‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 26 sur 30 · IX. Ils reconnaissent trois sacrements · texte numérisé non relu

IX. Ils reconnaissent trois sacrements

le baptême, l'eucharistie et lextrême onction. Cependant ils ne croient pas ce dernier nécessaire au salut comme le baptême^ mais ils pensent que c'est une malédiction et lin châtiment de Dieu que de mourir sans ravoir reçu.

X. Us pensent que le baptême est nécessaire, et que quiconque meurt san^ buptême est damné.

XI. Ils rebaptisent tout chrétien qui se 'Convertit à leur religion, parce qu'il était séparé de la véritable église, qui est Téglise grecque, disent-ils.

XII. Ils établibbent deb diffcrcuceë entre ce qu'on mange, ce qu'on boit, croyant quil y a conscience a user de ceci au lieu de cela. Aussi ^ dauîs leurs jeûnes, par une superstition semblable à celle des papistes ^ ils interdisent Tusage de la viande et du laitage; ce qu'on observe avec tant de rigueur, et une dévotion si aveugle, que rhomme le plus malade aimera mieux mourir que de manger pour sa santé tme , bouchée de viande, un œuf ou une autre chose de ce genre.

XIII. Ils interdisent le mariage au clergé, sauf aux prêtres, auxquels ils ne permettent pas de se remarier. Ils n'approuvent pas non plus qu'un laique se maiîe une troisième fois. Ils font valoir cela contre le seul frère de Tempereur, un enfant de six ans; on ne prie point pour lui dans les églises , comme c'est l'usage pour les prînces du sang, parce qu'il est né d'un sixième mariage, et par conséquent illégitime. C'est reiiipcreur lui-même qui a donné cet ordre, à l'instigation des 60dôunov, qui lui ont fait regarder comme d'une bonne politique ce qui peut dépopulariser l'héritier présomptif.

Les Jiuâ&eâ ont eu matière de religion bieu d'autres opinions fausôOô; mais celles- Jà sont les plus importantes. Elles viennent en partie de la tradition de Téglise grecque, mais principalement de l'ignorance des Saintes Écritures. Quoiqu'ils aient celles-ci dans la langae polonaise , qui est la même que la leur^ quelques mots exceptés, peu d'entre eux la lisent avec le zèle pieux qu'il faudrait £t quand même ils voudraient, ils n'ont pas assez dexemplaii'e de rAiicien et du Is ou veau Testament pour tout le monde , et ne possèdent que des livres litm^giques ou de prière^ qui sont très communs.

Tout ce mal vient du clery é , qui étant lui-même ignorant et sans religion^ tient^ pour garder ses bénéfieen et j^'emplir le ventre , à ce que le^ peuple reste dans son ignorance et son aveuglement. Le mal vient aussi de la nauire du gouvernement.

En effet, Tempereur, qui profite du système politique en vigueur, ne veut aucune inno^ vation, et désire le maintien d'une religion

*) Probablement la Biblia swieta . . . Briesk-Li-

tliowâki, 15G3 ; préparée J)ar les Pinezoviens, publiée par les Sociniena et aux frais du prince Nicolas liadziwiL

si bien en harmonie ayee la politique rasse* Cependant il est hors de doute que parmi les Russes Bieu trouve aussi les siens^ car ils ont deyant eux la parole divine^ quoique privés du moyen ordinaire d'en comprendre le vrai sens. On peut du moins le soupçonner^ d'après ce qu'à Moscou un £.us8e disait en secret à l'un de mes domestiques, qui parlait contre leurs images et leurs autres superstitions : ;,Dieu a donné aujourd'hui la lumière à rAugleterre. De* main peut être il nous la donnera."

Jamais je n'ai entendu parler d'inquisi* tion ou de poursuites en matière de religion^ sauf à propos d'un homme et de sa femme, qui, il y a quelques années, fturent retenus en prison pendant 28 ans. Leurs cheveux, lem's ojigies, leur couleur, leur contenance, tout en eux était devenu étrange. On finit par les brûler à Moscou^ dans une petite maison qu'on incendia. Le motif resta secret, mais probablement c'était parce qu'ils avaient trouvé quelque chose de vrai en tait de religion. Les moines et les frères firent croire au 2:)euple qu'ils soutenaient une hérésie grande et damnable.

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