I/ARMEE
DisupUKB M11.1T.URK (dessiD de Bolotuf duos se:» Mémoires,.
nor les cloches, servir la messe, chanter au lutrin, et c'est là, dans ce siècle, une grande étrangeté, même en Russie. Le matin, devant les troupesassemblées et les attachés militaires étran^fTs, il sort de sa tente, lout nu, se roule dans l'ii^rhe mouillée, et saute à cloche-pied, en poussant des kokoriko retentissants. I)evant l'Impératrice, et malgré ses protestations, il se prosterne comme devant une icùne de la Vierge. On l(i dit fou, mais les malins se doul«*nt que tout cela ne va pas sans calcul, et lui-même le laisse enteiidi-e. <( l*our réussir, dil-il, il faut la patience d'un... Sganareile î » Huoi (|u'il en soit, il est nomme
(iénéral en chef »
pendant la seconde guerre de Turcpiie ;
et quand, en 1790, il annonce à Catherine II, en trois mots. sa sanglante victoire de Praga, elle lui répond, non moins laconiquement : « Uourrah ! feld-maréchal Souvarofl « Dès lors il est le héros national, le chef russe par excellence.
Ce héros e>l petit, ridé, glabre, chauve," a\ei mu- houpette sur le sommet du front. Pas plus (jue son extérieur, sa bravoure n'est de celles qui font naître les légendes. 11 est brave sans doute, mais jamais sans nécessité. Il n'a ni l'impétuosité d'un Coudé, ni la science d'un Turenne. Tout son art lient dans quelques préceptes qu'il répète à satiété:
Aborder l'ennemi sans le compter, l'attaijuer à fond, le poursuivre à outrance. » C'est ainsi qu'il a vaincu les Turcs, les Polonais et les Fran(;ais. Son seul échec — dont il n'est pas responsable, — c'est en Suisse, devant Masséna, et plus encore que ses victoires, sa retraite à travers les glaciers
iir.
LA lU SSII-: AI' XVIII' SIKCI.E
met en lumière sa sauv^igc (^nerfçie, en mt'^m*' ti-mps que le sloïcisrTK» (le s<'s incornitarahifs soldais.
Les observaleur.s c'uruj){';t'ns du xviii" siècle sont trop enclins âne voir dans les troupes russes que des bandes de brutes, meures au feu à eoups de canne. Kn réalit('', ces paysans arraclH'S de force à leurs foyers, mal nourris, mal équipés, mal instruits, rassasii'-s de coups par leurs cliefs,
ont des qualités militaires de premier ordre, lis sont «'uduranls, débrouillards, soudés les uns aux autres par leurs liabitiules nationales d'association. S'ils n'ont pas précisément le fatalisme et le fanatisme des Hrieulaux, ils sont du moins animés de sentiments relij^ieiix <]ui n'ont leur équivalent dans aucune autre armée européenne. Il faut lire, dans les Mémoires d'un vieux soldat de Souvarof, la description de son régiment. Ce n'est pas seulement une unité militaire, mais un monastère ambulant, une confiérie de moines soldats. On y observe toifs les rites, tous les jeûnes de rKglise orthodoxe : quand le conscrit arrive au cor|)s,on lui demande s'il sait sa prière, s'il est allé à confesse. Chaque soldat porte suspendue au cou, une icône de cuivre ; chaque compagnie possède son image de saint Nicolas : c'est en priant qu'on se prépare à la bataille, qui se trouve toujours être livrée à des infidèles ou des hérétiques. Les Français révolutionnaires, que l'on dit athées, les Autrichiens et les Polonais catholiques, les Prussiens et les Suédois luthériens, les Turcs et les Tatars bousourmanes, tous sont des adversaires sur lesquels on gagne sûrement le paradis.