L'AUTOCRATIE ET LES RÉVOLLTIO.NS
despotiques et ses procédés maladroits. En 1729, Pierre II, âgé de douze ans, se débarrassa de sa fiancée et de Menchikof, les envoya en Sibérie, et laissa tomber le pouvoir entre les mains des Galit/yne et des Dolgorouki.
L'iMl'ÉRAThlCE A.N> s IjAN N.N/
Nous avons déjà dit eomment ceux-ci essayèrent, à leur tour, de se perpétuer au |)ouvoir en donnant une consliliilion à la Russie, et le trône à l'imprévue Anna loa-
HONUa.
Il en résulta une série de révolutions. A l'instigation de son favori Biren, Anna loauovna légua sa couronne, non à son héritière directe, sa nièce Anna Leopoldovna, mais au
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fils que cclle-ri avait eu du prince Ariloine-Llrieli de Briinscliwi^. itin'ii (oniplait .'linsi se ri)iiiiil<*nir an poiiNoir. ranime n'-^eiil, |n'ii(laiil la iiiiiiorilt* <|'|\aii AiiloiniNil<ii. {|iij se trouvai juste avoir six mois à la mort de sa ^raiid tante. Celte belle comluiiaisun dura jush' (piin/(î jours, au houl des(piels le n'^fullul enlevé d«* sa cliainlire par drs ;;n'nadiers (pie conduisait le nuiréclial Munich, à la ^'land*' joie de lii Itussie qui crut voir tomber, avec Bircn, la camarilla allemande. Mais Munich avait enten<lu travailler pour les pait'uls du jeune empereur, poui* la Mecklembour;^eoise Anna Leopoldovna, pour le Hrunswickois Anloine-LIrich. L'exploilalion allemande continua de plus belle, et de plus belle aussi la Hussie se remit à penser à ces descendants de Pierre le Grand que les (ialil/yne et les Dolfronaïki avaient exclus en M'M).
A la vérité, il ne |»()U\ail ^^lei-e èlr<' (jueslion du |)rince issu du mariage d'Anna Pelnjvna <'l du duc de ilolstein. IMerre de Ilolstein n'avait que dix ans; il était élevé à Kiel, à rallemande, et l'appeler au trône n'eût pas é-té délivrer la Russie des étrangers. Les mécontents tournèrent les yeux vers la seconde Mlle de F'ierre et de (lalherine, la tsarevna Elisabeth. Jeune, belle, aimée des soldats et du peuple, elle était le cauchemar permanent des détenteurs occasionnels du pouvoir. Les Dolgorouki lavaient éloignée delà cour de Pierre II ; Anna loanovna l'aurait fait enfermer dans un couvent, sans l'intervenlion de Biren, qui voyait en elle un point d'appui éventuel. Pendant la régence, et surtout après la chute de Biren, la situation d'Elisabeth grandit de toute l'impopularité des nouveaux gouvernants. Anna Leopoldovna était ignorante et maussade : elle négligeait les affaires, menaçait de faire du Saxon Lynar un nouveau Biren, se brouillait avec les gens qui l'avaient portée au pouvoir, avec Munich lui-même. Au bout de six mois, les agents des Cours étrangères, à Pétersbourg, sont unanimes à pré-
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dire une révolution, sans pouvoir affirmer qui en profilera. Elisabelli paraissait se soucier f'orl peu du Irùne. et peutêtre lui préférait-elle ses plaisirs et sa paresse. Mais elle ne pouvait empêcher le peuple de racclamer, et son entourage besogneux de la compromettre par des intrigu«'s avec les diplomates étrangers qui, pour changer la politique de la Russie, désiraient une révolution. Un jour vint où Anna Leopoldovna, avertie des ra|>ports sufipecls du médecin d'Klisabelh, Lestocq, avec l'ambassadeur de France, La (Ihétardie, voulut faire arrêter Lestocq. C«'lui-ci se sauva chez Elisabeth, l'adjura d'agir, lui montra, dit-on, deux dessins qui la représentaient, l'un, dans un couvent, hs cheveux rasés ; l'autre, sur le troue et saluée Impératrice. l*ar peur autant que par ambition, Elisabeth sauta le pas. A une heure du matin, le 20 novembre 17il, elle sortit de son palais, en traîneau, avec Lesloc<j, le jeune Voronzof, un bas officier des (jardes. Elle se rendit à la caserne du régiment Preobrajenski. Les grenadiers se prosternèrent devant elle, jurèrent de lui obéir. Avec trois cents hommes elle se dirigea sur le i'alais d'hiver où étaient Anna Leopoldovna et l'Empereur. La garde, surprise, ne donna pas l'éveil ; on raconta plus tard que Lestocq avait crevé soii tambour d'un coup d'épée : de ses officiers, les uns furent arrêtés par leurs propres soldats, les autres se joignirent aux envahisseurs. Elisabeth marcha droit à la chambre de la Hégente uEh î quoi, s'écria celle-ci réveillée en sursaut, c'est vous. Madame ! » Elle fut aussitôt arrêtée, envoyée dans le palais d'Elisabeth où la rejoignirent bientôt le petit Empereur, ses ministres, son mari. Pendant ce temps Pétersbourg s'éveillait ; le peuple api^enait avec enthousiasme l'avènement de la nouvelle impé-ratrice, et se jetait sur les boutiques des Allemands, pendant que dans les chancelleries on prenait des mesures pour les confiscations en masse, les procès criminels, et d'autre part, pour les promotions et gratilicatictus
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extraordinaires qui siiivaicnl répiiiièn-meiit chaque (ouj) (l'Klat. Tandis (jn'OsIfrniann <'l Miinirli st* |in'|)arai<'nl à partir |)()nr la Silx'ric, où Miinidi iialiita la maison dont il avait IratM' U) plan pour Itircn; que les officiers allemands (Hait'tit «IcstitiK's, leurs hiens ('(jnlisfjut's ; (jue rancicnne i'amillc ifnjx'riale était reléguée dans II* nord de la Hussie, et le petit Ivan Antonovitch enfermé à Sclilusselhourg; Lestoe(j,La Cliétardie, Voronzof reçurent des sommes énormes, des litres, des grands cordons ; les trois cents grenadiers <pii avaient accompagné' Klisabdli au Palais dllivcr furent formés en une compagnie de (îardes du <;orps, où les sim|>les soldats avaient rang de lieutenants, les caporaux d«* capitaines, et ainsi de suite. « Leur insolence n'a plus de hor- » nés, écrit le ministre anglais Kinlay. On leur fait la (;our » comme s'ils étaient les maîtres de la maison : évidem- ') nient ils s'estiment tels, et ils ont peut-être raison. »
l'our l'inlay, connue jH)ur les autres observateurs étrangers, ces héros de la révolution sont de simples prétoriens. Mais il faut iiolei- (|ue les grenadiers réveillés au milieu de la nuit par Elisabeth ne l'avaient suivie, ni par calcul — rien n'était concerté — ni par obéissance passive de brutes ; il y avait des gentilshommes parmi eux. Us avaient marché parce qu'Klisabelh était la fille de Pierre le Grand, parce qu'Ivan Antonovitch était un inconnu, et ses parents, des Allemands détestés. Déjà les grenadiers qui, quelques mois auparavant, avaient arrêté Biren, avaient cru. eux aussi, travailler pour Klisabeth Petrovna : ni la garde de Biren, ni celle d'Anna Leopoldovna n'avaient opposé la moindre résistance aux séditieux. Le fait est que, dans un cas comme dans l'autre, toutes les troupes étaient d'accord instinctivement pour vouloir la chute des Allemands, au jirotit de la descendante de Pierre le Grand qui se trouvait, par un retour inattendu, représenter la réaction nationale contre les étrangers.
I/AITOCHATIE ET LES HÉVOLCTIONS
Ce canictôro de révoliilion nationale se retrouve, encore plus marqué, dans les événements de 1762. lo souverain d'alors, Pierre IIÏ, est bien le pelit-tils de Pierre le Grand mais il est fils d'un duc de Holstein. Amené à Pétersbour*^
..r. .-r.HMiM uu HÉGIMENT ISMAUOVSKI,
d après une aquarelle du Palais de rErmitage.
à onze ans, .1 y est veMr alleina.i.l. entouré .lAllen.an.U préoceupe avant (oui de puérils intérêts liolsteinois et de son admiration maniaque pour Krédéric II. II est à peine sur 0 lione qii 11 arrête ses arn.ées, maîtresses de la moitié de
l."-rrl'r''i"n ''!''"'"-'""''■'' '" '■^■"''. «»■>* compensation, à
h.ederie I. I es exaspère encore en leur imposant les
eglements et les uniformes des adversaires de la veille
devenus subitement des alliés. .\ l'élersbourg même il
12 I.A 111 SSIi: AI \ VI II- SIKCI.i:
iiKjiiiMe 1rs corps privili'^'ic'S, casse; la compa^Miic «les (îaidcs «lu (lorps, laisse diro qu'il cassera les rcginiciils l'rcohrajciiski, Scmioiiovski, olc. Il intjuièle le clergé, e{ par suite, le peuple, par des ouka/es (|ui rnonIreFil, sous î'KmpenMir oriiciellenjenl orlliodovc, le luIluTien mal conv<'rli. Il . iiKjuich' la (lour par de hriilales cl raiilas(jues dis^rftces, riinpéralrice par des insultes et des menaces. « L'empereur est lou à lier, » écrit l'a^cnl ar);;lais Kcilli, et, comme eu ITil. Iniil !«• mond"- ;ill.iid |;i r.'\<.liilii.ii imminente.
Les historiens se sont donné beaucoup de mal pourd»-mèler les lils du complot ourdi autour de l'Impé-ratrice : en r<''alitt'' la nation cnticic en était. Ouand i'-atlicrine se présenta, le 28 juin 1702, à neuf heures du malin, devant le régiment Ismaïlovski, celui-ci lui jura aussitôt lidé-lité-, devant son pope accouru la croix en nuiin. Lue heure après, elle est acclamée par le régiment Semionovski et la Garde à cheval, qui n'ont pris, avant d'accourir, que le temps d'ôter leurs uniformes à la prussienne, pour remettre la tenue du tem|)s crLIisaheth. A onze heures, à Nolre-Ijame de Ka/.an, elle est accueillie pav une foule immense, par l'ancienne Compagnie des gardes d'Klisabeth, reformée spontanément, par de nouveaux régiments, par presque tout le Sénat, et par le clergé, qui vient processionnellement la bénir.
Les officiers et les fonctionnaires qui auraient pu songera résister, sont arrêtés, j)Our la plupart, avant d'avoir compris ce qui se passait. Le |)rince Georges de Holstein . dont Pierre lll avait fait un généralissime des armées russes, descend dans la rue, au bruit, avec le Grand-Maître de police, autre Allemand. « Que se passe-t-il? demande l'un. — Je n'en sais rien ! » répond l'autre. Au même instant on les saisit. Le régiment favori de Pierre III, celui des « Cuirassiers du Corps » sort de son quartier, en armes, sans savoir encore ce qui se passe, et se heurte à un escadron de la Garde à cheval. On
I/AllTOCRATIE ET LES HEVOMTIONS
parlomonte : quand les officiers allemands des cuirassiers, édidt's, donnent l'ordre do cliar^'er, leurs hommes sont déjà* sur eux pour les désarmer. De Taulre côté d«' la Neva, les régiments d'Ingrie et d'Astrakhan en font autant avec leurs colonels. Seul, le Freobrajenski, harangué par quelquesuns de ses officiers russes, se rappelle que l'Empereur est pelil-iils de Pierre le Grand, et s»* laisse conduire contre les révoltés : mais quand il est en face de l'ismaïlovski, le major prince Mencliikof crie soudain, en (jueue de la colonne :
u llourrah pour l'impérutrice ! » el, comme un seul homme, tout le régiment répète le cri.
La couronne que cette révolution met sur la tête de Catherine 11, elle la conservi'ra trente-trois ans. Elle n'est
pourtant, elle aussi, qu'une étrangère, mais l'Impératrice sait faire oublier la princesse d'Auiialt-Zerbst. Personne ne paraît plus attachée qu'elle aux usages russes ; elle tlalte le peuple, le clergé, l'armée surtout. Elle préside les banquets des Gardes, et les harangue, en uniforme de colonel ; elle prend ses favoris dans leurs régiments ; tout jeime homme un peu bien tourné y rêve du coup de fortune (|ui fera de lui un Orlof ou un Potemkine. Quant aux dignitaires, elle les ménage. « Ici, tout est constant, expli(iue-l-elle à l'ambassadeur français, Ségur ; comme on sait sur quoi comp-
Cathekim: 11.
7i i,A iirssii: Al xviii* sikci.k
1er, personne ne s'inquièle. Dès (jue j'ai donn»'* une pince à qnehjn'im, il est sûr, h moins «l'un crinK', «le la eonserver. » Klle n'oiiMie passes eoneuircnls possibles; Pierre III «l'abord, Ivan Anlonovitcli ensuite piTissenl dans leur prison: elle smvrjlic jalojisrnK'nl son (ils Paul. Kniin elb- pirpe la nation de gloire et de coïKjut'b's ; la (Crimée C(in<|uise, la Polo^Mie démembn'e, hi Suède repoussée, font la solidité de son Irône.
Sîi mort subite, «Ml 1 7U0, donna if p<juvoir à suiijijijpjujl, qu'elle avait compté déslh'riter. Le pn-mirr acte du nouvel empereur fui d'abroger Pouka/e de Pierre le Grand, doni Calberine avait sonj;<'' à s'autoriser jtour l'cxrlure, au profit (le son |»etit-lils, et de rétablir Ibérédilé en lif^ne directe, de m{\le en m;\le, par ordre de primofçéniture. Une cause de révolution se trouva ainsi supprimée. Mais, comme son père Pierre III, Paul I" ne tarda pas à sacrifier les intérêts russes à des fantaisies de possessions loinla'ines. Pierre III avait été, sur le trône de Russie, un duc de Ilolslein ; I*aul I" voulut y èlre un (irand Maître de Malte. Comme son père, il irrita l'armée piU' sa prussomanie ; sa famille, par des menaces de changer encore l'ordre de succession ; la Cour, par des disgrâces brutales ; la nation, par des ouka/es vexaloires et de brusques changements de politique. Le résultat fut que. dims la nuit du 23 au i\ mars 1801, des conjurés pénétrèrent dans la chambre de l'Kmpereur, pour lui présenter un acte d'abdication, et que, dans le désordre qui s'en suivit, il tomba percé de coups, — par hasard. Cette mort tragique clôt la série des révolutions de palais; désormais, la couronne de Russie se transmettra aussi régulièrement que celle de n'importe quel pays d'Europe.
C'est qu'en effet les causes des révolutions de palais ont disparu. La dynastie est devenue russe ; il n'y aura plus ni minorités, ni règnes de femmes, ni règnes de fous. La loi
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de Piuil I" a mis fin aux troubles de successions. Les institutions ont acquis do la fixit<'* : dans cette immense bureaucratie, l'ruil du travail de tout un siècle, il n'y a plus «;uère de place pour les fantaisies et les à-coup. Kn même temps qu'une routine gouvernementale, une opinion pul)li(pie s'est formée ; il faut que le gouvernement compte avec elle, comme il compte, d'autre part, avec l'opinion européenne. On rapporte qu'Alexandre 1", en apprenant le drame (jui lui donnait le trône, s'écria: «• Oii»' dira l'Kunjpe? " ('/est pour imiter l'iùirope et conquérir son estime que les souverains russes du xviii* siècle se sont appliqués à substituer partout la règle écrite et fixe à l'arbitraire individuel ; l'autocratie elle-même ne pouvait échapper à la transformation universelle.
\. ADMIMM H \ I H IN
I^a Moscusio : ses » priknzps ».
I. Pierre le (îrand, ses réformes": 1* la décenlralisalion ; le* gouvernements ',:• ranx : 'i» la receotralisalioti ; le Sénat et les Cullé-rfet, création d'un nouveau j sonnel ; la table des raïuja.
Impuissance du gouvernement contre les abus.
II. Les successeurs de Pierre le (irand; modificationB fréquentes des haut* organes de l'administration : persistance des abus.
III. (Catherine II : la Commission de Moscou et son proR-rammc. Autonomie provinciale ; rôle nouveau de la noblesse. L'administration d'en haut : les ministères. La reforme en sens inverse sous Paul I".
L'administration russe à la fin du siècle.
A l'origine, on Russie comme en tout autre pays, l'administration de l'Etat se confond avec celle dés biens du souverain. Ce sont les majordomes, écuyers, échansons etc., du Grand Prince de Moscou qui perçoivent ses divers revenus, conduisent ses hommes à la guerre, les jugent pendant la paix, etc. Les agrandissementsdelaMoscovie n'entraînent pas, au début, de changement à ce système : quand Riazan et Tver sont annexés, les officiers des princes dépossédés sont transportés à Moscou; ils forment, dans le palais du Grand Prince, un nouveau bureau iprikaze) et continuent, comme par le passé, à administrer Tver et Riazan.
Au xvf siècle, Ivan IV tente d'organiser plus méthodique-