‹ La Russie au XVIe siècleChapitre 5 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sol et Climat.

Le sol de ce pays est en général léger et sabloneux. Il varie beaucoup d'une place à l'autre, à en juger par le diversité des produits. La région du notd entre St, Nicolas et Kola, et du Nord-Est, vers la Sibérie, est stérile et couverte de bois inhabités, à cause du climat, qui est, l'hiver , d'une dureté extrême. La long du Volga, entre Kazan et Astrakhan, quoique la terre soit très fertile, le pays est désert, sauf sur la rive occidentale du Volga, où l'empereur a quelques châteaux et Ses garnisons. Cela vient des Tartares Grim, qui ne veulent pas y fonder des villes, parccqu'ils aiment la vie nomade, et qui ne permettent point aux Russes de s'y fixer. De Vologda — qui est à 1700 verstes au Sud du port de St* Nikolas (d'Arkangelsk) — jusqu'à Mos-

cou, et aux Tartares de Crimée, ce qui donne encore une autre longeur de 1700 verstes, le pays est bon et fertile. 11 offre des blés, des pâturages, et une grande quantité d'eaux et de bois. De même entre Kiazan, au Sud-£st de Moscou, jusqu'à îs'ovgorôd et Pskov au jSiord- Ouest. Entre Moscou et Smolensk, qui est au Sud-Ouest de la Lithuanie, le pays est très fertile et très agréable.

L'aspect du pays diffère beaucoup, d^me saison à l'autre. C'est merveille que le changement i|ui s'opère de l'hiver à Tété.

En hiver, tout est caché sous la neige, qui tombe constamment, et qui a quelquefois un ou deux yards d'épaisseur, et davantage dans le iNord."^) Les rivières et les autres eaux sont gelées à un ou deux yards de profondeur, quelque larges, quelque rapides qu'elles soient. Cela dur0 ordinairement cinq mois, du commencement de Novembre à la fin de Mars, époque à laquelle la neige se met à fondre. On gèlerait alors, en sortant pour aller voir l'aspect de la campagne pendent l'hiver. On peut juger du

*) Le yard anglais vaut centimètres.

froid par un fait: De Teau qui tombe, ou qu'on jette en Tair, est gelée avant de toucher le 8ol. Au cœur de Thiver, si vous tenez un pot ou un plat d'étain, ou d'autre métal, à moins que ce ne soit dans une chambre échauffée par un de leurs bons poêles, vos doigts gèleront bientôt, et la peau en restera collée à cet objet. Lorsqu'on passe d'un chambre chaude dans une i'roide, on sent, en respirant, son haleine qui s'épaissit et même qui se durcit. Des voyageurs, et qui plus est, des gens qui A^ont seulement/ au marché et dans la rue, sont quelquefois saisis et tués par le froid. On en voit tomber dans les rues; on voit des voyageurs qu'on ramène en ville, dans leurs voitures, morts et raidis par le froid. Il y en a que perdent leur nez, leurs oreilles, leurs joues, leurs doigts de pied, leurs pieds etc. • . . Lorsque l'hiver est très dur, des bandes d'ours et de loups sortent des bois, chassés par la faim, et entrent dans les villages, déchirant, dévorant tout ce qu'ils rencontrefitl Les habitants sont alors forcés de fuir pour sauver leur vie.

Et cependant, dans l'été, la campagne prend une face si nouvelle, les bois de sapins et

de bouleaux sont si beaux et si frais, les pâturais et les près si verts et si bien Iburnis, il y a une telle variété de Heurs, tant d'oiseaux, et surtout de. rossignols, dont le chant semble plus tort et plus varié qu'ailleurs, que peutêtre il serait impossible au voyageur de traverser un pays plus agréable.

Cette fraîcheur dun printemps arrivé si vite parait être un effet des neiges. Tout rhiver, la neige couvre le sol dun voile blanc, qui lui conserve sa chaleur, malgré la rigueur du froid; puis, quand le printemps arrive, quand le soleil se ravive et fait fondre la neige, elle mouille profondement un sol léger et sabloneux, qui, dès qu'il est fortement échaufl'é, donne naissance, en fort peu de temps, à une grande variété d'herbes et de plantes. Si Thiver est d'un froid excessif, dans Tété la chaleur est peut être trop forte, surtout dans les mois de juin, juillet et août, qui sont bien plus chauds qu'en Angleterre.

Les eaux sont abondantes. Il y a beaucoup de sources, de rivières, d'étangs et de lacs. Par un bienfait de la providence, ce pays, si éloigné de la mer que certaines

de ses parties en sont à une distance de ^ plus de 1000 milles, est pourvu d'un grand nombre de belles rivières, qui se réunissent ' pour arriver à la mer. Les lacs sont grands, et nombreux. Quelques uns ont 60, 80, 100 et même 200 milles de long, et une largeur proportionnée.

^ Les principales rivières sont : 1) le Volga, qui prend sa source au pied d'un arbre, à 200 verstes environ au dessus de Yaroslavl. Les cours d'eau qui s'y jettent le grossissent tellement qu'à la hauteur de cette ville II est large de plus d'un mille.

Il se jette dans la mer Caspienne, après un cours de 26U0 Yerstes,

2) Le Boiysthhie^ appelle maintenant Dnieper j qui sépare la Eussie de la Lithuanie, et se jette dans la Mer JS^oii'e.

3) Le TanaïSy ou le Don^ l'ancienne limite entre r£urope et l'Âsie. Il prend sa source dans le lac de Kiézan, traverse le pays des Tartares Orimy et tombe dans le grand lac maritime du Palus Maeotides , près de la .

ville d'Azov. On peut, disent les Russes, aller par eau, grâce à cette rivière^ de Moscou à Constantinople, et de là dans le monde entier, pourvu c^uon transporte sa

^ barq^ue, comme c'est leur coutume, à travers itn petit isthme de quelques yerstes; ce qui a été prouvé naguères par le voyage d'un ambassadeur à Constantinojjlo. 11 s'embarqua sur la Moskva^ passa de là dans l'Oka^ fit ensuite porter sa barque dans le Don, et acheva par eau son voyage.

4) La Dvina (septentrionale) , qui 2/ plusieurs centaines de milles de cours. Elle se jette au Nord dans la baie de St. Nicolas, et offre vers son embouchure de grands rochers d'albâtre sur ses rives.

5) La Dtma (Dvina occidentale), qui se verse dans la Baltique près de ILiga.

6) L' Onéga^ qui se jette dans la baie de Solovetsko, à 90 verstes du port de 8t. Nicolas. Cette rivière se -rencontre, au dessus de la ville de Kargopol, avec le Yolock, qui tombe dans le golfe de ^Finlande près de Yama. Ainsi, du port de St. Nicolas on peut, comiuu l'ont fait les Russes, aller par eau jusqu'au golfe de Finlande , et de là au détroit du Sund.

7) La Souhhona^ qui se jette dans la Dvina, et par là dans la mer du Nord.

8) JJOka, qui prend sa soui'ce sur les

frontières des ïartares Crimy et se jette dans la Volga.

9) La Moskva^ qxd traverse Moscou^ et lui donne son nom.

Il y a encore la Vytcliegdaj rivière large, et d'un grand parcours, dont la source est dans la Permie, et qui se jette dans le Volga *)

Toutes ces rivières sont larges; la moindre

d'entre elles est aussi forte que la Tamise, et son parcours est beaucoup plus grand.

La latitude"^) de Moscou est de ôô degrés 10 minutes; celle du port de St. Nicolas^ de- 63 degrés 50 minutes,

*) Erreur de Fletcher. La Vytchegda se jette dans le' Dvina aeptentrioiiale , an dessas de Solvy-

tchégodsk. C'est la Kama qui sort de la Permiô et qui tombe dans le Volga.

Latitude exacte: Mobcoq, 550, 45' tô''; St. Nicolas d'Arkhangelsk, 64<>, 31'.

Digili^uG Uy

Page 1