‹ La Russie au XVIIIe siècleChapitre 12 sur 53 · Dépêche de l'agent danois à Pétersbourg · texte numérisé non relu

Dépêche de l'agent danois à Pétersbourg

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Tel est, par exemple, le plan de réforme qu'imagine le comte Pariine, <'ii 1 7(»;{, et (jn'jl soumet à ('allieriiie II lors île son îivènemenl. Le but en est « la civalion (riii^lilnlions telles que le gouvernement y trouve <les limites convenables », c'est-à-dire d'un Conseil, dont quelques membres seront nommés par la Couronne, et les autres parles grands corps, ou par la nobb'sse des dillV'reiites n'-gions; lu Couronne ne conservera que le droit de conlirmer les lois Votées par ce Conseil, et le pouvoir exécutif. Il est, du reste, diriicile (le dire si Panine soumit son projet sous cette forme *à Catherine II. Il semble bien qu'il l'ait réduit, en d«''linitive, à la formation d'im Conseil impérial de six ou huit meml)res, dont l(»s principaux ministres feraient partie de droit, el (]ui se bornerait à émettre des avis motivés, le souverain décidant de tout.

11 y a loin de ce modeste projet à une ré'forme constitutionnelle. Aussi, pour la plupart, les contemporains le jugèrent-ils peu sérieux; quebjues-uns, par courtisanerie, feignirent d'y voir un essai de restauration du Haut Conseil secret, et adjurèrent l'Impératrice de ne pas céder. Catberine, de son c(jté, feignit d'hésiter; après six mois de réflexions, elle signa l'oukaze préparé par Panine, et le déchira le lendemain. L'autocratie resta donc sans contrepoids, sans autre remède à ses excès que les révolutions et les meurtres.

La série en commence de bonne heure. Dès 1718,1e tsarevifch Alexis meurt mystérieusement dans sa prison ; en 1 762 Pierre 111 est étranglé au château de Ropcha; en 1764, l'ex-empereur Ivan VI, détrôné depuis vingt et un ans, est tué à coups d'épée ; en 1802, Paul I" est poignardé dans sa chambre à coucher. En un siècle, sur huit changements de souverain, trois seulement se passent sans violences. L'Europe en conclut naturellement que la Russie n'a pas d'ins-

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titillions, qu'elle n'en a jamais eu. En réalité, cette série (le sanglantes révolutions, inouïe même en Russie, n'est due qu'à des circonstances fortuites, et avant tout, à la témérité de Pierre le Grand.

Avant lui, la coutume, à dél'auldune loi j)rt'Mis«', assurait riiérilage de son jière, à l'aîné des (ils du Tsar délunt : les contestations n'étaient possibles qu'accidenlellemeut. De l'accident, Pierre le Grand lit la règle. Son héritier, Alexis, détestait les réformes, voulait revenir aux vieux usages, abandonner Pétersbourg. Les exhortations et les ' menaces n'ayant rien fait sur lui, il ne restait plus à Pierre, pour assurer l'avenir de son œuvre, qu'à changer son héritier : ce l'ut le ré'sultal du procès criminel quil lui intenta en 1718. Trois ans plus tard il proclama, par ouka/e, le droit de chaque souverain russe de désigner -son successeur. On n'a jamais su en laveur de quel membre «h* la famille impériale il entendait lester. La mort le surpiit. en 1725, avant qu'il eût manifesté sa volonté.

De ses héritiers possibles, celui qui avait le plus de droits, au sens des Kuroj)é't'ns, et aussi selon la tradition russe, c'était le fils du malheureux Alexis, le petit Pierre Alexiéiévitcli. Mais, s'il avait pour lui les amis de son père, les boiars hostiles aux réformes, il avait contre lui les dignitaires compromis dans le procès de 1718, le Procureur général lagoujinslvi, le ministre Tolstoï, et surtout le tout-puissant Menchikof. Ils étaient tons obligés, par leur passé, d'appuver la caiulidalure d'une princesse de la seconde famille de Pierre le Grand, soit celle d'Anna Petrovna, sa lille aînée, soit celle de l'ImpiMalrice Catherine elle-même ; celle-ci, ancienne captive de Menchikof, sut prendre, de concert avec lui, les mesures nécessaires pour s'assurer le trône.

Avant même que Pierre lïït mort, Menchikof mit la main sur le trésor, et le lit transporter dans la forteresse de Saints-l*ierre et Paul, dont le commandant lui était dé-

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voiir. l'iiis il ia|»|M'la l««s n'^^immls «'-pars autour (!<• I*<'U;rsboiirj^, cl leur paya les sei/c mois <!<• soldi* qui Inir «•l«i«»nl (lus. Ih'lail sûr des (ianlr's ; Iiii-un*'iin* •'•(ail rolonci du régiment PreohrajcnsUi ; sa (ivaliin', iiouloiirlim*, comrnandail If Scmioiiovski. I^<* jour mêmr df la Fuoii <1«' I*i«*rn*, dès c'iiKj heures du nuiliu, .Meur|iilvor«''lail maille de lu capilule, ùrinsu des grands qui allaient avoir k décerner la couronne. I{«'uuis au f'alais, pemiaul l'agonie de l'Kmpereur, ils furent mis au courant de la situation |)ar un billet du liolsleinois BassoNit/, un des meneurs de la conjuration. « .le vous avertis que rimpératrice est maîtresse du trésor, de la forteresse, delà (larde, d'une multihule de boïars. Ou'ils se règlent surcela, ceux à(jui leur tèle e>l chère ! » Au même instant, des roulements de tambour, des cris de « Vive l'iTipératrice >» éclatèrent sous les fenêtres ; les(iardes entouraient rassemblée. Les partisans <le Pierre Alexiéiévitch n'avaient pas eu le lemj)s de se concerter ; il n'avait que iinit ans ; où trouver un régent ? Menchikof, les « aiglons de Pierre le (irand », son secrétaire ^lakarof, afiirmaient son intention de laisser la couronne à Catherine. Le résultat du troubh* des uns, des menaces des autres, fut la proclamation de Catherine I, sous la condition ([ue son successeur serait Pierre Alexiéiévitch. l'^n somme, les deux partis transigèrent sous la pression des troupes. Il était assez naturel ([u'à défaut d'un acte émanant de l'Empereur, l'arbitre des partis fût l'armée, son œuvre préférée, et que cet arbitrage s'exerçât en faveur de ses collaborateurs.

Catherine 1 mourut en 1727 : Pierre Alexiéiévitch n'avait que dix ans. Le désarroi de la Russie était tel que, sans le titre de régent, sans que rien eût été décidé quant à la majorité de Pierre II, Menchikof continua à exercer le pouvoir, comme sous Catherine. 11 essaya bien de légitimer ce pouvoir de fait en fiançant le jeune Empereur à l'une de ses filles ; mais, en même temps, il se l'aliéna par ses allures

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