LE GOUVERNEMENT
L AUTOCHATIK Kl LIS Hl.N ui.i no.Ns
Les orifcines et le développement de l'autocratie jusqu'à Pierre le Grand et ses successeurs.
Les résistances de la nation : les essais de réforme constitutionnelle, leur échec : la série des révolutions militaires, leurs circonstances et leur caractère.
L'autocratie à la fin du siècle.
Le trait caractéristique de la Russie, pour l'Kuropéen du xvr ou du xvir siècle, c'était le despotisme de ses souveraiijs. Le voyageur que surprenait le luxe oriental de la cour de Moscou et la servilité des boiars, se croyait loin de riùirope, dans* quelque sultanat chrétien. En réalité, l'abîme n'était pas si prolond entre les institutions de la Russie et celles des pays occidentaux. Comme eux,* la Russie avait eu, au Moyen Age, sinon une féodalité, du moins une chevalerie, groupée autour d'innombrables princes apanages ; dans ses grandes cités commervanles, Pskof et Novgorod, elle avait possédé des républiques, à l'instar des villes de la Hanse ; plus tard, après l'invasion desj Tatars, alors que les princes de Moscou, grands des-
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trucleurs de; priiicipauh's et de vilh's libres, avaii-iil «lt'*jà « rassr'nil)l('' la l(;rn' nisso », ils avaient dû lutter |)»'*nil)lement, ((niiFue nos rois du xv' el du xvi* siècle, conln* une aristocratie indocile. Les descendants des princes apanages, issus (li> Murik ou du I/illiuani*-u (iut'diuiiiu». inv<'slis, sur leurs iuiuieuscs douiaiucs, de droits (juasi souverains, avaient résisté lon^lenips aux envahissements du pouvoir absolu (jue les (îraiuls Princes é'laborai<'nl à Moscou, sur le modèle de l'aulocralie b\/antiue el du despotisme latar. Pour les briser, il avait fallu le rèj;ne d'Ivan le Terrible, ses déportations, d'un bout de la Russie à Tautre, des familles jup'es dauf^ereuses, sou\enl leiii- evjeriniuation eu ni.i-^^e. Api'ès cet autre Louis \l, uialj^n'' r<'\liucliou de sa dNua>lie,
*^en 1598, et les troubles qui s'en suivirent jusqu'en 1013, le pouvoir tsarien resta absolu. Les Itonianof. bien qu'ap[)elés îiu trône par le libre choix de la nation, et bien (pu? flanqués d'un conseil de boiars (douma), gouvernèrent selon la tradition des descendants de Hourik, et de plus en plus despoliquement. à mesure (jue les progrès de l'influence européenne leur metlaieiil enli'e les mains d<' nouveaux instruments de règn<'
A quel point l'imitation de l'Lurope et le despotisme tsarien étaient com|)atibles, nous le voyons par le règne de Pierre le Grand. Il supprime bien l'étiquette avilissante des j\ges
"précédents, mais il asservit, plus que jamais, clergé, peuple et noblesse ; il jette dans ses bureaux et ses régiments, pêlemêle, avec les humbles membres de la classe des nobles de service^les orgueilleux descendants des Rurik et des Guédimine ; il subordonne les uns et les autres à des aventuriers de tous les pays d'Europe. Puis, pour assurer la perpétuité de son œuvre, il remplit si bien sa famille de ces mêmes étrangers, qu'après lui sa dynastie cesse d'être nationale. Jusqu'à la fin du siècle, sauf une ou deux exceptions, les souverains de la Russie viennent de Livonie (Catherine I),
Le TSAREVITCH Alkxis Petromtcji, d'après un portrait du Palais de l'Ermitage, à St-Pétersbourg.
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(le Coiirlande (Anna loariovnai. du Mfcklfnihdur;: Anna Lo()j)Ol(lftvna), du IJrunswi^ ^Ivan Anlon^NilcIiy, du llolsli'in (Pierre III j, d'Anliall (dallierine II . Autour de ces souverains dV)(!easion, grouilienl des favoris, le (dus souvent étrangers, qui saign<'nt à hiane la Hussic jusfiu'au jour où «les n'*volutions d<' palais les eniporlmt, *>l ({u«'l({ui'iois leur> maîtres avec eux : si bien (jue llùirope du xviii* siècle voit de plus en |>lus dans la llussie, inalgn'' ses edorls d'europr-anisation. un l'état asi;ili(|U(', (ît dans les Musses, stdon l'r'xpression Irrquente chez les écrivains du temps, « un vil ramassis d'esclaves ».
En réalité, la nation russe est loin d'être aussi passive que l'imaginent des observateurs trop pressés. Dans le peuple, les désirs <le liberlé se maniH'slenl par d«*s révoltes, sinon contre le Tsar, du moins contre les nobles, ses serviteurs, par jl'innombrables fuites dans la steppe, et, d'autre part, par le succès des multiples hérésies dressi^cs contre l'Kglise officielle. Les descendants des grandes familles (jui ont lutté jadis contre l'autocratie, rêvent toujours de la liberlé comme en Pologne, 11 n'est pas jusqu'à la niasse obscure des hobereaux fonctionnaires, (jui ne se soit ouverte à des désirs nouveaux. Grâce à Pierre le Grand, en efl'et. elle est devenue une noblesse à peu près semblable à celle d'Occident : grâce à lui, elle a lu Grotius et PulTendorf; grilce à lui, elle a appris que le bien et la volonté du peuple sont les fondements mêmes du pouvoir ; c'est la doctrine qu'il a fait soutenir par son porte-, parole, Féofane Prokopovitch, lors du procès intenté au tsarévitch Alexis. De tout cela est résultée, en I 730, une te'nlative très nette de donner à la Russie une constitution analogue à celles de ses voisines libres, la Suède et la Pologne.
A la mort, sans héritier ni testament, de l'empereur Pierre II, le Haut Cnnae'U secret, qui avait gouverné sous lui, se trouva, par le fait, transformé, non seulement en
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Conseil de régence, mais encore en collège t'iectoral : or, sur huit membres, il comptait six repn'sentanis de la vieille noblesse, deu\ Galitzyne, et quatre Uolgorouki. C'était l'occasion inespérée d'une revanche sur l'autocratie. Le Haut Conseil crut l'atteindre en mettant sur le trône, à l'exclusion des lilles de IMerre le Grand, sa nièce, Anna loanovna, duchesse douairière de Courlande, et en lui imposant l'engagement, signé d'avance, de ne faire ni la paix ni la guerre, de n'établir aucun impôt, de n'alié-ner aucun domaine, de ne nommei- à aucun grade supérieur à celui de colonel, et enlin de ne pas se choisir d'héritier, sans l'assentiment du Haut Conseil. Kn outre, elle dut lui reconnaître le droit de la déposer, si elle ne tenait pas ses promesses.
C'était l'adaptation à la Hussie, par «les pacta contenta à la polonaise, de la constitution suédoise de 1719-1720. Certains articles, celui, par exemple, qui concernait la nomination aux divt'rs grades, lui étaient textuellement empruntés. Mais les « points » du Haut Conseil exagéraient encore le caractère aristocratique de la constitution suédoise : tous les droits que celle-ci répartissait entre la Diète et le Sénat, ils les attribuaient à un seul Conseil, où deux familles avaient la majorité et devaient toujours la conserver ; car les u points » établissaient que le « Haut Conseil .> se renouvellerait exclusivement par cooptation. C'était, en délinitive, la conliscation de l'autocratie au profit des Galilzy ne et des Dolgorouki.
Aussi les hauts fonctionnaires, la « GénératUé »,et les nobles, accourus à Moscou pour y attendre la nouvelle souveraine, et déjà mécontents de n'avoir pas participé à son élection, le furent-ils encore plus de la nouvelle constitution. Les contreprojets abondèrent, unanimes à réclamer l'augmentation des membres du Haut Conseil, la limitation du nombre des représentants que pourrait y avoir une famille, la création enlin d'une sorte de Chambre basse où domineraient, selon les
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uns, les r('j)i('s('iilarils «le la (ihiêrulitt', selon les aiiIrcN, rcii\ (le la U(»l)l«'ss(' loiil ciilirn'. hc («-s divisions il iw |toiivail ivsullorquo le rélulilissement de l'ancien régime. Le iojuillel 17in, (|iiin/,(' jours après son ari'iv<'*e à Moseon, anv aerlarnalions (les oriiciers «les (îardes, devant les représenlanls de la noblesse, du eler^é, de rarm<''e, Anna loanovna 8o jiroclaina impéralrice autocrate, et les niemiires du iiant(lonsoil durent se soumettre d'abonl et se «It-nielln» bientôt après. Il ne lut plus (pieslion de (ilianilire liaule ni de (ilianthre basse. La moyenne et la petite noblesse, dont l'appui avait permis à rimpératri<(' son <"oup d'iCtat, f'tirent r<''rom pensées par des faveurs administratives et des grâces individutdies. Ouant au.\ holgorouki et aux (lalitzyne, ils portèrent, [)onr la plupart, b'ur t(He sur récbafaud.
l']n somme, selon le mot de Dmilri flalil/siie, -- la lable avait «'t»' mise, mais les convives ne s'en «'(aient pas m«)nlr«'S dignes ». I^a noblesse russe était trop disparate, trop peu uni«'. |)«»ur renverser un «lespotisme sé-eulaire. [)'aill«*urs. «die avait contre elle le s«'ntiment, plus ou moins cons<!ienl, mais général, que l'absolutisme pouvait seul assurer la grandeur du pays. L'bistorien Tatiebtclief, un des « aiglons » de Pierre le (Jrand, démontre, dans un écrit suggéré par les événements de I7!{l, que la di'inoa'atie, c'est-à-dire le gouvernement par tous les nobles, comme en Pologne, n'est pas possible dans un Ktat aussi «'tendu «jue la lUissie : que Yoljfjarc/iie^ le gouvernement de la noblesse bistorique, a mis Moscou, lors des guerres polonaises, à deux doigts de sa perte; que maintenant encoie, suivant l'expression d'un ambassadeur étranger, « un notable abaissement des forces russiennes suivrait le renversement de la souveraineté ' ». Aussi se borne-t-il à souhaiter la formation 'd'une sorte d'oligarchie administrative, issue des grands corps de l'Etat, et la même