‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 28 sur 30 · CHAPITRE W · texte numérisé non relu

CHAPITRE W

Autres cérémonies de Téglise.

Leglise russe a un grand nombre d'au*ires oérémonies. Elle fait spécialement un granii abus de la oroix ; on place des croix sur les grands chemins, au haut des églises, à la porte de chaque maison; on fait <3onstamm6nt sur le front et la poitrine le signe de la croix^ avec grande dévotioni s'il faut en juger par T apparence. Le mal ne serait pas grand, si on réservait pour Dieu seul, auquel elles sont dues, cette Téncration et ces adorations, et si on ne remplaçait point par des gestes sans parc* les et des signes de croix les actions de grâce et les autres devoirs envers Dieu.

Le matin en se levant, nn Russe s'en va d'ordinaire devant un escalier au haut duquel se trouve une croix, et s'inclinant devant die, il fait le signe, de la croix sur

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son front et sa poitrine. C'est ainsi c[ii'il remercie Dieu du repos de la nuit, sans dire en seul mot, sinon, par aventure: Gospodi poiailQui ! — Seigneur, ayez pitié de nouB ! En se mettant à table et en en stnrtant, son action de grâce est un signe de croix f quelques-uns seulement ajouteront peut-é^ un mot ou deux de quelque prière ordinaire, sans rapport avec la circonstance.

Prête-t-on serment au • tribunal pour trancher une question, on jure par la croix, et on en baise le pied^ comme si la croix était Dieu lui-même, dont le nom seul doit être invoqué en justice. Lorsqu'on entre dans une maison, où se trouve toujours une image pendue au mur, on s'incline 'devant, en faisant le signe de la croix. En commençant un travail, petit ou grand, on s'arme d'abord du signe de la croix. C'est d'ordinaire la seule prière qu'on adresse à Dieu pour le remercier d'un succès en afiaire. C'est ainsi qu'ils servent Dieu avec des croix, et d'une manière vaine*), ne comprenant pas ce que c'est que la croix

MauTais jeu de mot, àeureusimest intradiiisi* ble: , . . vith erasses, after s crw . . • mimer.

du Gtirisfe, et son pouvoir. Cependant ^ ils pensent et ils disent qu'en comparaison d'eux ^ les autres chrétiens ne valent pas mieux que des Turcs ^ parce qu'ils ne s'in* clinent pas lorsqu'ils rencontrent une croix, et qu'ils ne se signent pas à la russe.

L'eau bénite a chez eux le môme usage et est aussi estimée que chez les papistes; maïs ceux-ci sont bien dépassés par les Kusses, qui ne se contentent pas d'avoir des vases et des cuves d'eau bénite, maïs qui chaque année bénissent toutes les rivières. A Moscou, cela se ûiit solennellement et en grande pompe, avec le concours de Tempereur et de la noblesse. On se dirige en procession vers la rivière , et dans Tordre suivant: d'abord deux diacres, portant^ l'un la bannière de Notre-Dame, l'autre celle de Saint Michel combattant le dragon.

Viennent ensuite le reste des diacres et les preti'es de Moscou, marcliant deux par deux, ie capuce sur les épaules, et sur la poitrine une image soutenue par un collier. Après les prêtres s'avancent les évèques, m pontîjicaJdbm , puis les frères , les moijaes, les abbés, et enfin le patriarche, en costume tr^s riche, et avec une sphère au

sommet de sa mitre^ pour indiquer que son

pouvoir s'étend sur toute son église. L'empereur^ avec sa noblesse, suit le clergé ; la; procession^ dans son ensemble, a plus d'an mille de long. Lorsqu'on est aiiivé au fleuve, on fait un grand trou dans la glace, là où se tient le marché, et le patriarcbe se met à dire certaines prières et ordonne au déuioju de sortir des eaux. Puis brfdaM de Tencens et jetant du sel dans la riviràe, il en transforme toutes les eaux en eau bénite. Dès le matio, les gens de Moscou ont *tracé sur chaque porte et fenêtre de^ leurs maisons des croix à la craie, de peur que le démon, chassé des eaux, ne s'enfiiîe chez eux.

. La cérémonie terminée, on voit les gens de Tempereur et ensuite le rebto des habitants, prendre à la rivière de l'eau consa^ orée, pour en boire, ou pour d'autres usages. On voit les femmes y plonger leuis enfants jusque par dessus la tète, et beau^ coup d'honmies et de f^ximes se jeter à Teau^ les uns nus, les autres avec kuis vêtements , par un temps , où vous «voiriez que votre doigt va .geler si vous le plongez un instant dans l'eau. Q^iand les iiummos

€]it iini^ ilë amènent leurs chevaux pour leur faire boire de l'eau sainte, et les ren-

là

rêtre. .

On donne de Veau bénite aux malades à l'extrémité^ dans la pensée que cela les périra on les sanctifiera. Ils en taent beaucoup par cette superstition déraisonnable. Fendant mon séjour à Moscou le seigneur Boris Godonnov , à ce que disent* les médecins, tua ainsi son fils unique^ en lui faisant prendre, au cœur de Thiver, et quand il était en danger , de Teau bénite froide^ et en le présentant tout nu à l'église de Saint Basile.

Ils ont une image de Christ, qu'ils ap«^ pellent nerouicAnoij ce qui signifie n'étant j^as fait de mcdn homme ^ car leurs prê* très et leur superstition les ont conyaineii« de ce lait. Ils la portent en procession au bout d'un bâton et enfermée dans une sorte de laatame, et ils la Ténèmt comme étant un grand mystère*

Lorsquils brassent, ils ont coutume de porter un peu de leur matière première an prêtre, qui la bénit à Téglise* Ensuite on la yerse dans le brassin, ce qui lui donne

ifBXit de vertu que quiconque boit de ce liquide conserve rarement sa raison. Ils font également bénir le pramter blé de la récolte.

Le jour des Rameaux ils font une autre cérémonie y consacrée par une antiqne tradition. Le patriarche trayerse Moeoou, Tempereur lui-même tenant son cheval par la bride, et le peuple criant: Hosanna! -et jetant ses vêtements de dessus sous ieç pieds du clieval. L'empereur reçoit du patriarche, pour ce service, une pension de 200 roubles. La jsemaine avant JS[oël, autre exhibition: chaque évêque, dans sa cathédrale, fait voir les trois enfants 4aii8 le lour"^). L'ange s'envole du sonunet de Téglise, ce que . admirent les spectateurs, et on voit de terribles éclairs, produit avec de la résine et de la poudre par les Ohaldéens — c'est le nom qu'on leur donne — qui courut la ville pendant douze jours, déguisés et ajoutant beaucoup d'agrément à l'exhibition de l'évêque. A Moscou, Tem^ pereur et l'impératrice ne manquent jamais

*) Légjeude de Saint Nicolas, éyêque de Myra.

d*y assister, quoique ce soit toujours le même chose et sans invention nouvelle.

Outre le jeune du mercredi et du ven« dredi de chaque semaine, en méniuire, disent-ils, l'un, du jour où le Christ fut vendu, l'autre, de celui de sa mort^ ils ont quatre grands jeûnes ou carêmes chaque année. Le premier, appelé le grand carême^ tombe en même temps que le nôtre; le second, vers le milieu de Tété; le troisième, pendant la récolte. Le quatrième n'est pas institué par TégUse, mais établi par la superstition. Dans la première semaine du graild carême, on ne mange que du pain, et du sel, on ne bQÏt que de leau, et chacun ajourne ses»

travaux, ses affaires, et ne s'occupe que de jeûner. Dans le grand carême il y a trois veilles; celle du dernier vendredi s'appelle la grande veille. Tous les paroissiens doivent passer cette nuit à l'église, et y veiller de neuf heures du soir à six heures du matin, restant constamment debout, sauf lorsqu'ils se jettent à terre et frappent le sol du front devant leurs ido* les, ce qui doit se faire 170 fois, et toute la nuit.

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