? 11 répondit qu'il ne pouvait me le dire exactement. — Combien d'Evangiles il y a dans le Nouyeau Testament? — H dit qu'il n'en savait rien. — Combien y a-t-il eu d'Apôtree?
11 soupçonna qu'ils étaient ^ouze. — Cnm-
) 40 environ.
ment pourrait-il être sauvé ? — À quoi il me répondit par un morceau de théologie russe, disant ^uil ne savait pas s'il serait sauvé^ oui ou non; que si Bien voulait le poehalavateTf c'est-*à-dire lui accorder assez de grâces pour qu'il fit son salut^ certes il en serait enchanté; mais dans le cas contraire^ quel remède? disait-il. — Je lui demandai pourquoi il s'était fait moine? — Et il me répondit: C'est afin de manger en paix. — Tel est le savoir des moines russes. Si on ne doit pas le mesurer d'après ce seul exemple, on peut du moins conjecturer, à voir l'ignorance de cet homme, de ce que savent les autres.
11 y a aussi beaucoup de couvents de femmes, dont quelques-uns n'admettent que des veuves et des filles de la noblesse^ lorsque l'empereur veut, en les empêchant de se marier', arriver à éteindre une famille. Quant à parler de la vie que mènent nonnes et moines, ce n'est pas chose nécessaire pour quiconque connaît l'hyprocrisie et Timpureté de cette race des cloîtres* * Les Russes eux-mêmes, si livrés qu'ils soient^ à la superstition, sW expliquent en termes
tels qu'ils serait deshonnéte de les répéter*
Oatre les moines ^ il j a des ermites^ qu'on appelle des SaintSy et qui resseni*
blent aux gynmosopiiistes par leur vie et leur manière d^être, quoiqu'ils leur soient bien inférieurs en savoir. Même au cœur de riiiver, ils vont tout nub — sauf un torchon au milieu du corps — les cheveux longs et pendant en désordre sur leurs épaules, et un collier ou une chaîne en fer au cou ou à la ceinture. On les regarde comme des prophètes , comme de grands saints, et les plus haut placés leur accor^ dent toute liberté de parler à leur guise et sans contrôle. Uun d'eux ceusure-t-il quelqu'un ouvertement? Quelle que soit la censure, on ne répond rien, sinon: ,^C'est pour mes péchés/^ Et si un ermite vous prend en passant un objet dans votre boutique, pour le donner k qui il voudra, vous regardez cela comme une faveur divine, et vous êtes fort reconnaissant envers le saint homme qui vous a dépouillé.
Il li^existe pas beaucoup de ces saints^ car c'est un rude métier en liussie que daller tout nu, l'hiver surtout. Il y en a un maintenant à Moscou qui! va tout nit dans la$ rues, déclamant sans cesse conti^^
le gonyemement^ et surtoot contre les Qùdounov^ qu'on regarde comme les grande oppresseurs du peuple. Un autre ^ nommé Yassiliï^ qui est mort il y a quelques anr nées , osa . bien reprocher au vieil , empereur (Ivan IV) ses cruautés et son oppression. Son corps a été récemment transféré dans une riche église de Moscou^ au^ près de la demeure de Tempereur, et on Fa canonisé comme un saint. Il y opère beaucoup de miracles, à ce que les moines fout eroire au peuple, et il y rec^^oit beaucoup d'ofirandesy non-seulement des gens du commun ; mais encore des premiers de la noblesse, et même de l'empereur et de Timpératrice, qui visitent cette église avec grande dévotion. Cependant, Tannée dernière, pendant que j'étais à Moscou, le saint n'eut guère de chance en fait de mi* racles. Un cBtropié avait, à ce qu'il disait^ recouvré Tusage de bes jambes; mais une femme, très bien avec lui, s'étant fâchée, Taccusa de n'être estropié que le jour.
„Le soir, disait-elle, lorsqu'il revient à la. maison, il saute comme un oabri/^ Elle ajouta qu'il avait fait pareil manège six:
ans auparava^it. Aussitôt il lut renfermé
dans un coavent^ où il médisait des moines qui Tavaient payé pour leur servir de matière à miracle. Outre cfe désagrément^ il arriva I quelques jours avant mon départ, que huit personnes furent tuées par la foudre dans cette même église^ ce qui fit qne les cloches^ qui jusqu'alors étaient en branle nuit et jour en l'honneur des miracles opérés pai* Yassilii, le saint du Heu, ne furent plus sonnées qu'avec discrétion, et qu'en même temps le faiseur de miracles perdit queli^ue peu de son crédit. Il y eut un autre ermite, nonmié [Nicolas de Pskov, qui tut bien utile, lorsque le père de Tempe* reur, craignant une révoltC; vint pour mettre la ville à sac^). L'empereur , ftprèa
*) „Pai TU (dit HoTsey, qui le nomme Miekoula
â?it)y cet imposteur ou ce magicien — un sauvage qui allait tout nu hirer et été, supportant les ligueurs du froid et de chaud, et qui faisait d'étrauges choses i Taide des illusions magiques du diable. U était
très suivi, craint et respecté du prince et du peuple
A Pskov ,^ il appela l'empereur (Ivan IV) buveur de aanp, mangeur de chair chrétienne, et il jura par sou ange quel si lui ou Tun des siens touchait à un cke- Teu d'un enfant de la ville, il allait être foudroyé, ilu'il se hfttât donc de partir avant que la colère de Dieu et sa tempête ne se soient abattues sur luil
:ayoir été saluer l'ermite dans sa demeu]?e, lui envoya une récompense, et le saint homme ; pour s'acquitter^ envoya à Tempereur — on était alors en carême — un morceau de viande crue. Ce que voyant Tempereur; il lui fit dire qu'il s'étonnait de ce que le saint homme lui offrait de la viande en carême, quand la sainte église défend d'en manger, yjlvanakoy répondit l'ermite — c'était comme si nous appellions lempereur: Jeannot — Ivaubko se figure 4onc qu'il est interdit dans le carême de manger de la chair des bêtes, mais qu'il 6st permis de manger de la chair humaine, comme il l'a fait Jusqu'ici?" Il mojiaça dans ses prophéties le prince de quelque grand malheur, s'il ne sortait de la ville et ne renonçait à massacrer le peuple, et il sauva aussi ce jour-là la vie à bien des gens.
Cette conduite rend les ermites chers au peuple. Ce sont des Pasquins , qui notent
U y avait précisément alors un grand orage bien noir. Cet paroles firent trembler Temperenr, qui se recom-
manda à ses prières, pour échapper a de6 luenaceâ si torribles.^^
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les fautes des grands^ dont personne n'oserait parler. Cependant il arrive parfois qu'en raison de ces rudesses, de ces libertésqu'ils ont prises en &isant le prophète^ on se défait d'eux à la sourdine ; ce qui axriva à un ou. deux d'entre eux, sous le dernier règne, parce qu'ils avaient parlé trop hardiment du prince.