‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 25 sur 30 · CHAPITRE nu · texte numérisé non relu

CHAPITRE nu

Liiïurgie. Administration des sacrements.

Les matines (zaoutrénia) se disent de la manière suivante. Le prêtre entre dans réglise, suivi de son diacre, et lorsi^u'il est arrivé au milieu, il eommence par dire à haute voix; Benisaez 7ioits, Pusteur céleste ^ etc. ... ce (ju'il adresse au Christ. Puis il ajoute: Au mm du Père, du Fils €t du Saint Esprit^ un seid Dieu en trois personries. Il repète trois fois: Gospodi pomUauif Gospodi pomSouiy Gospodi pomiloui: Seigneur^ ayez pitié de nous. Cela fiSt, il s'avance vers le cancel de Téglise, qu^on appelle le Saint des Saints y et il entre par la porte du cid^ par où le prêtre seul a droit de passer. Là, se tenant devant Tautel, qui est près du mur supérieur du cancel, il dit le Pater, puis il repète douze fois: Gospodi pomoloui; Seigneur,

' ayez pùié de novs. Et ensuite: Lotianges soient à la Trinité, au Fère, au FUs et Saint Esprit. Le diacre et les fidèles répondent: Amen. Aussitôt après, le prêtre dit les psaumes du jour^ en commençant par : Venons adorer le Seigneur et nous iwilvMT devant lut. Et en effet, le prêtre^ les diacres et le peuple, se tournant vers leurs idoles — les images pendues à la muraille — font le signe de la croix et Irappent trois fois la terre du front. Aprè»

cela, le prêtre lit dans le livre les dix commandements et le Credo d'Athanase.

Cela fait, le diacre, qui n'a pas tranchi la porte du ciel, lit dans uu manuscrit, car ils ne Vont pas imprimée, un morceau de la légende de quelque saint et de ses miracles. Elle est divisée en pli^sieurs parties, pour chaque jour de Tannée, et on li^ dit en plein-chant, à peu près coumie les papistes chantent Févangile, Tout cela dure une heure et demie ou deux heures. Le prêtre lit ensuite certaines collectes ou prières, et le service finit par là. C^endant, des cierges brûlent devant les idoles, quelques-uns de la grosseur de la taille 4'un homme; ils sont donnés en accompUs-

^Bernent d'ime vœu ou d'une pénitenc impo-:' «ée à des paroissiens*

Vers neuf heures du matin, on dit les •compiles, ob%€dma*)y à peu près à la manière des papistes. Si c'est un grand jour, un jour de fête, on ajoute au service:

Béni soit le Seigneur y Dieu dlsi^aely etc. . et: N<yu3 te huons y ô mon DieUy etc., qu'on ciiante sur un mode plus solennel et fort curieux.

Le service dn soir s'appelle vétchemia (les vêpres). Le prêtre le commence, comme les matines, par: Bénissez nous y Pasteur céleste y et par les personnes des vêpres.

Ensuite il chante: Mon âme gLorifiQ le Seigneur, olc. .., 'et aloi^s le prêtre, les diacres et les fidèles chantent trente fois * de suite et d'une seule voix: Oospodi pomiloui (Seigneur, ayez pitié de iioub); à quoi les enfants de cœur répondent tous ensemble et trente fois, aussi vite que leurs lèvres peuvent aller: Vîériy viéri, méri (aie confiance, aie confiance, aie confiance); cela produit un bruit fort étrange; Après cela le prêtre dit, sur le ton des

dimanches y le premier psoame: Béni est

Vhomme^ qu'il termine en répétant trois fois: uillelaia. Enfin il ajoute une collecte^ en mémoire du saint du jonr, et alors lea vêpres sont finies. Le prêtre reste tout le temps du service dans le haut de l'église^ à Tautel et dans Tintérienr du cancel ou &awt des SaùUs. Le diacre ou les diacres — il y en a plusieurs dans les cathédrales — se tiennent à la porte du del en dehors du cancel^ car ils ne peuvent y entrer pendant le service, quoique leur office soit de le balayer ^ de le tenir en ordre, et de mettre des cierges devant lesidoles. Le peuple se tient dans la ne^ et quelques-uns sons le porche; il rfy a dans^ les églises ni bancs ni sièges*

Voici comment on administre le sacrement du baptême. L'enfant est apporté àl'église dans la huitaine de sa naissance^ et s'il appartient à une famille noble , on le conduit en grande pompe sur un cliar ou un traîneau^ avec des £ftuteails, des* coussins de drap d'or, et un grand étalage de ce qu'on de pluj^ beau dans son mobilier. On trouve sous le porche de réglise le prêtre qui attend reniant, et qui

a un baquet rempli d'eau auprès de lui. H coiumence en disant: Votis m'avez ajpporté^ un petit infidèle pour en faire v/n chré-^ tien, etc...; cela Mt, il enseigne aux témoins, qui sont au nombre de deux ou trois I quel sera leur devoir envers Tenfant après son baptême: „L'enfant devra êtra élevé dans la connaissance de Dieu et du Christ, notre Sauveur. £t comme le Sei* gneur est un Dieu de majesté, et qu'on ne doit pas avoir l'audace de se présenter de* vaut lui sans médiateurs, non plus que si on adressait uue supplique à un empereur OU à un grand prince, il faudra lui enseigner quels Maints sont les meilleurs et le& plus puissants médiateurs, etc...^^ Tout cela est dit dans une forme déterminée, et tiré d'un livre. Enfin, prenant le ton d'un exor<^ ciste, le prêtre commande au diable au nom de Dieu, de sortir de Teau, et aprèa certaines phères, il y plonge trois i'ois^ renfant, jusque par dessus la tête, car on regarde comme indispensable que le corpa tout entier soit en contact avec l'eau.

Les mots essentiels pour le baptême, et que prononce le prêtre en plongeant Tenfant dans l'eau, sont ceux que prescrit

révangAe et qui sont employés par nous :

J,u nom du Fère, du Fîls, et de V Esprit.

Qu'ils los ultèrent en disant, à la manière de certains hériiiflues grecs „au nom du Bamt Esprit", on le dit, mais j'ai constaté que ce n'est pas exact, d'après le témoignage de- gens qui ont soij^vent assisté au baptême, et d'après le livre liturgique, qui règle toui^^ayec précision.

Une foijs Tenfant baptisé, le prêtre lui met sur le front, sur les joues, puis sur ia bouche un mélange d'iiuile et de sel; il rétend avec son doigt sur les lèvres de l'enfant,' comme les papistes, tout en disant certains prières, demandant que Die^ fasse de lui un bon chrétien^ etc. , . — La cérémonie a lieu sous le porche. L'enfant,, deveau chrétien, et qu'on peut dès lors re- <jevoir dans l'enceinte de l'église, y est porté, le prêtre marchant devant luij on le présente à la principale idole de T église, et on l'étend sur un coussin aux pieds de Timage, pour être recommandé à Dieu par le saint, son médiateur. — Si Venfant est malade ou faible, on se sert d'eau tiède, Thiver surtout. Après le» baptême, c'est 1 usage de couper les cheveux de Tenfaut,

de les rouler dans de la cire^ et de led déposer, comme ime relique ou un monument, dans une place -secrète de l'église.

Telles sont les formes de leur baptême^ et ils les regardent comme les meilleures et les plus parfaites, ainsi que tout le reste de leor religion, établie, disent*ils, d'aprèa la tradition de l'église la plus pure, qui est l'église grecque. Aussi prendront-ils beaucoup de peine pour faire un prosélite,.

qu'il soit infidèle, ou chrétien d'une autre église, et pom: le baptiser à hi russe»

Font-ils prisonnier un Tartare, ils lui offrent ordinairement la vie, à condition qu'il conftente à se faire baptiser. Cependant bien peu de Tartares rachètent ainsi leur yie; ils ont l^op de haine pour les Russes^ et sont trop convaincus de leur, fausseté, de leur injustice. Dans l'anncc qui suivit Tincendie de Moscou par les Tartares, on fit prisonniers 300 d'entre eux, et un Divoy Mourza^ Tun de leurs chefs dans la campagne précédente; on leur offrit à tous la> yie sauve, s'ils voulaient recevoir le baptême. Tous refusèrent, en accablant de reprochés, les convertisseurs. Ils furent

conduits à la Moskva, qui coule dans Isu II. . 8

ville ^ et on les y baptisa d'une manière violente^ eu leur cassent la tête, et en les jetant à Teau par un trou qu'on fit dans la glace. Quant aux prisonniers livoniens, il en est beaucoup qui se font rebaptiser à la russe, pour avoir plus de liberté, et aussi quelques moyens d'existence, car l'empereur a coutujaie de leur en fournir dans ce cas.

Depuis que les Anglais fréquentent le pays, il n'en est pas un seul qui ait assez mis en oubli son Dieu, sa foi, sa patrie, pour accepter le baptême russe, soit par crainte, soit par espérance, soit pour un motif quel qu'il soit, à l'exceptiiou. de JRichard Relph, qui exerçant un métier impie — il tenait oin cabaret^ contrairement aux lois du pays — et se trouvant privé de son coimncrcc et dépouillé de tout par les employés de l'empereur^ fit Tan dernier profession de foi à la russe. On Ta donc rebaptisé, et maiiilenazit il est aussi idolâtre qu'il était auparavant tapageur et dépensier.

Ceux qui acceptent ainsi le baptême ruse sont d'abord menés dans un monastère, pour y être instruits dans la doctrine et les cérémonies de Téglise. Le baptême

iiMiv est administré dans les fonuos suivan- Jlos: d'iabordy on met au prosélite un vête-** ;uient complet et tout neuf^ à la russe^ avec une couronne sur la tête, ou une guirlande rété. Puis sa tête est ointe d'huile, on lui place un cierge dans la main, et pendant une semaine, on dit sur lui des prié- Tes quatre fois par joui*. Cependant il doit s'abstenir de chair et de laitage« Le soir du septième jour, il est purifie* et lavé dans un bain, et le huitième on Tarnène à réglîse, où les frères lui apprenent comment il faut se comporter en présence des idoles; ils lui enseignent à faire le plongeon;, à frapper du iront la terre, à se ligner, et à exécuter tous les gestes qui forment la plus grande part de la religion xusse.

Les Busses communient seulement une

fois Tan, au temps du grand carême et un

peu avant Pâques. On ne reçoit, au plus,

Kjfie trois communiants à la fois. Yoicî

comment on communie. D'abord ^ il faut

confesser tous ses péchés au prêtre, qu'on

nomme père spiritueL Ensuite^ on va à

Téglise, et on est appelé à la table de

communion, qui est en forme d'autel, et

peu éloignée du haut de l'église, comme en Hollande. Là, le prêtre demande d'abord si on est, oui ou non, purilîé, c'est-à-dire BÎ on n'a pas omis un péché dans sa cour fession. Si la réponse est négative, on est admis à la communion. Le prêtre commence des prières, tandis que les communiants se tiennent debout, les bras croisés^ comme des pénitents ou des pleurem's. Les prières terminées, le prêtre prend une cuillère, et la remplit de vin rouge; puis il y met un petit morceau de pain, il mêle le tout ensemble, et le donne aux communiants rangés en ordre^ en disait les paroles sacramentelles : Mange ceciy etc. . • J^oia ceci) etc.; les deux phrases d'un seul trait^ et sans intervalle*

Ensuite, il leur donne encore du pain tout seul, puis du ^ vin mélangé d'xm peu d'eau chaude ; ce qui représente plus exactement, d'après eux, le sang et l'eau qui coulèrent des flancs du Christ. Cependant, les communiants décroisent leurs bras. Puis, les croisent de nouveau^ ils font, à la suite du prêtre, trois fois le toxLV de la table de communion, et ils retournent à leurs places.

Alors le prêtre, après avoir dit d'autres

prières, les congédie, leur enjoignant d'être joyeux, et de se réjouir pendant sept jours^ puis de jeûner sept autres jourS; ce qu'ils observent avec grande dévotion, ne mandant alors que du pain et du sel^ sauf un peu de chou, et quelques herbes ou racines, et ne buvant que de Teau ou du kvas.

Telle est leur manière d'administrer les sacrements. On verra aisément comment ils s'écartent en cela de Tinstitution du Christ, et quelles cérémonies ils ont ajouté il' eux-mêmes^ ou plutôt, emprunté aux Grecs.

CHAPITRK XXIU.

Doctrine de Teglise russe; ses erreurs^

Voici quelles sont a mon avis leurs prin* oipales erreurs en matières de t foi :

1. Quant à la parole de Dieu, iU ne lisent pas en public certains livres canoniques^ tels que les livres de Moïse; par exemple les quatres derniers: l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, qu^ils déclarent être tombés en désuétude^ et avoir été abolis par la venue du Christ, car ils sont incapables de discerner la différence entre la loi morale et la loi cérémonielle. Ils admettent les livres de» prophètes, mais, par la même raison; ils ne les lisent pas publiquement dans les églî*ses. Ils permettent de lire tout le Kouveau Testament, sauf la Révélation, qu'ils admettent cependant^ maia qu'ils ne peu- Tent comprendre, car ils ne sont pas en

position^ comme les églises de roccidcnt^ de recoiiuuitre raccomplisscment des prophéties qu'elle contient^ et spécialement de celle qui concerne TapCAtasie de l'église antichrétiënpe. Cependant ils ont eu leurs Anti- Christ dans Téglisc grecque, et ils peuvent retrouver dans les prophéties de ce livre leurs fautes et leur châtiment^ qui est rinvasion des Turcs.

IL La source principale de la corruption de leur doctrine et de leurs cerémo-»

nies, c'est qu'ils admettent avec les papistes que les traditions de leur église ont autant d'autorité que le parole écrite de Dieu. En cela, ils se mettent au-dessus des autres églises, affirmant ^qu'ils possèdent la vraie tradition, transmise par les apôtres à l'église grecque, et de là aux Russes.

IIL Ils pensent que l'église — en entendant par là^ l'église grecque, et spécia^ lement le patriarche et sou synode, qui en sont la tête — a autorité souveraine pour interpréter les Ecritures, et que chacun est tenu de recevoir cette interprétation comme véritable et aufJientîque.

IV. Quant à la nature divine et aux trois personnes dans une même substance,

ils font procéder le baiut Esprit du Père seulemeat, et non du Fils.

Y. Sur le rôle du Christ il8 eoutienneiii plusieurs erreurs graves^ à peu près les»

mêmes que celles des papistes; entre autres, qu'il est Tunique médiateur pour la.

rédemption» mais non pour l'intercession..

Pour défendre cette erreur, leur principale^ raison^ lorsqu'on les presse, est cette corn* paraison inexacte et folle entre Dieu et ua monarque ou un prince de ce monde, qu*il faut supplier par Tentremise de médiateurs* Il est des médiateurs qu'ils préfèrent aux.

autres, tels que la Sainte Vierge, qu'il appellent V Immaculée^ et Saint Nicolas, qu'ils surnomment VAide rapide^ disant qa'il a 300 anges du premier rang, chargés par Dieu de lui obéir. Cela les a amenés à une idolâtrie excessive et horrible, du genre le plus grossier et le plus profane, et ils* rendent à leurs images un culte, leur adressant des prières, des actions de grâee, des oi&andes, et les adorant en se prosternant et frappant la terre du front devant elles comme devant Dieu. Comme ils s'adres^ sent ainsi à des peintures qui ne sont pas des portraits, ils prétendent qu'ils ne reii-

dent pas un culte à une idole, mais au saint y dans son image, et (^[u^alors îU n'offensent point Dieu; oubliant ainsi le commandement de Dieu, qui défend de faire le portrait ou l'image d'une chose quelconque, pour lui -rendre un culte ou pour tout autre usage. ^ Les murailles des -églises sont couverts d'images, très riches, faites en pierre et en perle, et sans relief. Il y en a aussi qui ont un relief d'un pouce. Ils appellent leurs images les faiseurs de miracles. Lorsqu'on s'en procure pour une é^^lise, on ne doit pas dire qu^on l'achète, mais bien qu'on échange contre elle de Purgent.

YL Quant aux moyens de justification^ ils admettent, comme les papistes, qu'elle ne s'opère pas uniquement par la foi, mais -aussi par les œuvres, et que Xopas opératumy ou le mérite même des œuvres, plaît nécessairement à Dieu, Aussi font-ils nombre de prières, der jeûnes, de vœux, d'offrandes aux saints, d'aumônes, de signes lie croix, etc..., et vont -ils sans cesse disant leur chapelet^ l'empereur 'comme les autres, non- seulement à l'église, mais dans tous les lieux publics, surtout dans les

réunions habitxielleB ou solennelles^ telle»

que les fêtes^ les cours de justice^ les bcances de coubuil, les réceptions d'ambas-^ sadenrs^ etc. . . •

YII. Ils disent, comme les papistes^ que personne n'est assuré de son salut^ jusqu'à la sentence rendue au jugement dernier.

VIII. Ils pratiquent la confession auriculaire, et se croient déchargés de tous leurs péchés par le seul fait de les avoir déclarés nominativement et en particulier à un prêtre.

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