‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 27 sur 30 · CHAPITRE HIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE HIV

Manière de célébrer le mariage.

Les mariages se font d'une manière différente de celle des autres pays. Le mari, quoique n'ayant jamais vu sa future , n'a pas la permission de jeter un seul coup d'œil sui* elle avant le mariage; il peut seulement la feire voir par sa mère ou < quelque autre veille de ^ sa connaissance^ Lorsqu'on se convient — les parents aussi bien que les futurs, car sans le consentement des parents, le mariage n'est point permis — les deux pères, ou ceux qui les remplacent, se réunissent et fixent la dot, qui est ordinairement fort considérable relativement à la fortune des parents. Ainsi on verra ce qu'ils appellent uh homme du marché donner 1000 roubles et plus à fiUe.

Cinant au mari, on ne lui dtemoade ja-

maib de constituer un douaire en récompense de la dot^ cela n'est pas dans les mœurs- Mais si la fenune a un enfant à la mort du mari, elle conserve la jouissance du tiers do ses biens ; si elle en a deux ou trois, elle recevra quelque chose de plus, à la discrétion du mari. Reste-telle au contraire veuve sans enfants, on la renvoie à sa famille sans rien, sauf ôa dot, ëi le mari laisse assez pour la rendre.

Lorsqu'on est d'accord sur la dot, on signe des deux parts rengagement de verser la dot et de conclure le mariage. Si la femme n'est pas veuve, son père et tous les siens doivent répondre de sa virginité, ce qui pocasionne beaucoup de discussions et de procès, lorsque le mari conçoit des doutes sur la conduite et rhopuêteté de sa femme.

Le contrat une fois, arrêté, ils commencent à s'envoyer mutuellement des cadeaux, la femme la première, mais ils ne se voient qu'à la célébration du mariage, La veille du jour fixé, la fiancée est conduite eu voiture, et l'hiver, en traineau, à ia maison de son futur, avec son costume de mariée et le lit où ils doivent coucker;

c^est en effet toujours. la fiancée qui fournît le lit, qui est ordinairement fort beau, et coûte cher. 8a mère et d'autres femmes passent la nuit auprès d'elle , mais elle n'est point reçue par le fiancé, qui ne la voit pas même.

Le jour du mariage, la fiancée met une sorte de coiffe, d'un beau travail d* aiguille ou en linon, qui lui couvre la tête ^t la taille jusqu'à la ceinture. Fuis, accompagnée de ses parents, et le fiancé, des siens, ils s'en vont à l'église, tous à cheyal, quand même TégUse serait à deux pas, et les gens, de la dernière classe* Les paroles sacramentelles et les cérémonies du mariage ressemblent beaucoup aux nôtres; on donne également un anneau à la fiancée. Lorsqu'elle Ta mis et que les paroles qui font le mariage sont dites, on place la main de répousée dans celle de son époux, qui tout le temps est resté debout d'un côté de l'autel, la femme se tenant de Vautre côté.

Dès lors, le lien étant parfait ^ par l'action du prêtre, l'épousée s'avance vers son époux, se met à ses pieds , et incline la tête jusqu'à toucher ses souliers, en signe de sujétion et d'obéissance. Et l'époux

étend sui* jsa femme uu pau de sa robe, pour moniror qu'il doit la protéger et la chérir-

Ensuite, le marié et la mariée se tenant ensemble et debout à Tune de» ertrémitéB de la table, arrivent d'abord le père et les autres parents de la mariée, qui saluent jusqu'à terre le marié. Puis la famille de celui-ci en fait autant à la mariée, en signe dalliance et d'affection éternelle entre les deux familles. Enfin, le père du marié ofiQre un morceau de pain au prêtre^ qui le donne aussitôt au père et aux parents de la mariée, et il prend à témoin Dieu et les iina^ ges que le jour fixé il fournira fidèlemeait le douaire tout entier^ et que les deux iamilles seront désormais amies à perpétuité.

Alors on met le pain en morceaux et on le mange, pour prouver une intention sincère de remplir ces obligations, et d'être les uns à Tégard des autres comme les miettes d'un même pain^ ou les commençaux d'une même table, i

Ces cérémonies terminées, le marié prend la main de l'épousée, et ils s'en vont ^i*semble, avec leurs amis, vers le porche de l'église. Ils y trouvent des gens qui ont

des pot8 et des coupes, aveo de l'hydromel et du viu russe. Le marié pread une pe*

tite coupe^y boit à la sauté de 3a lemme^ et oelle-ci, ouvrant son capuchon par dessous , et portant la coupe a ses lèvres poui* montrer son visage à non mari, boit, à son tour à sa santé. On quitte alors r^ise. Le marié ne retourne pas chez lui; il va dans la maison de »on père, et la marie c eliez le sien, cliacun d'eux traitant à part ses amis. Lorsque les époux rentrent à la maison, c est 1 usage de jeter sur eux du blé par les fenêtres, en iiigne d'abondance et de fécondité.

Le soir venu, la mariée est coiMiuite à la maison de son beau-père, où elle passe la nuit, conservant encore son capuchon sur la tète. ïoute la nuit elle ne doit pas dire, un mot — cela est de tradition, et sa mère et les matrones de sa famille le lui ont enseigné — ' jafin que le mari ne puisse ni la voir ni Tentendre jusqu'au lendemain du mariage. Et même, les trois jours qui suivent, il ne faut pas qu'on l'entende parler, sauf pour dire à table à son mari quel ques mots, suivant le formule, et avec de grandes démonstrations de respect. Si elle

se comporte autrement^ cela portera grand préjudice « et poar la Tie, à sa répptatioB^ et déplaira beaucoup au marié lui-même.

Le quatrième jour, les époux s'en vont chez eux^ et y font féte aux deux &niille» xéume8« Le jour du mariage ^ et dans les fêtes qui suivent, on fait aux ùpoux Thon* neur de les nonun^er jeune prince et feune princease (molodoi kniaz, moiodaia imiagima).

Dans leurs rapports avec leurs fenmies, les Knsses font bien voir qu'ils ne sont que des barbares; ils les traitent en serrantes plutôt qu'en épouses, à rexception toutefois des femmes nobles, qui sont on semblent être plus . estimées par leurs maris que- les autres. Il existe un abus odieux, contraire au bon ordre et à la parole de Dieu luimême; c'est que, soit par dégoût de sa femme,, suit par tout autre motif, un honame pourra, sous prétexte de dévotion, entrer au oonvent et se faire moine, en abandonnant sa femme, qui devient alors ce qu'elle peut.

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